dimanche 14 juin 2009

Ville: Du nouveau sur l'pont Charles

Eh hop, une rapide publie pour vous en parler de, parce que c'est tout frais (enfin presque), et que c'est un scoop "made by Strogoff" vu qu'aucun autre blog non tchèque n'en a encore parlé, enfin me semble-t-il (si jamais je me fourvoie, prévenez-moi).
Alors dans le courant de la mi-mai 2009, on a célébré la canonisation de St Jean de Népomucène (280 piges), on a célébré la Prague baroque à coup de grande fête sur la "Vltava", on a fait venir des gondoles énormes de Venise que personne ne pouvait voir correctement puisque la grande célébration eut lieu en pleine nuit non éclairée (cf. mes photos), et on a fait péter du laser-show cosmique sur le pont Charles comme en plein milieu du XVIII ème siècle. C'était Mozart draguant Vivaldi en pirogue sur la musique du Rondo Veneziano à "Karlovy Lázně". Enorme le show vous dis-je, au point que l'ouverture des J.O. de Pékin c'était la fête à Neuneu au Mac Do. Et y avait du monde tellement c'était de bon goût. C'est bien simple, le Praguois qui d'ordinaire se barre en week-end hors Prague afin de pourrir dans son chalet de campagne où il a grandi depuis sa naissance, ben ce jour-là il s'était massé touffu sur les rives du fleuve au point qu'on ne voyait rien derrière toute cette foule amassée dans le noir.
Mais ce n'était pas ça l'important. L'important, c'était la remise en place sur le pont Charles d'un objet dont peu de Praguois se souviennent, que pratiquement aucun touriste n'a jamais vu, et qui fut de surcroît l'occasion d'un pèlerinage pour fêter les 280 ans de la canonisation du St Jean, ce qui du reste fit hurler certains, parce que 280 ans, c'est pas très rond pour un pèlerinage, et que si l'on commence à pèleriner n'importe comment pour n'importe quel motif, on va finir par lasser le pèlerin. Tiens, regardez les élections européennes, c'est tous les 5 ans seulement, mais t'as 2 électeurs sur 3 qui sont lassés. Bref...

Vous souvenez-vous de ma publie détaillée sur St Jean de Népomucène, que les touristes couillons caressent bêtement des icônes insignifiantes sur le pont Charles alors que la vraie icône qui porte chance garantie, celle qui représente l'endroit exact d'où fut bazardé St Jean à l'eau, la croix archiépiscopale à 5 branches qui est totalement occultée par les guides?
Vous souvenez-vous? Ben à l'occasion de la Prague baroque, l'on a remis en place une copie d'un petit objet baroque qui se trouvait en retrait de la croix, une sorte de petite herse (grille) décorative signalant l'emplacement du martyre (martyre: souffrance infligée, martyr: celui qui souffre du martyre). Alors si avec un tel balisage les touristes ignares continuent à choper la maladie du doigt qui pèle en tripotant des reliques insignifiantes, alors ils n'ont plus qu'à se jeter dans le fleuve du pont, y a vraiment plus rien pour les sauver de la bêtise.

Maintenant de quoi qu'on se cause? Vers la fin du XVII ème, début XVIII ème siècle (assez curieusement l'on n'a pas de date plus précise), on posa sur le rebord du pont cette petite herse haute de 120 et large de 150 cm afin de signaler l'emplacement de la croix porte-chance.
Elle se composait d'un relief (une petite plaque) représentant St Jean de Népomucène flottant à plat sur la "Vltava", 5 étoiles européennes autour de la tête, et le tout était entrelacé de ferronnerie décorative. Lors des inondations de 1890, l'objet fut emporté par les flots comme l'arche du pont sur laquelle il reposait (l'objait). Ca c'est pour les faits avérés. Ensuite on a diverses versions, z'allez voir. Selon une source, l'objet aurait été remplacé en 1894 par un modèle proposé par le fameux re-gothisateur "Josef Mocker", puis détérioré en 1918 lors des émeutes anti-habsbourgeoises qui eurent lieu avec la naissance de la République. Restaurée dans le courant du XX ème siècle, la grille fut retirée sous les con-munistes lors de la réfection du pont et remisée au placard. Selon une autre source, la grille fut replacée (en place) en 1896, puis détériorée en 1918 lors des émeutes anti-habsbourgeoises qui eurent lieu avec la naissance de la République.
Restaurée en 1936, la grille fut vandalisée en 1968 lorsqu'un imbécile en vola le relief de St Jean flottant. Bon, c'est pas vraiment clair, alors retenez que depuis avant 1970, la herse-grille sur le pont n'était plus jusqu'à y a 1 mois (13 mai 2009), où elle fut remise en place grâce aux dons du "Sdružení výtvarníků Karlova mostu" (l'Association des Artistes du Pont Charles), et sous la bénédiction du saint goupillon de notre cardinalarchevêque de Prague "Miloslav Vlk" sur le perron de la retraite. Parenthèse: à noter une chose des plus remarquables: notre objet dans sa version originale est visible sur la fabuleuse maquette de Prague de "Langweil" qui fut récemment digitalisée. Je vous ai trouvé un échantillon (cf. la vidéo), c'est absolument énorme.

Sinon je vous livre l'anecdote de sa restauration telle qu'elle me fut narrée au Boeuf noir par mienne accointance introduite dans la sphère journalistique. Lorsque donc les artistes du pont Charles se mirent en tête de pousser à la restauration de notre petite herse (faut bien relancer le tourisme en chute libre), l'on commença à centraliser les morceaux qui en restaient afin de gribouiller un prototype le plus fidèle possible à l'original.
Des bouts se trouvaient dans la tour du pont côté petit (petit-côté, "malá strana"), d'autres étaient représentés sur des documents (cf. le modèle en carton-pâte-crotte-de-nez de "Langweil"), pis un jour, arriva un certain chais-plus-qui, qui affirmait détenir le fameux relief vandalisé de St Jean, qu'il l'aurait échangé auprès d'un antiquaire alors que ce dernier ignorait de qu'est-ce que c'était quoi tiens-donc. On peaufina alors la maquette grâce à tous ces éléments, puis on refourgua la fabrication de la copie au ferronnier "Petr Hartman". Ce dernier se mit activement au boulot, et aurait utilisé les techniques anciennes du travail de la tôle en fonte, comme au XVII ème siècle, à savoir à l'enclume et au marteau, technique somme toute analogue à celle du XX ème siècle mais consistant à travailler le taliban de Guantanamo. L'oeuvre fut, selon les journalistes, créée sous la constante supervision du département de la conservation du patrimoine historique, lequel généralement brille par son absence lorsqu'il est question de dossiers financièrement plus conséquents (je ne vais pas m'étendre davantage sur la corruption des fonctionnaires, les pots de vins versées par les entreprises, la législation permissive sinon absente, mes publies précédentes en sont pleines d'exemples, et la toile encore plus, pleine d'exemples).
Bref, l'objet fut le centre de toutes les attentions dans sa conception, dans sa réalisation, mais nettement moins dans sa mise en production, parce que comme dit, je n'ai pas vu un seul article autre que tchèque à ce propos: rien en Français, rien Anglais, rien en Allemand, et rien en Inuktitut ce dont je me fiche un peu puisque je ne le parle pas. Alors voilà, histoire de faire un peu de pub à la fameuse nouvelle attraction touristique de Prague qui devrait de surcroît apporter un peu de chance aux touristes, je vous divulgue en toute hâte cette nouvelle publie afin que vous puissiez rapidement en profiter dans le cas où vous vous rendriez en notre capitale dans les jours prochains.

dimanche 7 juin 2009

Visiter: Ste Marie de l'annonciation sur gazon

Message personnel
Chères Lectrices, chers Lecteurs, si vous disposez d'une adresse Email chez Hotmail, alors je suis dans l'incapacité de vous envoyer le moindre courriel, à fortiori ma niouzlêteur que certains d'entres-vous m'ont demandée. Comme toujours chez Microsoft, la raison est hautement technique (cf. "Windows a rencontré une erreur et doit fermer...") et tient de l'incompatibilité entre les atomes de silicium du serveur Hotmerde et la chute des stock-options de Bill Gates.
Aussi je vous passe les détails, mais notez que malheureusement, et malgré tous mes efforts, ma niouzlêteur ne peut pas vous être délivrée, comme tout autre message d'ailleurs. C'est pour cette raison que je vous en informe par cet intermédiaire plutôt que par Email personnel.

Bien entendu, je ne peux pas vous demander de changer de provider, mais si vous étiez insatisfaits des services de Hotmail et souhaitiez en changer pour quelque chose de plus... ouvert, de plus compatible, de moins contraignant, de moins Microsoft, bref, de plus mieux, alors je ne saurais que trop vous conseiller GMail (aujourd'hui le top de la boîte de messagerie), sinon LaPoste (certes moins top que son concurrent, cependant il fait son boulot correctement).
Fin du message personnel

Il est comme ça à Prague, des monuments historiques sur lesquels vous ne trouvez pas beaucoup d'information. Ils ne sont pratiquement jamais mentionnés tellement ils semblent être totalement anodins (et parfois même ils le sont réellement), toutefois l'environnement qui les entoure (autour), c'est à dire le contexte historique, le lieu où ils se trouvent, et/ou les gens qui leur sont liés, leur octroient une importance paradoxalement fantastique. Et notre église d'aujourd'hui en est un exemple flagrant. Cette publie est donc consacrée à un petit édifice dans la nouvelle ville de Prague 2, sur l'ancienne route principale qui reliait Prague à "Vyšehrad" en passant par la rue Brûlée devant St Jean sur le roc.
Aujourd'hui donc: l'église "Zvěstování Panny Marie Na slupi", également connue sous l'appellation "kostel Panny Marie Na Trávníčku". Alors quelques éléments sur les noms, parce que c'est assez... curieux? Enfin z'allez voir. "Zvěstování Panny Marie" c'est relativement simple: vierge Marie de l'annonciation, no souci. "Na Trávníčku": sur le (auprès du) gazon, no souci non plus sinon que... la vierge Marie jouait au golf? Pique-nique? Qu'est-ce que le gazon vient faire ici? En cette seconde moitié du XIV ème siècle, l'emplacement aujourd'hui bétonné, urbanisé, était un havre de verdure où chantaient les zoiseaux, un paradis champêtre au fond d'un petit vallon calme traversé par la rivière "Botič" (qui existe toujours, du reste). Et de par cette quiétude bucolique, le coin s'appelait "au (sur) gazon".
Et maintenant l'expression pure coton "Na slupi" (coton parce que personne ne sait vraiment). Première hypothèse, "slup" viendrait de la colonne (pilier, aujourd'hui "sloup") qui se trouvait encore au XVI ème siècle sous la tribune d'orgue de notre église (cf. "Jaroslav Schaller, Beschreibung der Haupt- und Residenzstadt Prag, I.-IV., 1794-97"). Hypothèse 1-A, Cette colonne viendrait d'un très ancien temple païen, et servait de socle à l'idole (pas hyène) "Svantovít" (cf. "František Ruth, Kronika královské Prahy a obcí sousedních, 1903-1904"). Hypothèse 1-B, elle fut érigée en hommage aux moines trucidés par les hussites en 1420 (cf. "Gelasius Dobner, Annales Hageciani , 1761"). Seconde hypothèse, "Na slupi" serait le nom du domaine d'un certain "Racek při Botiči" vaguement mentionné dans un écrit de 1448 et qui se trouvait céans, le domaine. Troisième hypothèse: selon l'archiviste principal de la ville de Prague "Josef Teige", il y aurait eu là une maison dite "na sloupích".
Et finalement la quatrième et sans doute la plus probable des hypothèses: "na slupi" viendrait du mot "slup" ("dřevěná klec k lovu a přechovávání ryb"), nasse à poisson utilisée pour la pêche, et tout particulièrement dans la rivière "Botič" alors copieusement poissonneuse en ces temps d'alors. Bon j'vous laisse choisir, et je passe directement au sujet.

Au tout début, avant même l'arrivée du bon roi Charles IV aux commandes du drone de la Bohême, le terrain où se trouve notre église appartenait au chapitre de "Vyšehrad". Il est même fait mention dans un écrit de 1321 d'une églisette, pas grande, mais propriété du chapitre. Ensuite, lors d'une partie de poker avec le chanoine, le bon roi Charles IV récupéra tous les environs où il y fonda sa nouvelle ville de Prague (8 mars 1348).
Et parce qu'il fallait bien quelqu'un pour défricher tout ce maquis végétal, il invita en 1360 l'ordre des servites à venir s'installer à "Na slupi" (il en invita aussi d'autres, des ordres, mais il les sédentarisa ailleurs, tandis que les servites se prêtaient bien à l'environnement champêtre). Par décret du 24 mars 1360 (parfois 28 mars), il commanda pour eux la construction d'un monastère, et la légende raconte que le roi en personne en aurait posé la première pierre. Quelques temps plus tard, mais sans qu'on ne sache réellement quand, naquit notre église gothique Ste Marie de l'annonciation.

Malheureusement, l'édifice naquit sous de bien mauvais auspices, et moins de 60 ans plus tard commencèrent les évènements hussites. Au début de l'année 1420, l'empereur Zikmund (l'enflure) décida qu'il était temps d'en finir avec les insurgés hussites, parce que l'ordre devait régner à Prague. Il organisa donc la première croisade contre les hérétiques praguois, croisade qui se termina par une effroyable branlée de l'empereur et de ses croisés à la bataille dite près de "Vyšehrad" (novembre 1420). Or juste avant, alors que les armées impériales se planquaient dans la forteresse assiégée ("Vyšehrad"), ben les hussites bombardaient allégrement la place forte sans grand dommage pour celle-ci cependant, mais beaucoup plus pour les environs où ils se trouvaient, en particulier pour l'église. En effet la légende raconte que les hussites installèrent carrément dans les ruines de l'église un canon, une bombarde, une catapulte, une baliste, ou un trébuchet, voire même un mélange de tout ça, parce que les sources écrites sont assez confuses.
Ce qui est par contre certain, c'est qu'ils dévastèrent copieusement le monastère comme l'église de Marie et trucidèrent comme à l'accoutumée une soixantaine de moines (qu'ils trucidèrent comme à l'accoutumée, pas la soixante à l'accoutumée, parfois c'était plus, parfois moins, selon l'offre du moment. Lecture: "Jan František Beckovský, Poselkyně starých příběhů českých"). Les 2 édifices religieux restèrent en complètes ruines pendant toute la durée des agitations, et ce n'est que vers la mi-XV ème siècle que l'on remit un peu d'ordre dans tout ce foin. D'aucuns pensent que l'église eut alors appartenu à la famille "Šváb z Chvatliny" de part leur blason sur la clé de voûte dans la nef Ouest (mais sans garantie). Puis quelques moines revinrent, ils reconstruisirent un peu, et semblerait-il même retoiturèrent, mais à la mort de l'abbé en 1554, tout retomba en ruine. On refourgua alors le boulet aux augustins de "Karlov" (cf. l'ancien monastère près de l'église Ste Marie de l'assomption et de St Charlemagne) qui, faut quand même bien le dire, n'en avaient rien à fiche, de la ruine.
Il fallut alors attendre la bataille de la montagne blanche, pour que cette ordure de Ferdinand II rende "Na Slupi" aux servites. Eh ouais, mais les servites en 1626 s'en foutaient également, parce que justement ils se construisaient à la montagne blanche ("na Bílé Hoře" chytili tchoře :-) un nouveau monastère avec une nouvelle chaplette Ste Marie de la victoire. Sauf que comme c'était 'achement loin du centre, que pour sortir le soir en boîte de nuit... enfin ils ne finirent pas l'édifice, mais finirent par le vendre en 1673 à "Maxmilián Valentin z Martinic". Situé sur la route particulièrement fréquentée en direction de "Karlovy Vary" et de l'aéroport de "Ruzyně", sur la droite, juste avant le terminus des trams, "Max-Val" flaira de suite la bonne attraction touristique et en fit une auberge, fonction que les bâtiments conservèrent durant toutes ces années jusqu'à récemment (notez sur la photomap le bâtiment au milieu, qui devait être la chaplette Ste Marie).
Les servites s'installèrent alors en ville, très en ville, en l'église St Michel, où qu'ils restèrent jusqu'à la St Joseph (l'empereur réformateur, Joseph II, qui fit fermer les monastères). Entre-temps (depuis vers 1666) ils retapèrent quand même un peu "Na Slupi", parce qu'en cette période de recatholisation y avait du pognon à la pelle pour les curés. Ils mirent un toit, un peu de chauffage, les basics indispensables genre, et le jour de la Fêt.Nat. 1669 (véridique, le 14 juillet 1669) le monastère vit le retour des moines servites. Ces derniers restaurèrent alors le monastère comme l'église de fond en comble, jusqu'en 1726. Puis les réformes de Joseph II mirent un terme final à l'activité spirituelle des 2 édifices en 1783.
Furent également fermés les monastères servites de St Michel, de "Konojedy" pis d'autres, et donc il ne resta plus que "Nové Hrady", seul monastère où les servites sévissent encore aujourd'hui (que je sache). L'église fut vidée de tout son contenu (certains artefacts furent déménagés chez les frangines de Sainte Elisabête, à 20 m de là) quant au monastère, il fut utilisé par l'armée qui y installa ses artilleurs, son trésor (fisc militaire), plus tard un centre d'enseignement, et à partir de 1856, le monastère devint un asilàdébilmentaux (en fait la succursale de Ste Catherine, à 600 m de là). Et justement, dans le cadre de cet établissement psychiatrique, l'on mit à disposition des patients l'église Ste Marie de l'annonciation (z'en étaient plus à ça près, les branques) qui en prit auparavant pour 5 ans de réfection complète.
Ainsi entre 1858 et 1863, le professeur "Bernard Grueber" néogothisa notre édifice, lequel fut également regarni des éléments liturgiques auparavant retirés ou volés (enfin des nouveaux, pas des originaux). L'inventaire avant travaux signale par exemple qu'entre 1783 et 1858, plusieurs tableaux de valeur sur les retables des autels disparurent à jamais, alors que les tuyaux d'orgue furent fondus pour en faire des boutons. Bernard regothisa donc les façades, la tribune d'orgue, le portail de la chaplette Ste Marie douloureuse et la tour, dont il retira le bulbe pour le remplacer par une flèche (gothique). Entre 1914 et 1916 l'église subit encore une dernière restauration visuelle, lorsqu'on fit tomber le crépi afin de laisser la pierre brute à nu. A la création de l'Etat tchécoslovaque en 1918, l'église passa sous la gérance de la ville (de Prague), et dans la seconde moitié du XX siècle, l'asilàdébils fut transformé en hospiçàrhumateux (c'est 'achement mieux), fonction qu'il assure encore aujourd'hui partiellement cependant.
Finalement le 1 février 1995, l'on refila jouissance de l'église aux curés orthodoxes. Après quelques coups de peinture, l'on y célébra la Pâque (orthodoxe) cette même année 1995, et depuis, Ste Marie de l'annonciation comme le stand à merguez sont sous leur gérance.

D'extérieur, notre édifice ressemble bien à une église. La première chose que vous ne pouvez pas louper, c'est la tour frontale. Elle mesure 38 m de haut, et même si ce n'est pas spécialement visible sans qu'on vous le dise, elle penche fortement d'un côté (apparemment le plus de toutes les tours de la ville aux cent tours) au point qu'il existe une différence de quelques 60 cm entre son sommet et sa base par rapport à la verticale toute droite.
La cloche dans la tour fut fondue lors de la première guerre mondiale, et à cause de cette forte inclinaison, il est impossible d'en remettre une autre (ou alors toute petite, en plastique mou, afin de ne pas aggraver la statique). Depuis, le pope joue du clairon pour appeler ses ouailles à la messe. Ensuite la tour se compose de 5 étages asymétriques en hauteur comme en forme, les 3 premiers sont rectangulaires (voire même presque carrés) tandis que les 2 derniers sont octogonaux (complètement octogonaux, pas comme les rectangles carrés d'en-dessous). Notez les corniches des 2 premiers étages qui se prolongent tout autour de l'édifice.

D'intérieur, la première chose qui surprend c'est l'espace, enfin le plan pratiquement carré.
Contrairement aux églises classiques rectangulaires, en longueur, avec une croisée de transept parfois, ben cette église possède une disposition unique pour son époque (seconde moitié du XIV ème siècle). Elle aurait été la première église de ce type dans toute l'Europe centrale, et aurait servi de modèle pour les autres qui ont suivi dans ce style (carré). Remarquable est aussi le plafond. Quatre voûtes d'arrêtes soutenues par un unique pilier central, et dont le motif (d'arrête) change devant l'arc d'autel. Ce plafond serait d'entre les années 80 à 90 du XV ème siècle. Notez que certaines clés de voûtes sont décorées d'armoiries (notez également l'armoirie hors clé de voûte mais carrément sur l'arrête). On en ignore les familles (enfin on ne les connait pas toutes), mais l'on présume fortement qu'elles auraient contribué financièrement à la réfection de l'édifice après les guerres hussites.


Parmi les décorations, vous ne pouvez pas louper l'iconostase. Elle provient de Ruthénie subcarpatique (aujourd'hui en Ukraine), territoire qui entre les 2 guerres appartenait à la République tchécoslovaque. L'objet est en bois de tilleul (calmant mais diarrhéique à forte dose) et sépare l'abside (le choeur) de la nef. De nombreuses icônes y sont incrustées: une croix, une sainte trinité, des saints orthodoxes et un sticker Coca Collé... Notez les splendides personnages sur les portes tsariennes: la vierge Marie, l'archange Gaby, St Jean, St Matthieu, St Luc, St Marc et St Ménage. Par "tsariennes", comprenez non pas "tsar" dans le sens empereur de toutes les Russies, mais chef, souverain, supérieur.
En fait seul le protojerej peut franchir ces portes qui séparent le séculier du sacré, et surtout pas une femme, qu'elle soit prêtre, de ménage ou même plombier de bénitier. Derrière les portes tsariennes n'accèdent que les mâles, et encore habillés de façon appropriée car le protocole vestimentaire est poussé à l'extrême chez les orthodoxes. Protojerej? Du grec "protos" (premier) et "jerej" (hiereus - prêtre, a donné "hiératique" en Français), prêtre principal (protoprêtre) parfois appelé protopope (ou prototype), genre de primocuré à l'instar des zoaires (proto...), mais orthodoxe. A noter que "protojerej" est un titre ecclésiastique (comme doyen ou vicaire, car on peut être doyen et vicaire) et non pas un rang (curé ou vêque, car on ne peut pas être curé et vêque, abbé non, pas possib').
Ainsi le protojerej peut être un métropolite, un exarque, un higoumène ou un pope (music). Lorsque de surcroît il est en droit de porter la mitre, alors on dit qu'il est "mitré", ce qui est linguistiquement incorrect puisqu'il peut porter la mitre, mais n'est point obligé: il peut se coiffer d'un béret basque, d'une cloche à fromage, voire d'une crêpe s'il est maladroit en cuisine. On devrait donc dire "mitrable" ("able": suffixe formateur d'adjectifs exprimant la possibilité passive, cf. ministrable, papable...) et non mitré lorsque justement il ne la porte pas, sa mitre. Bref, à gauche des portes à nouveau Marie, à droite son fils. Puis encore à côté d'eux, deux portes plus petites que les tsariennes. Elles sont dites "(arch) angéliques" d'abord parce qu'y sont représentés Gaby et Mickélé, ensuite parce que c'est par ces portes que déambules les diacres qui représentent les anges, acolytes du premier rôle (le prêtre) qui représente Jésus (le tsar).
Contre les murs se trouvent plusieurs gonfanons tissés d'icônes saintes. Ils doivent sans doute servir lors des processions du 14 juillet? Et vous ne pourrez pas louper l'icônophoto du grand patriarche Alexey II qui fait une tête de père fouettard à faire chialer les gosses. Il fut tout juste remplacé (début 2009) par Kirill 1er (Cyril) puisqu'Alexey fut rappelé aux cieux par le seigneur fin 2008, aussi vous verrez fort probablement une autre photo que vous pourrez comparer avec la mienne, genre si l'orthodoxie se décrispe. En terme de tableaux pur style byzantin, vous trouverez St Cyril et St Méthode, St Boris et St Gleb, St Georges et St Dragon, et plein d'autres St Encore (cf. mes photos)...

Quelques éléments lapidaires. Derrière l'iconostase se trouverait la pierre tombale d'un certain "Deym ze Stříteže", mais je ne me souviens plus duquel, et je n'ai pas de photo non plus (Strogoff = hérétique = vade retro Satana). Sous le tapis, si l'on vous le soulève, vous pourrez apercevoir la pierre tombale d'entrée dans la crypte des moines servites. Elle porte la mention "Fratrum Ordinis Servori Beatate Mariae Virginis" (signifiant "faites gaffe à pas vous prendre les pieds dans l'tapis"), au milieu se trouve une couronne (de lauriers?) où s'entrelacent la lettres S dans un M ("Servus Mariae" ou "Sados Maseum"?) et encore en dessous "Requiescat In Pace" (RIP = Relevé d'identité postale).
Pis dans la nef, juste entre cette pierre tombale des servites et le pilier central, se trouve la sépulture d'un certain Jean-Michel "Schönebeck". Alors je n'vous mets pas tout le laïus en latin, mais en gros, parce que c'est dingue comme histoire, ça raconte que le gars voulait devenir servite, qu'il avait tout fait pour, les études, appris la langue, reçu la green card, mais juste avant la signature du contrat, il mourut à l'âge de 38 ans. Alors afin quand même qu'on ne dise pas que non plus, les servites le firent reposer en leur église comme l'un des leurs. Sympas les gars. Derrière le stand à bondieuseries (particulièrement fourni, qu'il est impossible de m'ôter de la tête que la religion est un vrai business), à droite en entrant, se trouve une stèle mentionnant une certaine "Magdalena Premerovová" archi bondieusarde totalement inconnue et qui n'aurait vécu que pour la religion (sans commentaire).
En face, une certaine "Jakobína z Greifenfelsu" totalement inconnue itou, dont je ne sais rien de rien. Ensuite et surtout par contre, notez l'inscription de 1995 qui se trouve dehors, devant l'entrée dans l'église: "the announceation of the blest Virgin Mary" qui comporte 3 fautes énormes (correct is "the annunciation of the blessed Virgin Megastore"). C'est fort quand même moi j'dis, qu'ils fassent graver des trucs aussi importants sans vérifier les xactitudes?

Et maintenant une histoire véridique à la limite de la légende et pour laquelle on manque réellement d'éléments concrets mais qui se rapporte d'une certaine façon à notre église quand même. Tout commence par les écrits d'un illuminé nommé "Zachariáš Theobald" publiés en 1609, et qui affirment qu'il existe dans le cimetière près de l'église de la décapitation de St Jean-Baptiste à "Vyšehrad" (aujourd'hui en ruine car phagocytée par les casemates de la forteresse) une colonne rapportée par le diable en personne depuis Rome.
Il y a fort longtemps, lorsqu'on mit en chantier l'église St Pierre et Paul à "Vyšehrad" (toujours debout, vous ne pouvez pas la louper), eh bien St Pierre en personne ordonna au diable de mettre la main à la tâche plutôt que de tenter les faibles, et il dut transporter sur son dos les caillasses desquelles fut édifiée notre église. Et comme le diable ne pouvait s'empêcher de faire le con et de tenter tout son monde, il fit un pari avec le curé local, comme quoi il (le diable) rapporterait de Rome et sur son dos une colonne pour la nouvelle église, et ce avant même que le curé ne termine sa messe. Le prêtre mit son âme en jeu, tandis que le diable mit du pognon, plein de pognon, parce que l'ecclésiastique croulait sous les dettes de poker (il jouait avec Charles IV). Le jour de la messe-course venu, le malin décolla sur les chapeaux de roues, et arriva sur Rome en quelques minutes alors que le curé avait à peine entamé son confiteor. Et tandis que le moine en était seulement au "orare pro me ad Dominum Deum nostrum", le diable récupérait déjà sa colonne d'une église St Marie (parfois St Pierre) en périphérie de la ville de Rome (pour gagner du temps, forcément, avec les bouchons du centre-ville...) et hop, s'en retournait fissa-fissa sur Prague.
Evidemment, le moine était plutôt mal barré et c'est pour cette raison que St Pierre intervint fielleusement dans la course. Il précipita le diable avec sa colonne sur le dos dans la lagune de Venise, et même 3 fois selon la légende, pour bien le retarder proprement, et lorsque le pauv' boug' arriva dégoulinant de sueur au dessus de Prague, il put alors entendre l'ite missa est de la bouche du prête. "Crénom di diou!" hurla le diable. Puis il jeta de rage la colonne sur l'église, laquelle (colonne) se fracassa en 3 morceaux. Bon, on passe les quelques paralogismes et impossibilités de la légende, et l'on se retrouve un jour de l'an 1655, lorsque le secrétaire du consistoire de Rome à Prague reçu entre les mains une missive en provenance de Suisse. Celle-ci fut rédigée par un exorciste local lequel affirmait qu'en pleine extirpation du diantre malicieux du corps de sa victime possédée, il aurait réussi à chasser un certain malin "Zardan" lequel aurait, juste avant son éradication du corps, avoué par la bouche de sa victime être à l'origine de l'anecdote de "Vyšehrad".
Parenthèse: le nom "Zardan" n'est pas anodin. Il vient de "zardění, záře denní" (clarté, extrême brillance du jour) que l'on peut aisément rapprocher de Lucifer (lat. "ferre" apporter, amener et "lux, lucis" lumière, jour). Bref, l'histoire fut prise très au sérieux, à tel point que l'on peignit des fresques représentant cette légende au dessus de l'entrée dans la sacristie de l'église St Pierrépaul (les fresques s'y trouvent toujours). Entre les années 1610 et 1630, les bouts de colonne furent transportés dans la nef de l'église (St Pierre et Paul), et lorsque l'empereur Joseph II en personne la visita en 1782, et qu'on lui raconta l'origine des colonnes, il en ordonna le déplacement (mais on ne sait pas pourquoi). En 1787, une dizaine de solides gaillards déplacèrent tout ce fourbi derrière l'église, et lors de sa (église) réfection en 1888, on le déplaça à nouveau jusque là qu'il se trouve encore maintenant.
Eh oui braves gens, parce que ce que beaucoup de touristes considèrent comme une sculpture moderne avant-gardiste, lorsque seulement ils se rendent compte de l'existence des objets, n'est autre que les 3 bouts de la colonne du diable ("Čertův sloup").

Alors bien sûr, pour les non-croyants, il est d'autres histoires qui expliqueraient l'origine des 3 bouts de colonnes. On pensa à un menhir païen d'avant la chrétienté, voire une sorte de cadran solaire permettant aux tribus slaves d'à l'âge du mammouth de mesurer les solstices. Pis l'on parla d'une borne routière moyenâgeuse, d'un pilori, de la colonne d'une église disparue qui aurait été catapultée par les hussites lors du siège de "Vyšehrad", du socle de l'idole "Svantovít" qui aurait donné son nom à "Na slupi". Sauf que quelle que soit l'hypothèse, il existe toujours un contre-argument à l'encontre. Alors que sait-on réellement?
Il s'agit de 3 morceaux cylindriques de taille respective 150, 160 et 220 cm et de circonférence 151, 156 à 162 cm. Le poids total des 3 éléments serait de quelques 2500 Kg, et leur surface aurait été taillée, abrasée et polie. La forme curieusement arrondie des pointes pourrait laisser supposer une volonté d'aérodynamisme (projectiles?). L'analyse structurelle des pierres a confirmé une matière granitoïde provenant sans doute des carrières de Kamenný Přívoz ("Krhanice") éloignées de quelques 25 km de Prague. Le transport aurait pu se faire sur des radeaux le long des rivières "Sázava" puis "Vltava" jusqu'à "Vyšehrad". De plus l'analyse confirma qu'il ne s'agit pas d'un seul bloc, mais au minimum de 2, voire 3 blocs différents, ainsi ces 3 bouts n'ont jamais été une seule et unique colonne. Et maintenant une surprise de plus. Les 3 pierres sont disposées en pyramide triangulaire, s'appuyant les unes aux autres à l'instar des fusils dans un bivouac de campagne.
Et si vous regardez à l'intérieur de cet ensemble, alors vous pourrez y apercevoir un texte gravé sur l'une des 3 colonnes. La lecture est peu aisée, d'autant plus qu'un bout de colonne repose dessus, mais l'on peut interpréter S M M(A)_[R]IE MW. Le S semble être plus grand que les autres lettres et déborde en dessous de la ligne d'écriture. Le premier M possède un zigouigoui vers le haut. Dans le second M semble être incrusté un A, et ce M semble être lié au R par un tiret-bas (underscore). Le R est nettement en dessous de la ligne d'écriture, quant au dernier M il est collé au W. Il semble évident que l'on est en présence d'un cryptogramme, mais pour l'instant, personne n'a rien déchiffré. Au mieux, l'on peut interpréter quelque chose comme S M MARIE ("Sancta Mater" Marie, ou "Sanctae Matris" Marie), auquel cas le cryptogramme pourrait indiquer la provenance des colonnes: l'église Ste Marie de l'annonciation sur gazon. Et justement, des écrits mentionnent que les hussites bombardaient "Vyšehrad" depuis les ruines de l'église à l'aide de trébuchets.
Y a juste que la forme et le poids des colonnes, le bout volontairement arrondi... enfin c'est pas très plausible tout ça. Une autre chose semble relativement déconcertante. Polir ainsi les extrémités des colonnes devait être un travail conséquent compte tenu du matériau (granit), et il semble indéniable que ce travail entamé resta inachevé. Et justement le granit tendrait également à réfuter une origine (trop) ancienne des artefacts: nos ancêtres travaillaient la crotte de chèvre ou le grès, mais pas le granit. Concernant la mesure des solstices par les païens, ouais, sauf que pour l'instant on n'a pas trouvé d'équivalent, et qu'on n'est même pas sûr que nos païens mesuraient les solstices (la trompe des mammouths oui, mais les solstices non). L'idole sur la colonne, le pilori? On sait qu'il ne s'agit pas d'une seule, mais de plusieurs colonnes (2 au moins). Une borne routière moyenâgeuse? On en a retrouvé plein, mais ça ne ressemblait pas à ça, c'était plutôt polyforme coloré à angle convexe et ça faisait pouêt-pouêt quand on appuyait dessus avec le doigt.
Mais à quoi donc devait servir ces 3 colonnes? Quel est leur âge? Quid du texte? Les questions restent toujours d'actualité.

Pis dans la série hasard ou coïncidence, y a la fameuse croix des 5 églises. Vous vous souvenez de l'architectinconnu qui avait formé des figures géométriques pour "Vratislav II" avec (entres-autres) la rotonde St Longin? Lorsque le bon roi Charles IV fonda la nouvelle ville, il se dit qu'il n'était pas plus c... que l'autre, le "Vratislav II", et qu'il allait créer lui aussi quelque chose de grand, d'énorme, et qui ferait qu'on s'en souviendrait "in perpetua ad vitam aeternam" (rien qu'ça), lui aussi, genre. Ainsi en 1347, Charles mit en route l'église St Côme et St Damien ("sv. Kosmy a Damiána") du monastère d'Emmaüs, en 1350 l'église de Ste Marie de l'Assomption et de St Charlemagne ("Panny Marie a sv. Karla Velikého"), en 1355 Ste Catherine ("sv. Kateřiny"), en 1360 notre église sur gazon, et en 1362 St Apollinaire ("sv. Apolináře"). Ca semble anodin et pourtant. Prenez une carte de Prague, puis joignez d'un trait St Côme et St Damien avec Marie et Charlemagne, ensuite joignez St Catherine avec Ste Marie sur gazon.
Eh bien vous obtenez une croix. Hasard ou coïncidence? Et si vous remarquez de plus que St Apollinaire, dernière église mise en chantier par notre bon roi (il me semble fortement), se trouve à l'intersection de la croix, alors croyez-vous toujours au hasard ou à la coïncidence? OK, ce n'est pas parfait (cf. ma démo), mais considérez qu'en ce temps ni Charles ni ses urbanistes n'avaient l'Internet, encore moins la vue d'en vol d'au dessus d'un nid de coucou. Du coup tiré à la ficelle de chanvre, tracé au sang de boeuf caillé, et mesuré le doigt mouillé au vent à cheval sur la branche d'un platane, moi j'dis que ça l'fait bien quand même. Non?

Et pour terminer, l'église Ste Marie de l'annonciation fait partie d'un roman de "Miloš Urban", genre d'à Vinchi code, mais comme je ne l'ai pas lu, je ne vous en dis pas plus. Pis je n'vous en dis pas plus sur rien d'autre non plus, vu que j'ai fini. A signaler quand même que le brave bonhomme blanc-barbu à la bonne bouille (cf. mes photos) nous a fait visiter l'église en compagnie de la dame du PIS (eh ouais, à nouveau, heureusement qu'on les a pour rentrer dans les lieux généralement fermés), qu'il était extrêmement affable et hospitalier. Pas sûr qu'il fut le protojerej mitrable du lieu, plutôt son vicaire (ou sa bignolle?) mais quoi qu'il fut et quoi qu'il en soit, il était fort sympathique puisqu'il nous a montré plein de choses hypra-intéressantes. Merci mon bon sieur. Sur le gazon: 50°4'3.067"N, 14°25'17.661"E.

samedi 16 mai 2009

Ailleurs: La cav'à macchabs de Mělnik

Alors avant de lire cette publie-ci, éloignez les gosses trop jeunes de la téloche, car à donf que cette publie-là fout la pétoche bleue. C'est macrab' et lugub' comme z'avez pas idée, z'allez voir. Donc on s'était dit avec ma chérie d'amour qu'on n'irait pas trop loin cette fois-ci, et qu'on pourrait aller se visiter un truc faisable dans l'aprèm, visitévoyage compris.
Et paf, la ville de "Mělník" nous tomba en tête sous le coude. Une ville aussi vieille que la Bohême, dont les origines remontent aux princes mi-tiques (avant le IX ème siècle) et dont je ne vous parlerai pas maintenant (de la ville) car il faudrait y consacrer une publication entière tellement c'est velu d'histoire. Pour info, l'on parle déjà du bled dans la légende de Christian ("Incipit vita et passio sancti Wenceslai et sancte Ludmile ave eius"), datée de la fin du X ème siècle: "Habuit eciam et uxorem nomine Liudmilam, filiam Slaviboris comitis ex provincia Sclavorum, que Psou antiquitus nuncupabatur, nunc a modernis ex civitate noviter constructa Mielnik vocitatur." Notez l'appellation originelle "Psou" ("Pšov" en Tchèque) que l'on retrouve ensuite dans la fameuse chronique de Dalimil récemment achetée à Paris: "Sta fuit uxor Borziuuoy - Et filia comitis de Pssouua - Cui tunc Pssouu dicebatur - Huic postea melnik dederunt - Nam ante melnik castrum erat [...]"
Et encore aujourd'hui, un quartier de la ville porte le nom de "Pšovka" en référence au peuplement d'il y a mille ans. Mais retour au sujet.

Ce jour-là on visita dru, et lorsqu'on se retrouva aux portes de l'ossuaire, il se faisait dans les presque 16h pas tout à fait. Eh ouais, et la cav'à cadav' fermait justement ses portes à 16h pétantes afin que les vieux os se reposent des moult touristes qui les zieutent. Ah ben flûte alors! On descendit quand même les escaliers, et l'on fit des yeux de basset albinos en proie au rhume des foins devant la dame de la caisse tirant le store et pliant son sac à main. "Et z'êtes à combien?" qu'elle nous dit. "Ben juste nous deux, elle et moi. Pis surtout comme on n'est pas vraiment du coin non plus, genre qu'on ne pourra pas revenir la semaine prochaine si simplement, alors on aimerait bien jeter un oeil sur vos macchabs, même petit et rapide, l'oeil." "Bon, allez..." qu'elle nous dit. Ouah, rudement trop gentil la dame qu'elle était, le méchant coup d'bol d'la bonne fortune, t'imagines? C'est rare en Tchéco la fabilité. Et même mieux, parce que c'était dessiné en grand qu'on ne pouvait pas photographier, alors j'y demandai quand même si... que j'y ferais 'achement gaffe à pas mettre des miettes.
Alors comme on était tout seul, et comme la dame était charitable, ben elle m'autorisa même à faire des photos comme je voulais. Ouah, t'imagines comme elle fut bonne avec nous la dame?

L'ossuaire de "Mělník" se trouve sous le presbytère de l'église St Pierrépaul, dont l'ancêtre roman remontre à la fin du X ème, début du XI ème siècle. Bien que la première mention écrite remonte à la seconde moitié du XI ème siècle, les légendes racontent qu'encore même avant cette période, le prince "Bořivoj" (grand-père de St Venceslas et premier prince de Bohême à se faire baptiser, l'andouille) aurait fait construire là pour son épouse Ste Ludmila (grand-mère de St Venceslas et native de "Mělník") une églisette. D'autres légendes racontent encore qu'à l'origine, serait un certain prévôt "Hroznata" (inconnu!?), d'autres encore mentionnent St Venceslas en personne. Enfin n'importe quoi, comme souvent en cette période, aussi considérez tout ceci avec des pincettes. Par la suite, l'église fut souvent remaniée en styles, mais je ne vais pas m'étendre, parce que ce n'est pas le sujet du jour. Par contre une date importante est 1520. C'est précisément en cette année, que l'on construisit, selon les experts, le presbytère, et par la-même la crypte qui se trouve en-dessous. Sauf que personne ne sait à quoi elle était destinée originellement cette crypte, mais certainement pas à servir d'ossuaire.
D'abord l'arcade Nord est trop large pour une crypte. Etait-ce plutôt destiné à y descendre des tonneaux? "Mělník" est très vinicole, depuis que le bon roi Charles IV y introduisit le bourgogne français. Ensuite il n'y pas de crépis aux murs, pas de plancher, et pas de décoration des piliers (et je ne parle pas des interrupteurs ni des rideaux). S'agit-il d'un caveau familial inachevé pour noblesse de la ville? Etait-ce envisagé comme résidence de courte durée en prévision de la guerre-froide? Quoi qu'il en soit, la crypte servit dès 1530 de cav'à macchabs et ce jusqu'en 1775, lorsque le cimetière près de l'église fut fermé par directive joséphienne (tous les cimetières intra-urbane furent fermés afin d'éviter la propagation de la grippe du grouik mexicain par exemple), et transféré près de l'église Ste Ludmila (extra-urbane). Mais revenons donc au début du XVI ème siècle, lorsqu'il existait encore un cimetière aux abords de notre église St Pierrépaul. Comme le débit Internet, le cimetière était dimensionné (et est sans doute toujours) pour l'usage ordinaire qu'on en faisait. Or lorsqu'advenaient des épidémies pandémiques qui refroidissaient nettement plus de viande qu'à l'accoutumée, ben il n'y suffisait plus et il fallait parer au plus pressé. Aussi les fossoyeurs sortaient les vieux os des fosses, les entassaient dans les ossuaires, et mettaient les fraîches carcasses à leur place. Et tout ceci dura quelques 250 ans (le processus, pas la peste), jusqu'en 1775 lorsqu'on déménagea le cimetière qui cessa de ce fait d'alimenter la crypte.
Mieux. Le 16 août 1787, un décret impérial ordonnait la fermeture des ossuaires intramuros, et la mise en terre des os restants dans le jardin de Marc Dutrou, histoire de bien rigoler quelques siècles plus tard. Mais les fossoyeurs de "Mělník" étaient pragmatiques, et plutôt que de se cogner un labeur supplémentaire, ils murèrent tout simplement les fenêtres comme les entrées de la crypte à l'aide de pierres tombales. Ils se gardèrent bien d'en parler à qui que ce soit, ainsi le tour fumant était bien joué sans frais ni sueur.

En 1891-1892 l'on entreprit la réparation de l'église et l'on redécouvrit l'ossuaire lorsque le curé fit déménager les pierres tombales dissimulatrices à l'intérieur de l'église au motif que "ça fait plus authentique, et ça pue moins fort que les géraniums". Cependant la découverte, bien qu'insolite, ne bouleversa point la vie des habitants, et il fallut alors attendre la réparation suivante (entre 1913-1916) afin que quelqu'un s'aperçoive du fantastique potentiel touristique et financier que la cav'à macchabs représentait. Et le découvreur de ce potentiel ne fut autre que l'anthropologue, le fondateur du département d'anthropologie et le professeur à l'Universita Carolina (Pragensis, bien entendu), le medicinae universae doctor, le rerum naturalium doctor honoris causa, "Jindřich Matiegka". Je vous en avais déjà parlé à propos de "Jan Žižka", car "Jindřich Matiegka" est au crâne de macchabé ce que Popeye est à l'épinard surgelé: un expert.

Selon les sources, il aurait étudié ces artefacts naturels entre 1912-1913, 1913-1916, entre 1915-1919, bref, considérons les dates officielles inscrites sur les plaques commémoratives: 1915-1919, bien que cela n'a strictement aucune réelle importance. Ce qui est par contre nettement plus remarquable, ce sont les résultats obtenus. Le premier d'entres-eux est d'ordre paléontologique, le second notoirement plus visible encore aujourd'hui est d'ordre cosmétique, puisque "Jindřich Matiegka" ordonna les os de façon artistique. Dans notre ossuaire se trouvent donc des restes de quelques 10 à 15 mille individus d'âge, de sexe, d'ethnie et de religion différents (bien que la religion ne puisse être déterminée par l'étude osseuse post-mortem mais cérébrale intra-vitam :-) Leur origine provient donc du cimetière attenant à notre église St Pierrépaul, mais également des environs de la cité (paroisse) ou encore des champs de batailles qui eurent lieu en ces contrées. En entrant dans la crypte, sur la gauche se trouvent des os présentant des anomalies ostéologiques: déformations de naissance, séquelles post-traumatiques, difformités pathologiques, infirmités articulaires voire blessures militaires. Vous pouvez lire sur cette paroi l'inscription "ecce mors" (tiens la mort, voilà la mort, cf. le fameux "ecce home" prononcé par Marie alors qu'elle ouvrit la porte à Jésus arcbouté sur la sonnette après un retour tardif et arrosé en discothèque) écrite à l'aide de crânes retournés (la face contre le mur, les pariétaux visibles). Notez cependant que contrairement à "mors", le mot "ecce" n'est plus très lisible. Une partie des ossements a dû se ramasser.
Plus intéressant: selon notre professeur, ces crânes retournés seraient d'origine germanique car ils présentent des stries sur la calotte (crânienne). C'est dingue non? J'veux dire que les Germains ont des crânes différents des Slaves par exemple? Sans dec, chuis scié. Encore plus à gauche, se trouve un mur sur lequel on peut apercevoir, écrit de la même façon à l'aide de crânes (germaniques? On écrit bien avec) retournés, une ancre (symbole de l'espoir), une croix (symbole de la foi) et un coeur (symbole de l'amour). Pour info, le dernier crâne en bas de la pointe du coeur est le plus gros des crânes de tout l'ossuaire. Son tour (de crâne) serait de 58 cm, ce qui aujourd'hui n'a rien d'exceptionnel puisque personnellement je fais ce même tour de tête. Maintenant il ne faut pas oublier que 500 ans plus tôt, les humains étaient autrement plus religieux, nettement plus bêtes, souvent illettr' et incultes donc forcément, leur boîte crânienne était plus petite :-) Bon, pis encore à gauche, et donc en face de l'entrée, se trouve la plus ancienne paroi d'os. D'après notre expert, les os de tout en bas du tas (d'os) remonteraient jusqu'au XIII ème siècle. Notez que certains crânes possèdent des balafres sécantes, ainsi que des trous probablement occasionnés respectivement par des armes blanches et par des armes à feu (ou des vers ossivores-ostéoclastes?) lors de la guerre de 30 ans.

Et maintenant je vous livre un scoop. Sur le pilier à droite de cette paroi vous pouvez lire le texte "Huic loco aderat Slaup de Žluticz, Anno Domini 1535", qui est en fait à l'origine du fameux "Kilroy was here" américain.
Des millions de personnes (jusqu'à Staline) se sont interrogées sur ce fameux "Kilroy", qui était-ce, pourquoi inscrivait-il cela, comment put-il se trouver à travers le monde entier? Et tous se posaient la question (cf. le discours du pape en terre-sainte début mai) alors que la réponse se trouve tout naturellement dans notre ossuaire de "Mělník". La preuve? Tout d'abord les seuls "ze Žlutic" un peu célèbres dont l'histoire a retenu le nom sont "Václav ze Žlutic", à l'origine de la tour poudrière (mais c'était en 1475). Il y eut encore le tout premier procureur royale, "Vilém ze Žlutic", mais c'était encore avant, sous Zikmund l'enflure, en 1437. Et finalement il y eut encore le chanoine de la cathédrale St Guy "Oldřich ze Žlutic", mais qui est entré dans l'histoire non pas de son vivant, mais de son mouru (en 1380), car sa pierre tombale (aujourd'hui au lapidarium du musée national) est la plus ancienne pierre issue des fameuses carrières de marbre rouge de "Slivenec" (cf. les châteaux, les palais et les églises du pays, y en a partout, en Charente-Poitou). Et pis c'est tout. Or pour un trou de quelques 2500 habitouts... tants, 2500 habitants, périphérie comprise (et même encore moins d'habitants il y a 500 ans de ça), ben 3 célébrités c'est déjà bien moi j'dis. Ainsi il est fort à parier que notre "Sloup ze Žlutic" n'ait jamais existé, et qu'à l'instar de "Kilroy", il s'agissait d'un pseudo.
N'étant pas noble, ne pouvant pas laisser ses armoiries sur les palais et sur les églises comme des "Clam-Gallas", des "Rožmberk", des "Liechtenstein", des "Šternberk", ou des "Kinský", voire des "Lobkovic" et j'en passe des "Schwarzenberk" et autres "Colloredo-Mansfeld", ben il compensa sa frustration par cette petite formule personnelle. Et afin de ne pas laisser sa tête dans l'affaire (ou dans l'ossuaire), il prit un pseudonyme farfelu garant de son anonymat. Puis durant les siècles qui suivirent, les descendants du farceur voyagèrent de par le monde, jusqu'aux Amériques, où ils perpétuèrent cette tradition familiale transmise oralement de bouche à oreille sur le lit de mort, mais en langue anglaise, car l'Anglais est aujourd'hui ce que le Latin était hier: l'Esperanto de demain. Ainsi "Kilroy" était né. Maintenant tiendez-vous bien, parce que notre bougre avait le sens de l'anticipation (et de l'humour) particulièrement développé. En effet, il finit bien par exister un "sloup" à "Žlutice". Communément appelé "sloup ze Žlutic" (ou "sloup ve Žluticích"), il est une des plus remarquables oeuvres baroques de ce type dans toute la République (du tout début du XVIII ème siècle, l'oeuvre). Ainsi quod erat demonstrandum, et j'en reste là pour aujourd'hui.
Dans, une prochaine publie je vous dévoilerai qui se cache réellement sous le pseudo de "Sloup ve Žluticích" alias "Kilroy" (attends, j'vais tout d'même pas tout vous dire d'un coup non plus. A Paris-Match ça leur ferait toute l'année, une exclusivité pareille).

Et pour terminer, si vous regardez encore plus à gauche, sur la paroi avec la croix en haut et le boyau en bas, alors vous constaterez qu'elle est composée uniquement d'os brachiaux et fémoraux (l'Osbra qui hale est fait moral se rapportent respectivement aux bras et aux cuisses). Enfin du dehors seulement on dirait, les brachiaux et fémoraux, mais dans la masse se trouvent aussi d'autres os, les pas beaux à montrer. Et pour que vous puissiez vous rendre compte par vous-même, du tas d'os que ça représente en profondeur, notre professeur a réalisé ce fameux boyau qui traverse toute la profondeur osseuse jusqu'au mur. C'est énorme! Ah oui, et de par la croix qui se trouve en son faîte, on appelle ce mur "le calvaire". Tout ce travail, toute cette macabre composition artistique que vous voyez aujourd'hui est l'oeuvre de notre professeur, aidé de ses acolytes. Lorsqu'il mit un oeil dans la cave vers 1914 (selon une source), l'état des tas était épouvantable. En dehors des os sous les fenêtres qui seraient ainsi disposés propre d'origine, les autres os (aujourd'hui réorganisés) gisaient anarchiquement sur le sol dans un bordel indescriptible.
Il commença alors par déménager tout le fourbi, s'assurer que le sol en terre damée n'était pas pourri, puis il s'alluma un clope tout en réfléchissant à la manière originale dont les fossoyeurs moyenâgeux avaient amoncelé ce foin. Au tout début de ce Lego osseux, les gaillards avaient empilés les os longs (fémurs, tibias, péronés, humérus, cubitus, radius, phallus... euh... non, pas phallus, ni utérus) entre les 8 piliers de la cave. Une fois cette paroi érigée, ils jetèrent les crânes et les autres os inutilisables dans l'espace ainsi édifié entre les murs et les parois. Une fois cette base terminée, et parce que ça continuait de mourir comme vache qui pisse, ils entassèrent d'autres os sur les tas d'origine, mais c'était forcément moins bien fait, parce que moins architecturé. Bref, une fois son clope terminé, il commença l'étude minutieuse dont je vous ai parlé auparavant. Pis une fois le clope comme l'étude minutieuse terminés, ben il fallut tout remettre en place, et c'est à ce moment-là qu'il se dit "ah oui, tiens, c'est con que chois tout seul à suer sur ce sale boulot". Aussi il embaucha dans l'affaire le sacristain de l'église "Antonín Kautský", son élève le plus préféré "Jiří Malý" (qui deviendra son collègue puis son successeur au département d'anthropologie de l'université Charles), et d'autres pauv' estudiantins qui durent mettre activement la main à la pâte. "Parce que j'vois pas trop comment j'vais pouvoir vous octroyer vos diplômes de fin d'année si je passe tout mon temps dans c'te foutue cave humide" qu'il aurait dit comme ça, le prof "Matiegka", avant de rajouter "et les p'tits mariols pernicieux qui verraient en ces propos comme une forme de chantage malveillant peuvent d'ores et déjà envoyer leur candidature au concours d'entrée à l'université du ramassage des ordures merdagères."
Pour l'anecdote, la croix au sommet du calvaire est l'oeuvre du sacristain. Au lieu de s'envoler vers les plages ensoleillées de Croatie, il la confectionna avec l'aide de dieu et de ses enfants pendant les 2 mois d'été des grandes vacances scolaires au motif que "le fidèle serviteur de dieu consacre scrupuleusement son temps, sa vie, son travail et ses vacances à la plus grande gloire de son maître céleste." Dans la même année sa femme demanda et obtint le divorce.

Bon, ben j'en ai fait le tour, de l'ossuaire comme de la publie. Il existe encore un ossuaire "mondialement" célèbre à "Kutná Hora", autrement plus… kitch? Enfin vous verrez, c'est encore plus "artistique" qu'ici, mais bien que j'ai toutes les photos du dedans, je n'ai pas encore écrit la publie. Donc à viendre. Sinon encore aujourd'hui l'on vient de loin "étudier" les squelettes de "Mělník" dans un but anthropologique, alors si vous passez dans le coin, profitez-en d'un point de vue touristique. D'ailleurs sachant que la crypte accueille en moyenne plus de 100 touristes par jour, c'est bien la preuve d'en engouement énorme non? Et memento homo, quod cinis es, et in cinerem reverteris. RIP: 50°21'1.723"N, 14°28'26.224"E

vendredi 1 mai 2009

Visiter: L'une des 2 églises St Nicolas

Eh bien malgré qu'elle fasse partie intégrante du paysage de la place de la vieille-ville, l'église St Nicolas (vieille-ville) n'est pas spécialement... enfin historiquement, y a vraiment pas de quoi marcher au plafond en sandales. Architecturalement, elle est splendide (enfin moi je trouve), mais rien (enfin presque rien) ne s'est vraiment passé-là. Et cependant je ne peux pas vous faire l'impasse dessus, puisqu'elle est à Prague visible comme le blaire au milieu du groin.
Donc aujourd'hui, l'église St Nicolas de la vieille-ville. Alors comme déjà moult fois précisé auparavant, il existe aussi une autre église St Nicolas du côté du petit-côté ("Malá Strana"), tout aussi fantastique, et pour cause, puisqu'elle fut commencée par le papa de notre architecte et terminée par l'architecte en personne (cf. plus loin), mais je vous en parlerai une autre fois, de celle du petit-côté.

Commençons par quelques légendes sur le St Nicolas. Tout d'abord celles liées à la mer, parce que St Nicolas est à la mer ce que l'eucalyptus est au suppositoire. L'on raconte qu'un jour de tempête en mer, une barque de pêcheurs fut projetée contre la falaise, qu'un trou se fit et que l'eau commença à remplir l'esquif. Alors apparut St Nicolas, qui chopa une carpe dans l'eau, boucha le trou avec et sauva les martins-pêcheurs de la noyade. Alors bien qu'on mange de la carpe dans les pays slaves aux environs de la St Nicolas jusqu'à la St Sylvestre, je n'ai encore jamais entendu personne prétendre avoir bouché quoi que ce soit avec, sinon les chiottes malencontreusement, lorsque le bestiau d'extirpa d'un coup de queue des mains maladroites de mon pote "Bohouš" tandis qu'il s'apprêtait à transporter l'animal de la baignoire vers la cuisine.
Le traditionnel repas de Noël tomba tête en avant dans la cuvette, disparut derrière le coude du siphon hydraulique où il resta bloqué empêchant l'évacuation des matières. J'vous raconte pas la suite, repas foutu, épouse colère, plombier introuvable entre les fêtes, utilisation temporaire des aisances du voisin, puis démontage du conduit, extraction de la bête morte... rien que du bonheur que "Bohouš" nous raconta un soir autour de bonnes bières alors qu'on mourrait de rire autour de la table. Bref... Rajoutons encore que la carpe est un poisson exclusivement d'eau douce, alors St Nicolas chopant une carpe en mer, hein, faut pas déconner non plus parce que même s'il est myrrhoblyte, l'est pas pour autant poissonnier. Une autre légende raconte sur le même principe, qu'alors que St Nicolas et ses potes essayaient de rejoindre illégalement Lampedusa (St Nicolas était Turc), une tempête en mer mit à mal la chaloupe de fortune qui commençait à sombrer. Alors St Nicolas se mit à prier, à prier fort, encore plus fort ("oh oui chéri, encore plus fort...") et dieu apparu. "Sortez du bateau, et marchez sur l'eau." Qu'il leur dit comme ça.
Puis devant leur légitime réticence, il rajouta "Allez quoi, n'ayez pas peur, j'ai déjà essayé ce truc avec mon fils, c'est éprouvé... enfin sur l'eau douce." Ainsi grâce aux prières de St Nicolas, l'équipage tout entier put immigrer illégalement sain et sauf en Europe. Bon, plus sérieusement, le prénom Nicolas vient du Grec "nikos", victoire, triomphe, et de "laus", glorification, apologie. Du coup tous les couillons un peu crédules (et y en avait plutôt gras au moyen-âge) voulaient acquérir des reliques de St Nicolas afin d'être comblés de triomphe et de gloire. C'est ainsi qu'un jour, le bon roi Charles IV se transforma en crapule... mais je vous ai déjà raconté cette légende dans une précédente publie. Et je ne vais pas non plus vous raconter l'histoire des pommes d'or, ni celle des cadeaux de Noël, car tout ça vous le trouverez facilement sur le Net.

Et maintenant chers gens, je vous livre les éléments historiques qui, comme vous allez le constater, ne sont pas toujours unanimes.
Tout d'abord imaginez la place de la vieille-ville, il y a quelques 1000 ans en arrière, sans toutes les terrasses à couillons dont les prix sont 3x supérieurs que 100 m plus loin (où ils ne sont que de 2,75x supérieurs). En l'an 1069, il y aurait eu là une église romane fréquentée par les commerçants germains. Je n'ai trouvé aucune confirmation d'une telle information, aussi considérez cette seconde moitié du XI ème siècle comme non certifiée, d'autant plus que la plupart de mes sources remontent la présence de notre édifice au début du XIII ème siècle. Quoi qu'il en soit, ce sont bien les commerçants germains déménagés du quartier de "Poříčí" qui s'installèrent céans, car comme tout le monde sait, en ces temps primitifs, les Slaves vivaient de la chasse au mammouth et de la cueillette des bananes tandis que les Germains, eux, construisaient déjà des églises et lisaient Kant, Hegel et Schopenhauer en version originale. Vers 1235, l'église alors déjà consacrée à St Nicolas accueillait les paroissiens, mais également le conseil municipal, et ce jusqu'en 1338, lorsqu'enfin l'on se décida à construire une mairie (les églises sont généralement très inconfortables, mal chauffées, sauf la notre, z'allez voir).
La première vraie mention écrite de St Nicolas remonte à 1273, lorsqu'une effroyable inondation de la Vltava foutut à terre le fameux pont de "Písek" (cf. une précédente publie) puis déferla dans Prague par le quartier juif jusqu'à "Na Františku" (cf. Josef Emler, in: Fontes rerum Bohemicarum, tom. II/1, Pragae 1874, pp. 282-303, "Anno domini 1273, XV Kal. Septembris inundatio aquarum facta est magna in flumine Wltaviae, ita ut capella lignea, quae sita erat ante pontem in Piesek totaliter cum fundamento defluxit, et alia ecclesia lapidea, quae erat sub ponte in insula, pars eius media collisa est, et omnia molendina, quae erant circa civitatem Pragensem, cum aqua confracta defluxerunt; homines plurimos suffocavit, aedificia plurima subvertit. In campis annona et foenum de pratis cum alluvione descenderunt; ortos olerum vitiavit, per civitatem Pragensem fluxit, extendens meatus suos usque ad ecclesiam sancti Aegidii et ecclesiam sancti Nicolai, fluens per totum vicum Judaeorum usque in ecclesiam sancti Francisci."

Dans le courant du XIII ème siècle, on retapa l’autre église de la place de la vieille-ville, Notre-Dame devant le "Týn" ("kostel Panny Marie před Týnem", i.e. "Kostel Matky Boží před Týnem", i.e. "Týnský chrám"), et St Nicolas perdit la fonction d’église paroissiale au profit de sa rivale. Au milieu du XIV ème siècle, l'on transforma l'édifice roman en style gothique à 3 vaisseaux, et l'on y ajouta 1 tour frontale selon une source, 2 tours latérales selon une autre. Les 2 textes mentionnent cependant que l'église gothique n'avait pas de choeur, ce qui somme toute est totalement égal puisque cet édifice n'existe plus, ni en photo. Ce que l'on sait par contre grâce aux textes, c'est que l'administration religieuse avait sous sa juridiction une école, un cimetière, et qu'à partir de 1344 il y avait un marché à la volaille sur le terrain du curé. Dans la seconde moitié du XIV ème siècle, prêchait en l'église St Nicolas le prédicateur loufoque "Jan Milíč z Kroměříže". Il fut une sorte de grotesque pré-hussite illuminé (d'aucun lui attribue une déficience mentale à partir de 1363, après sa rencontre avec un autre illuminé: "Konrád Waldhauser"), ascète invétéré, convertisseur de ribaudes en bonnes catholiques, et accusateur du bon roi Charles IV d'antéchrist (il fut mis au gnouf pour ça d'ailleurs).
Pour l'anecdote, il est enterré en Avignon où il se rendit en 1374 afin d'obtenir le support papal lorsque toutes ses excentricités finirent par lui mettre à dos la noblesse praguoise. Notre église St Nicolas accueillit ensuite le successeur pré-hussite de "Jan Milíč z Kroměříže", "Matěj z Janova", moins illuminé mais tout autant persuadé de la présence sur terre du "magnus Antichristus (fuit Lucifer cum suis complicibus)" (cf. son oeuvre fondamentale en 5 volumes "Regulae Veteris et Novi Testamenti"). C'est ainsi que l’église resta sous le giron de la réforme hussite pendant des années, jusqu'à la bataille de la montagne blanche, et globalement du côté anticonformiste même après (la bataille, cf. plus loin). Ensuite plus trop de trace ni d'info sur notre édifice, car Notre-Dame du "Týn" lui bouffait la vedette à la télé.

En 1635, dans le cadre de la recatholisation manu-militari de la Bohême à grand renfort de moines venus de pays ultra-cathos, Ferdinand III (fils de cette fripouille de Ferdinand II et roi de Bohême à partir de 1637) invita les bénédictins espagnols de Montserrat (l'abbé "Peňalosa" de Montserrat était le confesseur de la future reine Marie-Anne d'Espagne) au monastère d'Emmaüs, et l'on déménagea les bénédictins slaves qui vivaient là depuis lurette en St Nicolas vieille-ville.
La première chose dont les moines déménagés se rendirent compte, c'est qu'il y avait bien une église, mais il n'y avait pas le moindre monastère pour s'y loger (ni le câble, ni le Wifi du reste). Aussi ils commencèrent par acheter les parcelles et les maisons des alentours, et entre 1649 et 1670, ils construisirent l'édifice manquant près de notre église St Nicolas, laquelle d'ailleurs fut repeinte en style renaissance tardive (selon une source) ou bas-baroque (selon une autre). En 1686, et à force d'allumer des cierges de partout pour n'importe quoi, un terrible incendie ravagea sérieusement tout l'édifice. Du coup, et devant l'ampleur du devis des réparations estimées par le nouvel architecte (cf. plus loin), nos moines décidèrent de tout fout' à terre et de reconstruire du neuf par dessus les décombres. Commença alors une toute nouvelle histoire de l'église St Nicolas vieille-ville.

L'abbé "Anselm Vlach" avait une vision très concrète d'à quoi devait ressembler la nouvelle église St Nicolas afin de concurrencer Ste Marie devant le "Týn", aussi il mit la main à sa propre poche afin de financer les travaux. Il fit appel au plus talentueux des architectes de cette époque: "Kilián Ignác Dientzenhofer".
Pour l'anecdote, "Dientzenhofer" alors au service de l'abbé depuis 1727, devait également s'occuper de la restauration de la brasserie de "Popovice", également propriété de l'abbé selon les archives du monastère de St Nicolas, mais il n'en fut rien, car la brasserie tomba en ruine après 1744 (après l'invasion des Prussiens) et ne fut reconstruite qu'en 1874 (mais à un autre emplacement). Actuellement, vous pouvez déguster cette fameuse bière dans l'une de mes tavernes préférées, Au Boeuf Noir. Ainsi entre 1732 et 1737, ce talentueux génie dessina les plans, tandis que le constructeur "Johan Michal Fitz" (totalement inconnu!?) réalisa ce que vous pouvez encore admirer aujourd'hui, car l'apparence de l'église St Nicolas n'a pratiquement pas changé depuis 300 ans. Notez tout particulièrement la richesse de la décoration sur la façade Sud, par rapport aux autres côtés nettement plus pauvrement décorés (spécialement du côté de la place Franz Kafka).
En fait l'église était auparavant entourée d'édifices qui disparurent lors du grand assainissement du quartier juif (cf. "Desfourský dům", "Krennův dům"...). Je vous ai trouvé une photo de 1865 avant la démolition (notez la colonne mariale en bas à droite, mise à terre en 1918 par le peuple qui y voyait un symbole habsbourgeois), et une photo de 1929 après la démolition. Et je ne vous parle pas de la mairie de la vieille-ville brûlée par les nazis en 1945. St Nicolas s'inscrivait ainsi de façon tout à fait différente dans le schéma urbanistique de la grande place par ailleurs inachevée (depuis la mi-XIX ème siècle et encore aujourd'hui, de nombreux projets de restauration, reconstruction, réfection, aménagement... de la place ont été soumis mais sans la moindre concrétisation). Entre 1785 et 1787, les réformes de Josef II mirent un terme à l'activité spirituelle de l'église comme du monastère.
Une grande partie du mobilier intérieur fut alors vendue, et disparut à tout jamais. La municipalité récupéra (racheta?) l'édifice quelques années plus tard, et c'est sans doute grâce à ce fait qu'elle se trouve encore debout sur la place de la vieille-ville. Ceci-dit l'on ne peut pas dire qu'il fut fait grand cas du bâtiment: il servait de silo à grains, d'entrepôt de meubles, d'archive municipale, et en 1865 il fut transformé en salle de concert. Pour cette dernière fonction, l'on aménagea dans le sous-sol des poêles à bois afin que les mélomanes ne claquent pas des dents durant les représentations, et ces chauffages primitifs sont toujours visibles dans les caves sous St Nicolas (cf. mes photos). Vers 1870, le bâtiment fut loué à l'église orthodoxe russe alors qu'icelle promouvait l'idéal panslaviste sur les terres Austro-hongroises. En fait dans la période de renaissance nationale tchèque, bon nombre de réfractaires à l'empire habsbourgeois passait de l'église catho-romaine vers l'église orthodoxe afin d'hérisser François-Joseph. C'était interdit dans l'empire, la religion orthodoxe j'veux dire, au point que le doyen russe de l'église St Nicolas "Nikolaj Ryžkov" qui officiait alors à Prague fut condamné à mort pour trahison lors de la première guerre mondiale (et l'église fut fermée avant de redevenir catholique).
Bon, ce n'était pas seulement parce qu'il était orthodoxe, mais aussi parce qu'en bon panslaviste il désapprouvait de façon véhémente que des Slaves se battent entre eux (les Russes étaient du coté alliés, donc en guerre contre les Austro-hongrois, et donc contre les Tchèques, les Slovaques, les futurs Yougoslaves...). Finalement il fut échangé vivant en 1917 contre le métropolite autrichien de l'église uniate (église catholique de rite oriental conservant la paramentique, la liturgie, la langue et la musique mais ayant abandonné la théologie et l'ecclésiologie spécifiques, aujourd'hui on parle d'église grec-catholique), mais mourut 3 ans plus tard à l'âge de 51 ans des suites des mauvais traitements lors de sa captivité dans les geôles habsbourgeoises. Bref... En St Nicolas on organisait cependant et toujours de la musique, et l'on pouvait par exemple y apprécier les oeuvres de "Zdeněk Fibich" que bon nombre de gens ne connaissent même pas, alors qu'il fut l'un des plus talentueux compositeurs tchèques de la mi-XIX ème siècle, après les 2 monstres sacrés "Smetana" et "Dvořák" bien entendu. En 1898 et dans le cadre du grand assainissement praguois, l'on démolit le monastère St Nicolas pour y construire un immeuble néobaroque, et depuis il ne reste plus rien de la moindre trace de cet édifice.
Signalons pour l'anecdote, qu'en proximité de l'emplacement du monastère St Nicolas est né en 1883 l'un des plus célèbres Tchèques à travers le monde: Franz Kafka. Selon les sources, vous lirez qu'il est né dans l'abbaye, près de l'abbaye, dans la maison "U Radnice" (près de la mairie), dans la maison "U veže" (près de la tour)... Quoi qu'il en soit, l'emplacement s'appelle aujourd'hui "place Franz Kafka", et se trouve à l'Ouest de notre église. Dans les débuts de la grande guerre, l'église redevint romaine-catholique pour les besoins de la garnison militaire de Prague, et l'on en profita pour lui remettre un grand coup de neuf dans la déco intérieure. L'on en profita également pour lui réquisitionner sa cloche pour les besoins de la grande boucherie, et depuis cette date il ne reste plus que le battant d'un mètre et demi dans le clocher baroque. En Janvier 1920, "Karel Farský" (alors prêtre romain-catholique) y fonda l'église hussite tchécoslovaque qui (l'église hussite) continue depuis à prêcher là. Une grande rénovation intervint entre 1967 et 1977, et globalement c'est tout pour l'histoire de l'église St Nicolas vieille-ville. Aujourd'hui on y organise toujours des concerts à touristes (Händel, Mozart, Bach, Beethoven, parfois Dvořák, puis Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et parfois Vivaldi, mais surtout Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et quelquefois seulement Dvořák, voire Vivaldi) par contre l'on ne vous chauffe plus l'intérieur comme au XIX ème siècle.
Eh non, maintenant c'est nettement plus bio, car on peut joyeusement se geler les grelots quand il glace dru dehors afin d'épargner le réchauffement climatique de la planète (progrès certain).

Bien, et maintenant quelques éléments sur la déco du dedans. Tout d'abord notez le pas trop habituel agencement de l'espace intérieur sur un plan en forme de croix grecque (mais on a déjà vu ça ailleurs, cf. "Mariánská Týnice", "Rokycany"...). Notez que les branches de la croix sont reliées par des galeries voûtées au niveau du sol et par des balcons en hauteur.
Dans les 2 galeries voûtées (niches) Nord-Est et Sud-Est, on peut voir les statues grandeur nature de St Georges et de St Michel. Au milieu de l'édifice se dresse une énorme coupole décorée des statuettes de saints bénédictins attribuées à "Antonín Braun", neveu et continuateur de l'oeuvre du génie "Matyáš Bernard Braun". On devrait y voir St Benoît, St Bernard de Clairvaux, Ste Hélène, Ste Thérèse, Ste Margareth et d'autres que je ne me souviens plus, mais qu'on voit très mal par ailleurs compte tenu de la hauteur à laquelle ils les ont mis. L'ensemble est intimement éclairé par des effets de lumière colorée lorsque le soleil perce par le vitrail Sud (si comme moi vous avez la chance d'y être au bon moment). Les stucatures furent exécutées par "Bernard Spinetti", comme à "Broumov", quant aux splendides peintures dans le choeur et la coupole, elles sont l'oeuvre du peu connu mais talentueux bavarois "Kosmas Damián Assam", qui à l'instar de son non moins talentueux collègue autrichien "Jan Hiebel", peignait principalement "al fresco" des oeuvres liturgiques en trompe l'oeil.
Ainsi entre 1735 et 1736, "Kosmas Damián" peignit en l'église St Nicolas plusieurs fresques sur le thème de St Nicolas (ah bon?): l'apothéose de St Nicolas pilier de l'église chrétienne (et pas seulement de l'église St Nicolas), les peuples du monde entier se prosternent devant St Nicolas, la vierge Marie accueille St Nicolas au ciel, et le miracle de St Nicolas en vacance à la mer (cf. les légendes). Mais notre Bavarois ne peignit pas que du St Nicolas, il mit également un peu de St Benoît (dans le fond de la coupole tout en haut) puisque ses employeurs étaient bénédictins, et il mit également un peu de saintes écritures puisque c'est tout de même un peu le thème central non plus. Vous verrez donc Moïse achetant de la cheese-manne pour son peuple chez Mac Dieu, Joseph faisant du vélo avec Putiphar, et David jouant de l'accordéon anti-diable à Saül. Au-dessus des balcons vous remarquerez les 4 évangélistes et leurs zattributs (symboles). Ils sont représentés donnant à Jésus leurs CV afin d'être embauchés dans la même compagnie (de Jésus). Ces fresques ont été repeintes en 1914, restaurées en 1967-69, si bien qu'on n'est pas vraiment sûr si elles sont originelles, de facture "Kosmas Damián Assam".
Signalons aussi que la chaire n'est pas spécialement riche (cf. plus loin). Elle date de la première moitié du XVIII ème siècle (cf. la plaque d'immatriculation à l'arrière), comprend des reliefs des 4 évangélistes chichement dorés à 9 carats seulement, une grappe de raisin en place de St Christophe et un interrupteur en bakélite pour changer les vitesses. Quant à l'usuel petit toit chapotant la chaire, il est surmonté de 3 petites statuettes en bois représentant des saints le regard tourné vers le plafond qui fuit. Ils furent gracieusement offerts par la classe élémentaire de première année d'art plastique du "Collegium Marianum" tout proche, lors de la kermesse de St Gulier des Tonnants. Les bancs en bois datent également de la première moitié du XVIII ème siècle (vers 1730), et méritent un coup d'oeil averti: splendide travail de menuiserie. Personnellement j'eus l'occasion de les observer en détail alors que je jouais à chope-moi-voir avec le p'tit vieux faisant office de bouvier à couillons (cf. plus loin). Le retable datait également toujours de la première moitié du XVIII ème siècle (1737), cependant il n'est plus en St Nicolas mais en St Venceslas à "Velká Černoc", car il y fut déménagé lors de la sécularisation de l'église par Joseph II (la sécularisation, pas le déménagement, le Joseph II).
Furent également déménagés là de St Nicolas des statues de St Pierre, de St Paul, de St dieu et... et la chaire d'origine qui fut remplacée par la suite par notre chaire primaire sans plus. En St Nicolas on a aujourd'hui un retable de style orthodoxe de Jésus pantocrator, l'index et l'majeur de la main gauche levés, la main droite serrant sous l'coude le Guiness book of records. Sur l'autel, il devrait encore y avoir un portrait de St Nicolas de 1917 selon une source, et un portrait de la vierge Marie de 1914 selon une autre source (faut avouer qu'avec la mitre et la barbe, on a facilement tendance à les confondre). Ceci-dit les 2 textes s'accordent quand-même sur l'auteur, "Karel Špillar" (la fabuleuse mosaïque sur le fronton de la maison municipale) mais je ne puis vous en dire plus, parce que l'autel central était inaccessible de près, et parce que le p'tit vieux chasse-couillon-casse-couille me collait au train (cf. plus loin). Pis y a encore l'orgue, qui date du dernier tiers du XVIII ème siècle, enfin l'armoire, parce que le moteur est de 1949. La boîte à orgue date de la mi-XVIII ème siècle donc, et se trouvait originellement à "Bohosudov". Lorsque le curé de la paroisse se mit à jouer de l'hélicon, il vendit l'orgue aux bénédictins de St Nicolas qui sautèrent sur l'occasion se disant que ce serait 'achement pratique lorsqu'on commencerait à jouer du concert de Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et parfois Dvořák pour les touristes.
Le meuble peint en noir se compose de 3 parties décorées de fleurs pendues, de coquillages, de dais, et de petits angelots tenant des trompettes (comme le curé de "Bohosudov", ils en eurent marre de jouer de l'orgue). Et pour terminer, n'oublions pas le fantastique lustre Frankenstein de 1400 Kg, dont la structure éclectique mélange curieusement la fragilité du cristal avec la rudesse du métal. Sans doute parce qu'il le trouvait monstrueux, le tsar Nicolas II l'offrit à l'église orthodoxe (à l'époque) de Prague. Il provient des verreries de "Harrachov" (vers 1880) et se compose d'une structure en acier brut riveté d'un diamètre de 4 mètres rappelant les constructions gustaveiffeliennes. Sur cette base massive sont posés pendus des petits tralalas en cristal taillé que ça serait d'la verroterie on n'y verrait rien. Et au milieu de ce bloc imposant, qui tient de la beauté comme une enclume en jarretelle, pendouille une croix en cristal taillé aussi.

Les statues (grandes et moyennes) sur la façade Sud sont également attribuées à "Antonín Braun". Vous pouvez reconnaître des saints patrons de la Bohême et des saints tout court (St Prokop, enfin, et St Nicolas, encore), des allégories de la clémence, de la foi, de la mour et de l'espérance (cf. les pourtours des 2 tours).
Attention, dans la niche du mur qu'on cave, côté "rue de Paris", se trouve un énorme St Nicolas, mais c'est un fake pseudo baroque du XX ème siècle destiné à tromper les touristes et les guides non officiels qui les accompagnent. Cette statue-là n'est clairement pas d'"Antonín Braun", mais de "Bedřich Šimonovský" (cf. la façade de la maison municipale, ou la "Fantova kavárna" de la gare centrale). L'origine? Lorsqu'en 1906 on se rendit compte de la nudité du mur alors caché par les édifices d'avant l'assainissement, l'on organisa un appel d'offre au St Nicolas. "Bedřich" remporta le premier prix devant "Ladislav Jan Kofránek" (trop cubiste, cf. la bibliothèque municipale place de la Marie "Mariánské náměstí") et "Ladislav Šaloun" (déjà gagnant 3 ans auparavant du concours "sculpte-moi Jan Hus dans l'bronze" sur cette même place de la vieille-ville).

Alors cette visite fut une fois de plus organisée par le PIS, grâce auquel l'on arrive à visiter des monuments souvent inaccessibles au public. D'aucuns vous diront que ça fait "rencontre du 3 ème âge", les visites du PIS.
Bon, oui, c'est un peu vrai pas complètement, mais après tout, hein, on est là pour la culture et pas pour la jeunesse, alors hein... Lorsqu'on est entré dans l'église avec la brave dame (du PIS), le p'tit vieux qui faisait le gardien nous fit rapidement passer derrière la ficelle rouge délimitant l'espace des happy-few (nous) de l'espace (très limité) pour la plèbe touristique. Nous, on avait payé pour la visite, et surtout on était Tchèque. "Dépêchez-vous" qu'il disait sans cesse, "sinon les zétrangers vont s'infiltrer avec votre groupe et ça sera ingérable" grommelait-il. A vue de nez, l'ancêtre tirait sur ses 75 piges, et ses premières paroles laissaient entrevoir que les 40 ans de con-munisme lui avait indélébilement étiqueté la cervelle de l'analogie étranger = danger. Il était courbé par l'âge, marchait les jambes arquées comme né sur un tonneau, et son blue-jean droit lui donnait des allures de cow-boy gardien de troupeau. Mais malgré son âge et son allure, il était agile le bougre. Et justement il usait de cette agilité pour nous (et surtout moi) rassembler en troupeau: "rejoignez les autres dans le groupe, hop, sinon les zétrangers vont s'infiltrer et je ne saurai pas les reconnaître". Ben oui mais non, d'abord parce que les étrangers ne pouvaient (théoriquement) pas franchir le fil rouge, ensuite parce que quand bien même, ils n'allaient pas se comporter plus mal que nous non?
Moi je voulais tout voir, tout photographier, et ne pas rester dans le troupeau immobile qui écoutait les élucubrations de la brave dame (par ailleurs erronées en ce qui concernait les divers courant religieux). Alors je sortis du groupe figé devant le choeur de l'église, et hop je filai dans l'une des pièces où se trouvait St Michel. J'avais à peine fait ma photo, que le p'tit vieux était derrière moi: "rejoignez le groupe, allez! Avec tous ces zétrangers dans l'église...". Je fis semblant de, et hop, dès qu'il se retourna pour surveiller sa peste derrière la ficelle, hop, je me rendis vers la chaire. Une photo, clic, et v'là t'y pas qu'il se redirigeait vers moi à nouveau. Alors je coupai habillement entre les bancs de l'église, là où le fâcheux ne pouvait me suivre compte tenu du diamètre de ses jambes arquées. Il commença à faire le tour des bancs, l'air irrité, alors je rejoignis le groupe, comme si de rien n'était. Il retourna dans le fond de l'église, tandis que j'en profitai pour m'échapper à nouveau. Lorsqu'il m'aperçut, il fronça le sourcil et dirigea son pas dans ma direction par l'allée centrale. Ah ouais? Attends voir mon cochon. Et hop, une rapide esquive entre les bancs qui représentaient réellement un obstacle manifeste pour cette glu obstinée. Il traversa l'allée, fit le tour des bancs, revint par l'autre côté mais avant qu'il n'arrive à portée de voix, hop, je m'embusquai dans les taillis... bancs à nouveau.
Il était furieux. L'église était pleine de touristes à surveiller derrière le fil rouge, et d'autres trublions du troupeau commençaient à s'éparpiller comme moi. Il comprit alors qu'il n'y suffirait pas, abandonna l'idée de nous rassembler, s'assit sur un banc en concentra toute son attention sur ces féroces étrangers qui viennent jusque dans nos églises, égorger nos fils et nos compagnes.

Pis lorsque la brave dame du PIS termina son prêche, elle nous fit passer dans le presbytère. Sonna alors l'heure de gloire du p'tit vieux. Il entra le dernier dans la pièce (et qui c'est qui surveille les étrangers?), la brave dame nous le présenta (mais je n'en sais pas plus, parce que je cherchais des mirettes qu'est-ce que c'est pourquoi donc qu'on était là) puis il prit la parole. Après une blague dont je ne me souviens plus de la teneur, il nous montra un relief de 50 x 70 cm sur le mur d'en face, et se mit à raconter quelque chose que je n'entendais pas, parce que trop loin de lui. Ah bon, c'est pour ça qu'on est là? Ouais, bof, c'est pas transcendant d'exceptionnalité. Au bout de 10 minutes, l'on commençait à quitter la pièce et je m'approchais du tableau. Quoi? "František Bílek"?
Cette croûte est une oeuvre du grand "František Bílek"? Ben di diou, fichtre de crénom de d'là, j'en connais des autrement plus belles des oeuvres de ce bougre-là. Pis je lus sur le relief l'inscription religieuse sans grand intérêt "Slyšme jak modlí se tvá vůle na kříži" (du coup je ne vous fais pas la traduc non plus = sans grand intérêt), pis je lus sur le relief la dédicace: "František Bílek" oeuvra ici au milieu des frères et des soeurs. Super! Alors je vous ai mis quand même une photo du "machin", comme ça vous pouvez vous faire une idée. Pis surtout ne l'admire pas qui veut, le machin, puisque ce n'est pas accessible au public en temps normal (et encore moins aux étrangers), donc s'il y a parmi vous des admirateurs du François, j'espère vous avoir fait plaisir (eh ouais, chuis comme ça moi, bon et généreux). Tandis qu'on se retrouvait à nouveau dans l'église, le p'tit vieux nous annonça, après s'être assuré qu'aucun étranger n'avait pénétré sur son territoire, qu'on allait visiter la cave, là où se trouvaient les fours à bois qui chauffaient l'église lors des concerts au XIX ème siècle.
Il rajouta qu'il prenait le risque sur lui, qu'il fallait qu'on fasse hyper gaffe afin de ne pas nous croûter dans les scaliers, que c'était interdit au public, non couvert par l'assurance, et que s'il arrivait quoi que ce soit à l'un d'entre-nous, il serait jeté à la rue sans préavis, sans regret et sans retraite, et qu'il ne lui resterait plus qu'à pourrir moisi dans la rue comme une charogne putride la gueule ouverte avec des fourmis dedans. J'te dis pas comme on a fait gaffe dis-donc. Une fois en bas, ben comme le tableau à "Bílek", sympa, mais bon, hein... Genre on voyait bien que c'était un four à bois, mais que c'était du "spécial à cul de mélomane", c'était vraiment pas si manifeste que ça. Et surtout on se posait tous la question du pourquoi que ça ne fonctionnait plus, parce que sans dec, il givrait grave les glaouis dans l'église, alors que ces couillons-là avaient tout le fourbi nécessaire dans la cave, qu'y avait juste qu'à y jeter une bûche dedans pour le faire marcher. Tu le crois ça, sans dec?

Ben voilà, on en a fait le tour. Alors je vous invite fort certainement à visiter ce joyau architectural, oeuvre majeure du génie dientzenhoferien. L'intérieur est souvent accessible lors des concerts, plus rarement pour une visite complète par soi-même (surtout si vous êtes étrangers).
Puis si jamais vous avez l'occasion de voir la place de la vieille-ville le soir, lorsque les édifices sont remarquablement éclairés enveloppant la ville d'encore plus de beauté, de magie et de mystère, alors n'oubliez pas d'aller dans le fond de la place, vers la rue de Paris, afin d'apprécier la splendide silhouette baroque de l'église St Nicolas by night. GPS: attends, j'vais quand même pas vous mettre les coordonnées non? Suivez les touristes, c'est plein centre.

mercredi 8 avril 2009

Visiter: Le turf à Chuchle

Ce dimanchapremlà, j'avais prévu de faignanter grassement sur mon canapé, profitant du fait que ma chérie d'amour était absente et qu'elle n'allait donc pas m'imposer une ballade dominicale au motif qu'il est bon (pour qui?) de faire au moins une petite sortie dans la journée.
Sauf que ce week-end couvert de novembre présumé tranquille se transforma en méga chouille lorsque l'exquise Viky (à gros roploplos) vint passer le week-end à Prague. Samedi soir fut particulièrement furieux, l'on fut par ailleurs nombreux, et dans le feu de l'action il fut décidé d'aller dimanche au turf parce que "Pet'a" (le cousin à Viky) avait des entrées gratuites au champ de course. Du coup je m'en vais vous parler aujourd'hui des courses de bourrins dans la banlieue de Prague, et de la présence d'un âne au milieu de tous ces canassons.

L'hippodrome de Prague se trouve à "Chuchle", et même à "Velká Chuchle" (grande...) parce qu'il existe également une "Malá Chuchle" (petite...) cependant intégrée aujourd'hui à la grande. "Chuchle" est imprononçable pour un Français, car le phonème [x] en alphabet phonétique n'existe pas en cette langue.
En français les lettres "ch" se prononcent [ʃ] (soit "š" en Tchèque) ce qui correspond à une consonne fricative post-alvéolaire sourde, mais aucunement à la consonne fricative vélaire sourde que vous retrouvez dans le "ach" allemand, ou le "loch" anglais (gaélique pour être exact). Donc pour ceux qui savent prononcer "ach" et "loch", prenez donc ce phonème [x], prenez le "ê" du verbe être, le "ou" à la française pour [u] et prononcez [x][u][x][l][ɛ] (Chouchlê). Anecdote, l'origine de "Chuchle" serait "chuchvalec" (grumeau), sobriquet dont on aurait affublé un certain Matthieu, dit "Matthieu grumeau" ("Matyáš chuchvalec"). Et "chuchvalec" serait devenu "chuchelec", soit "chuchel" puis "chuchle". Autre hypothèse, le mot "chuchle" viendrait du capuce de moine ("kukla" en Tchèque, "mnišské kukle") puisque la région en était infestée en une période ancienne (cf. plus loin). Et dernière possibilité, "Chuchel" ou "chuchvalec" aurait été le nom d'une colline, et le bourg en contrebas aurait tout naturellement prit le nom du monticule. Mais tout ceci n'est qu'hypothèse, car personne ne détient la réponse réelle.

La première mention du patelin remonte à 1132, lorsque le chanoine de "Vyšehrad" (continuateur de l'oeuvre de Cosmas Pragensis, "Canonici Wissegradensis, Continuatio Cosmae") écrivit: "Anno dominicae incarnationis 1132 [...] XIV Kal. Februarii domino Meynhardo in quodam villa Chuchel manente, in cuiusdam diei crepusculo inauditum horrendumque nimis accidit portentum." Au crépuscule d'une fin de journée habituelle, alors que cette fripouille d'évêque "Menhard" s'en reposait peinard sa viande dans une villa de "chuchle" (cf. son complot manqué contre le prince "Soběslav I"), il faillit prendre sur sa trogne de conspirateur un roc détaché par hasard de la paroi. Et cet évènement aussi futile que le déplacement d'un Klaus à Santa Barbara finit calligraphié dans les chroniques. Dingue! En cette période, le bourg (alors unique) devait sans doute appartenir au clergé, et l'évêque venait s'y reposer de temps en temps, loin du raffut de la capitale en période de visite obamesque.
En 1258, alors que "chuchle" appartenait aux bénédictins de "Kladruby", ces derniers décidèrent de vendre le domaine (et d'autres dans les environs) à l'évêque "Jan III z Dražic". Ensuite l'on mentionne la petite "Chuchle" ("in minori Cuhlea") en 1264, ce qui tendrait à prouver l'existence des 2 bourgs (le petit et le grand). En 1268, le roi "Přemysl II Otakar" se prit d'affection pour ce coin de par sa grande fertilité et sa profusion en bête à chasser. Il finit par échanger ce bout de domaine avec l'évêque, au motif que la chasse c'était une affaire d'homme alors qu'en soutane à cheval avec une mitre sur la tête et une crosse dans la main... bref, il eut suffisamment d'arguments pour récupérer "Chuchle" et refourguer à l'ecclésiastique un vieux terrain près de la décharge municipale. In fine en 1292, on finit par parler explicitement des 2
"Chuchle" ("Chuchyl scilicet Maius et Minus") lors de la fondation du monastère de "Zbraslav" (cf. la chronique de... "Petri Zittaviensis, Cronica Aule Regie", où "Aula Regia" est le nom commun du monastère de "Zbraslav"), auquel monastère d'ailleurs les 2 bourgs furent gratifiés par le roi "Václav II". Bon, signalons encore pour l'anecdote que selon "Václav Hájek z Libočan", "Chuchle" aurait été fondée par l'ancêtre "Krok" en 863, mais comme précisé dans une précédente publie, les écrits de ce fichtre-là sont erronés voire totalement faux. Signalons toujours encore que l'on découvrit en "Chuchle" des restes de civilisation de l'époque du mammouth poilu, et une tombe d'enfant de l'époque du bronze (2000 à 1000 ans avant Jean-Claude) en plein sur le terrain de là qu'il se trouve le stade à bourrins.

Les 2 "Chuchle" appartinrent donc (en gros) au monastère de "Zbraslav" de 1292 jusqu'en 1785 (avec des pauses minimes cependant), lorsque Joseph II mit un terme aux activités monacales. Entre temps le bon roi Charles IV confirma les possessions des moines et exonéra les 2 "Chuchle" de l'impôt foncier. Entre temps les hussites détruisirent l'église du bourg en 1420 alors qu'ils marchaient sur le monastère de "Zbraslav". Entre temps les Français construisirent la route "Strakonická" à grand renfort de dynamite lorsqu'en 1742 ils logeaient dans le susmentionné monastère. Entre temps ils relièrent ainsi directement les 2 "Chuchle" à la capitale à laquelle la grande ("Chuchle") est rattachée depuis 1968 comme la petite d'ailleurs qui l'était depuis 1921, alors qu'elle fait dorénavant partie de la grande ("Chuchle") et donc de Prague par son intermédiaire (de la grande "Chuchle") car elle fut rattachée (la petite) à la grande ("Chuchle") laquelle est un des 57 districts de la capitale Prague depuis 1990 (vous suivez?).
Entre temps Joachim Barrande découvrit le trilobite de Bohême à poils ras qui n'est pas une maladie vénérienne mais un arthropode de l'ère primaire dont les descendants actuels sont les crabes, les araignées et parfois même le président de la République Tchèque. Entre temps, et puisqu'on parle de descendance, j'en profite pour présenter mes amitiés à Bruno, fidèle lecteur de mes publies et dont Joachim était l'aïeul. Entre temps ce scientifique français de renommée mondiale (Joachim), légua ses collections de fossiles au musée national de Prague où elles se trouvent toujours et que je vous invite vivement à visiter. Parmi les raretés par lui léguées, vous y verrez une dent de mammouth (et non une défense) que l'on a longtemps cru appartenir à Ste Ludmila avant que Joachim n'entreprenne son examen critique par la méthode de datation biostratigraphique des déformations ostéologiques superficielles et profondes des loess dentaires par fluorescence induite des isotopes U-Pb établies sur les zircons de Von Hoegen et prouve (Joachim) irrécusablement l'origine du chicot. Pis j'en reste là pour les "entre temps" pour passer à quelques anecdotes.

Entre les 2 "Chuchle" se trouve une chaplette de la vierge, abritant une source mariale que l'on considérait comme curative. Les vieux du village racontent (après plusieurs bières) que l'impératrice Marie Thérèse d'Autriche se faisait importer de cette eau miraculeuse jusqu'à Vienne pour soigner ses douleurs vaginales (tu m'étonnes, après avoir pondu 16 gosses). Mais au 20 ème siècle, des analyses chimiques sérieuses prouvèrent que cette source ne contient aucun élément atypique (à fortiori curatif) d'aucune sorte. En juin 1881 eut lieu la fameuse "rixe" de "Chuchle" entre les étudiants tchèques et allemands dont l'origine (de la rixe) était l'enseignement en Allemand dans l'université. Les 2 camps se mirent gravement sur la gueule, au point que la nouvelle se répandit hors frontières de l'empire et que le fameux journaliste enragé "Egon Erwin Kisch" (dont j'ai fait mention la dernière fois) en écrivit une cinglante nouvelle sur le chauvinisme national 50 ans plus tard (cf. "Egon Erwin Kisch: Die Kuchelbader Schlacht, in Prager Tageblatt. 8. Juni 1930 und in: Prager Pitaval. Späte Reportagen.").
Pour info, l'université de Prague se scinda en 2 en 1882. Le schisme linguistico-nationaliste perdura jusqu'en 1939, lorsque les nazis fermèrent la moitié tchèque de l'université. Il fut définitivement résolu en 1945, lorsque les tchèques fermèrent la moitié allemande. Signalons enfin qu'en "Chuchle" résidait en été le grand homme "Jaroslav Vrchlický". En 1891 il y composa son fameux poème "Legenda chuchelská", mais très franchement, c'est loin de la verve scatophile de sa ballade pour un étron (cf. une
ancienne publie). Bon, et passons quand même aux bourrins maintenant.

La première vraie course de canassons que mentionnent les anales chevalines date de 1816, et se serait déroulée à "Kladruby nad Labem". Il semblerait que l'empereur François II en ait été l'instigateur, au motif "qu'on n'est pas plus con qu'un Anglais en Autruchon-gris". Ensuite il y eut d'autres courses de galop en 1839, 1840 aux Invalides (cf. rues "U invalidovny" et "Za invalidovnou") plutôt destinées pour les bourrins de la petite noblesse qui pouvait ainsi briller devant les puissants. Mais l'endroit était étriqué, les buvettes peu nombreuses, les habitants se plaignaient des odeurs (ça pue une carne) et dès 1867, l'on déménagea les chevaux comme les paris dans le pré de l'empereur ("Císařská louka", la grande île que vous voyez depuis le château de "Vyšehrad") pour les remplacer (aux Invalides) par des courses de vélocipèdes plus écolos (véridique, encore qu'un cycliste qui se pisse sur l'tutu et transpire l'EPO sous l'bras, ça pue aussi).
En cette fin de XIX ème siècle, il y avait également quelques courses au lieu dit "au renard vert" (cf. la rue "Za Zelenou liškou" à "Pankrác"), endroit qui prit ce nom particulier de part la fameuse hostellerie arborant cet emblème (un renard vert, c'était courant en Bohême avant Tchernobyl), premier relais sur la route "Benešov", "Tábor", "České Budějovice"... où l'on pouvait s'abreuver, se repaître et changer ses vieux bourrins pour des chevaux frais depuis la mi XVIII ème siècle (bien entendu l'auberge n'existe plus, remplacée par des tours-bureaux La Défense genre). Et donc tous ces changements de lieux, tous ces déménagements, toute cette logistique lourde, chère et compliquée cependant reprise par le parlement européen avec nettement plus de succès bureaucratique, fut abandonnée au profit d'un lieu de course unique au début du XX ème siècle. L'on décida alors de construire une vraie piste de course avec ses tribunes, ses guichets à PMU, ses stands à frites et saucisses. Le cirque fut inauguré le 28 septembre 1906 à la St Dada par le maire d'alors (me fait toujours marrer c'te histoire-là) "Karel Groš" en présence de plusieurs milliers de Praguois et quelques dizaines de carnes.
L'on mit immédiatement les bestiaux en course afin d'essayer le terrain: au programme du jour se trouvaient 2 courses de galop en ligne droite afin d'essayer les pneus et le tarmac avant les virages, 2 sauts d'obstacles afin d'éprouver la hauteur des toits et les fessiers des jockeys, et un steeple-chase qui, à l'instar du saut d'obstacle consistant à sauter par dessus des haies, complique encore l'affaire par des obstacles plus hauts (haies naturelles et artificielles), plus longs (fossés, tranchées...), plus humides (étangs, lacs...) enfin tout ce qui passe par la tête des organisateurs afin d'approvisionner à bon marché les boucheries chevalines. Le premier grand vainqueur du galop sur 1800 m fut le vétérinaire militaire "František Bartosch" monté sur le dos de la pouliche "Vision" (c'est sans intérêt, mais je vous le signale pour info). Mais comme les courses n'étaient pas spécialement lucratives, et comme il fallait bien rentabiliser cet investissement, l'on organisa sur ce terrain divers évènements alors exceptionnels. C'est ainsi que le 28 décembre 1909, Louis Gaubert fit le premier vol d'un aéroplane motorisé (des frères Wright) en Bohême. Puis le 13 mai 1911, c'est "Jan Kašpar" qui atterrit sur l'hippodrome de "Chuchle" aux commandes d'un légendaire Blériot XI.
A noter qu'il décolla de "Pardubice" où a lieu chaque année le fameux steeple-chase tant admiré par Brigitte Bardot. Coïncidence? L'appareil en question fut ensuite offert au Musée Technique National où il se trouvait encore lors de ma dernière visite (avant la longue fermeture pour réhabilitation). Ensuite il y eut la grande guerre, et finalement la mairie de Prague finit par se poser la question du "pourquoi crénom de d'là qu'on fit construire un hippodrome pour servir d'aéroport?" Aussi en 1919, l'on fonda le Jockey club tchécoslovaque afin de faire "professionnel", et dès 1921 (le 22 mai) l'on organisa un grand derby sous l'appellation de "Prix du jockey club tchécoslovaque" (pour les profanes, un derby est une course réservée aux carnes de 3 ans, parce que plus tendres). Depuis 1921, ce derby eut lieu chaque année, y compris en temps de guerre, avec seulement une seule et unique exception en 1995, en réaction à la reprise par Jacques Chirac des essais nucléaires français dans le Pacific (mais cette vaine protestation n'eut pas l'effet escompté, comme le prouva l'histoire par la suite). Sinon il y eut encore d'autres atterrissages d'aéroplanes à "Chuchle", mais l'on mit rapidement en chantier le vrai aéroport de "Ruzyně" (inauguré en 1937) afin de rendre à l'hippodrome sa vocation première.
En 1927 c'est électricité qui atterrit dans les tribunes et les guichets du PMU au grand bonheur des parieurs et du micro de Léon Zitrone. En 1930 l'on inaugura les tout premiers "starting gates" automatiques (les fameuses cages de départ que les bourriques récalcitrantes refusent systématiquement de rentrer dedans sans l'aide d'un su-sucre ou d'un coup de pied au cul, selon l'éleveur). Ensuite il y eu des conflits territoriaux, comme quoi l'hippodrome aurait bouffé illégalement du terrain aux paysans, mais tout fut réglé sans effusion de sang vers 1937. Pis (et je fais court) vint l'anschluss, la guerre, la libération, les con-munistes et Dick Francis (écrivain mais aussi jockey de père en fils). En 1985 l'on mit à terre les tribunes en bois d'origine et de style art-nouveau pour les remplacer en 1991 par les immondes gradins en béton armé d'une capacité de 4000 places. Et puisqu'on en parle, tiens, quelques détails techniques. 4000 places couvertes donc, mais plus de 10.000 places debout sous la flotte, et 800 places V.I.P au chaud. S'y trouvent encore une trentaine de guichets à paris, une gargote de 100 places qui pue la graisse brûlée (tout du moins quand j'y étais), un derby club de 80 places (genre "first class lounge" dans les aéroports, si vous connaissez), des stands à saucisses-frites dont le nombre varie selon les saisons, 700 places de parking, 2500 m² d'espace pour expositions diverses
(il y avait des yachts de luxe à moteur lorsque j'y étais), un service de catering pour 1000 convives (si vous voulez y organiser un anniversaire), et toute la technique visio-acoustique nécessaire à la retransmission des courses. Le prix d'entrée est de 100 CzK (3,70 €) pour les adultes valides, de 50 CzK (1,85 €) pour les abonnés aux transports en communs de Prague et aux détenteurs de la carte client du Gaz Praguois (véridique), et c'est même gratos pour les mineurs, les éclopés, et les vieux. De plus, ce prix d'entrée comprend en outre un droit de pari d'une valeur de 20 CzK (0,74 €) librement misable sur n'importe quel bourrin en course dans la journée. Sinon l'entrée pour le derby tchèque (une fois par an) est de 200 CzK (7,40 €) parce que les chevaux c'est comme les p'tits zenfants, plus ils sont jeunes plus ils sont chers (hors jeu Strogoff! C'est carton rouge ce genre de blague déplacée :-)

Alors en parlant de pari, c'est bien la seule chose qui finit par m'attirer dans c'te embuscade dominicale (hormis la présence de la délicieuse Viky), parce que vous l'aurez sûrement compris à la lecture de cette publie, je ne voue pas une spéciale affection à la race chevaline. Attention, je ne leur veux aucun mal aux chevaux, rien contre (d'ailleurs même pour, dans les boucheries chevalines), mais je ne me sens doté d'aucun amour particulier envers ces bestiaux. Pourtant j'en ai essayé un (et pas dans l'assiette), en Camargue.
On me l'avait prêté pour 2 heures, mais ça pue la gangrène du pied, c'est inconfortable comme une bourgeoise sans fesse, et ça fait c'que ça veut surtout quand il ne faudrait pas (que ça fasse c'que ça veut), genre dans un champ de taureaux à corrida, la sale bête (et c'est du vécu dont je vous parle). Bref, aussi dès mon entrée dans l'arène je me précipitai vers le premier guichet PMU afin de m'enquérir des règles comme des prix, étant totalement novice en la matière. Le brave p'tit gars derrière la vitre m'expliqua les rudiments, les cotes, les paris (simple, placé...), les gains, et hop, j'y mis un bifton de 200 CzK (7,40 €) sur une carne anglaise plutôt mal cotée (peu de gain) car favorite: "Polish Magic" qu'elle s'appelait. Avec un nom et un pedigree pareil, l'animal ne pouvait que faire des miracles (polonais). Le départ fut lancé à l'opposée des tribunes, du coup je dus mettre mon 200 mm sur mon clic-clac afin d'apercevoir les roussins lacer leurs baskets dans les starting-blocks. Pan, les v'là t-il pas lancés au galop. Entrée dans le virage, passage devant les tribunes, et hop fin de la course. Ah bon, c'est déjà fini m'interrogeai-je? Ils ont à peine couru 1000 m!? Eh mais tiens, et c'est qui qui a gagné? Je me rendis fissa-fissa lire les résultats sur les téloches devant les guichets. "Quoi, avant dernier? Mon bourrin favori est avant-dernier? Mais c'est quoi c'te andouille grasse qui conduisait le bestiau? C'est pas possib' qu'avec une cote pareille il termine avant dernier?" Ben si, c'était pourtant bien arrivé.
Une bonne vingtaine de minutes se passa avant que l'on ouvre les paris sur la course suivante. Un rapide coup d'oeil sur les téloches, les noms, les provenances, les cotes, et paf, tiens, 100 CzK (3,70 €) sur "Heat Set" et la même chose sur "Clever Mind", 2 bourrins français qui selon les pronostics ne pouvaient pas sombrer. Pis s'ils ont fait tout ce chemin (depuis la France), c'est qu'ils ont une chance non? Allez, placés dans les 3 premiers, au moins l'un d'entre eux, ça serait bien le diable sinon. Pis se passèrent de longues minutes, mes potes jetèrent quelques infimes couronnes (tchèques) sur l'un ou l'autre des 12 canassons en course, je m'en jetai quelques moins insignifiantes couronnes dans une frites-coca, et la chevauchée fantastique fut enfin lancée. "Ah ben du coup on voit toujours mal de loin à nouveau. Allez mes bourrins... cours faignasse, allez, allez..." Pareil, un virage, une ligne droite, et c'était fini. "Quoi? Huitième et dernier mes canassons?" Alors que cette fois l'anglais "Rabbit Zamindar" était 3 ème? "Attends, chuis maudit des glandes, ils sont tout entartrés ces foutus bestiaux, z'ont mal graissé les courroies, attends, y a triche chuis sûr." J'étais furax parce que l'on m'avait vendu d'la daube avariée. Attends, t'as une cote pourave de 1.19 et 1.13, et ces foutues bourriques faignantes se placent au plus mal? C'est forcement truqué. Bref, et pendant que je m'en refroidissais de ma colère, t'as mes potes qui vinrent me chercher: "eh, viens voir, y a Tatav dans les tribunes." "Quoi? Le président tchèque antiseptique est là?"
Et du coup je me précipitai avec mon zoom pour le trombinoscoper proprement. Et il était bien là, dans les tribunes, avec sa bonne bouille de négateur systématique satisfait de ses défiances infantiles. La réponse à mon étonnement de sa présence me fut apportée lorsque je me mis dans la file des parieurs: "le prix du président de la république". "Ah ouais, ça explique! Mais attends, ils ne peuvent pas me truander alors. C'est sûr que pour la course du président d'la raie publique y aura pas d'entourloupe, parce qu'il a peut être même mis du pognon (de l'Etat) dedans". Alors j'y allais au culot. Y avait des canassons polonais, tchèques, irlandais, allemands, mais plutôt que par nationalité, je choisis cette fois-ci une bourrique qui avait ses chances (selon les cotes) afin de gagner, mais pas trop de chance quand même pour le pognon. Parce que c'est ça tout le problème du turf: comment augmenter ses chances de gagner, et gagner suffisamment pour que ça vaille la peine de risquer. Finalement mon choix se porta sur "Oligarch", coté à 3.7, et j'y mis le paquet, 100 CzK (7,40 €) gagnant. Di diou, j'avais fait fort sur ce coup-là. Mais il restait du temps avant le départ, et je regardais nerveusement évoluer la cote de mon bourricot: 3.5, puis 3.1, puis 2.9... "Hein, mais attends, t'as tout le monde qui parie d'ssus ou quoi? Il va encore arriver dernier ce couillon rouillé et s'il gagne, je ne recevrai que des nèfles" que je me disais (à ce moment j'ignorais que le gain dépendait de la cote au moment du pari et non de la cote finale au moment du lâché de carnes).
Puis 2.4, 2.1, pour finir à chais plus où parce que je me précipitai vers la grille de départ. "Bon, ben qu'est-ce que tu veux, chuis pas fait pour ce métier" me consolai-je. "J'ai sans doute la plus fantastique pouliche de Bohême à la maison, mais question pari, chuis pas fait pour ça!" La course fut lancée, de l'autre côté du stade bien évidemment, et j'essayais d'entrevoir parmi tous ces 14 partants le jockey à casquette rouge monté sur la bourrique numéro 4. Rien, pas moyen de les distinguer. Puis à la sortie du virage, v'là t'y pas qu'un jockey à casquette rouge mène la course. "Allez Oligarch! Cours faignasse, fouette-lui la croupe le jockey, allez, mets-lui d'la cravache au cul... Allez Oligarch, allez!" Eh ben croyez-le ou non, mais mon bourrin était en tête. Plus que quelques mètres, il menait toujours toujours... "OUAIS!!! Oligarch a gagné ouais, j'ai gagné aussi, trop fort, ouais..." Pis curieusement, pas un des cavaliers ne semblait s'arrêter, et toujours fort curieusement même au contraire d'ailleurs, ils semblaient maintenir les gaz ces couillons-là. "Quoi? Ne me dis pas qu'ils refont un tour? Mais non, c'est pas possib', attends, mais ma carne qui a gagné va tirer la langue comme un Jésus dans le désert, elle ne va jamais tenir la tête encore un tour complet à cette vitesse..." L'angoisse était à son paroxysme. Les bestiaux venaient à nouveau de disparaître dans le fin fond du stade qu'on n'y voyait rien, et c'est paralysé d'anxiété que je les vis peu à peu revenir vers les tribunes. "Eh ben voilà, tiens, l'est où mon mien maintenant, ils sont tout mélangés ces ânes-là, comment tu veux qu'on s'y retrouve..."
J'y croyais plus, je ne voyais plus mon jockey et sa bourrique dans tout ce foin. Y avait bien une casquette rouge dans le fond, mais à des longueurs entières derrière le reste du troupeau, pas la moindre chance qu'il avait. Pour être honnête, je ne me souviens pas du finish. J'ai bien photographié, mais je ne savais pas où était mon canasson, et à la vitesse qu'ils roulaient, pas moyen de distinguer les petits numéros sur leurs flancs. La course terminée, mes potes vinrent aux nouvelles. Ben ouais, perdu, comme les dernières fois, et je m'en cherchais une poubelle pour y jeter mon ticket. Mais tandis que les bourrins quittaient l'arène, les téloches et les photographes envahissaient la pelouse pour s'agglutiner autour du gagnant qui trottait en rond tout en soufflant sa vapeur par le mufle comme une grosse locomotive. "Eh mais 'ttends voir, il a une casquette rouge le boug' monté dessus! C'est quoi son numéro?" Je courus plus près, et tandis que je m'en rapprochais, je pus lire son numéro: le quatre. "Hein? Mais c'est mon mien, c'est Oligarch, c'est le bourrin que j'ai mis mon pognon dessus gagnant!" Ben il avait gagné ce couillon-là, et ouais. J'y croyais pas. Tatav descendit des tribunes, passa dans la foule à 1 m de moi, et traversa la pelouse pour s'approcher du vainqueur. Il y eut des serrages de paluches, des tapes dans le dos, des caresses sur le groin du dada, et Tatav souriait comme un premier communiant qui aurait pissé dans le calice, ravi de sa bonne blague. Puis l'on remit la coupe dans les mains du jockey, malgré que c'est l'animal qui fit tout le boulot.
La délicieuse petite des écuries Corinne était toute souriante, le jockey "Jiří Chaloupka" prenait des poses à la John Wayne dans Rio Bravo, et Tatav était resplendissant de bonheur, comme s'il avait gagné aussi. Ca n'en finissait pas, re-photos, re-serrages de paluches, re-tapes dans le dos, re-caresses sur le groin du dada, et re-sourire du président.

Je récupérai mon gain, et nous quittâmes le champ de course car mes potes comme Viky s'en devaient retourner sur "Domažlice". In fine 500 CzK (18,50 €) furent investies, 370 CzK (13,70 €) récupérées, et j'ai fait quelques photos de Tatav pour mes arrières arrières arrières petits zenfants, donc ce ne fut pas si tellement gaspillé comme dimanche après-tout. Les paris? Ouais, bof, ça ne m'a pas spécialement mordu parce que c'est vachement du hasard quand même, et que tant qu'à zarder, autant parier sur les probabilités mathématiques d'une roulette que sur les zaptitudes zaléatoires de bêtes zanimaux. Chais pas si j'y retournerai un jour, au turf, mais à "Chuchle" fort certainement, car il me reste pas mal de choses à voir. GPS PMU: 50°0'30.968"N, 14°23'32.69"E.