samedi 7 novembre 2009

Comme ça, sans plus: Le papàprague

Le sujet de cette publie-là, je ne voulais pas l'aborder, enfin pas en détail au point d'en faire un article, parce que bon, ben y a rien à dire (en bien, je veux dire). Mais lorsque mes potes ont vu mes photos, celles que j'ai faites malgré-moi (enfin presque, z'allez-voir), qu'ils ont insisté pour que je les mette en ligne, alors je me suis dis que puisque j'ai une rubrique spéciale pour, genre "sans plus" la rubrique, alors pourquoi pas après tout.
Du coup, ci-joint quelques photos prises sur le vif par moi-même du papàprague. Et pour info, Marie-Patch voulait m'en acheter l'exclusivité pour une somme particulièrement rondelette, de mes clichés, mais j'ai refusé pour les mettre gratuitement sur mon blog. C'est pas de la charité chrétienne ça?

Samedi 26 septembre, Benoît devait venir serer la paluche en cire du p'tit Jésus de Prague en l'église Ste Marie de la victoire, et lui apporter une petite couronne en or pour sa tête de chérubin-Barbie (sans dec, jouer à la poupée à son âge!). Et comme c'est à seulement quelques coups de pied au cul de chez moi, je me suis dit que je pourrais y mettre un oeil curieux, histoire de fixer la trogne papale sur la pellicule numérique (des fois que ça serve un jour aux générations futures). J'arrivai sur place 1/2h avant la venue du s'imper (mais hâble), et le délire dans la rue était déjà patent (mais presque): y grouillaient vendeurs d'amulettes sacrées et de saint-grigris, y foisonnaient distributeurs de livres cathos au prosélytisme sournois, y flânaient des badauds curieux juste venus voir (genre moi), et s'y trépignaient les vrais fanatiques opiniâtres, ceux qui avaient parcouru des distances indécentes à pied comme en véhicule pour voir Benoît en personne. Ah oui, et j'oublie le service d'ordre, plutôt gras en l'occasion, lui aussi était là.
Et tandis que je m'en cherchai un coin pour moi, que je me baladai sur l'avenue (le coeur ouvert à l'inconnu), je remarquai un truc curieux: les vendeurs de bondieuseries semblaient majoritairement Ibériques ou Lusitaniens, les dispensateurs du "Jésus t'aime d'amour saint-cère" étaient majoritairement Germains (ils parlaient ainsi entres-eux) et les pèlerins fanatiques, z'allez pas le croire, mais ils étaient majoritairement Français (l'archétype de la famille Le Quesnoy, si ça vous parle). Dingue non? C'était soudainement le retour en Bohême de l'inquisition d'Espagne, des chevaliers teutoniques et des évêques sorbonniens, délire... Alors en attendant la vedette, j'essayais toujours de trouver une bonne place, et même pas la meilleure tout devant, la place (peine perdue), je me contentais d'une assez loin (j'avais mon zoom 300 mm sur l'épaule). Rien à faire, dès qu'un bout de rue permettait une moindre visibilité, un fanaticatho s'y foutait devant avec son chiard sur les épaules. Et ils levaient les mains pour photographier au dessus de la foule sans cadrer, avec des appareils pourraves de beaufs, genre la photo à jeter tellement tu ne vois rien. Le délire. Et le pape n'était même pas encore là (enfin je croyais, mais une fois mes photos sur mon ordi...). Alors au bout d'un moment, agacé et pas suffisamment intéressé, je fis demi-tour et m'en rentra maison, où m'attendait ma tendresse pour partir en week-end prolongé à Dresde.

Lundi 28, en fin de journée, on s'en passait vers 16h en la rue "Národní", et juste au croisement d'avec la rue "Voršilská" (la rue d'Ursule, ça ne s'invente pas). A nouveau un peuple pas possible: mais c'est bien sûr, la nonciature. Eh ouais, un pape c'est pas comme une Madona qui crèche au Mandarin, un pape ça en écrase à son ambassade, i.e. la nonciature, parce que c'est pas dans l'usage qu'il aille bâfrer ventru dans une auberge, boire sans soif dans une taverne, pour se terminer en jam au trombone dans une boîte de jazz à l'instar d'un certain président américain qui n'a jamais fait le sexe avec Monika. Et justement, avant de quitter notre République, Benoît était revenu à l'hôtel chercher son pyjam, sa brosse à dent, et remercier le nonce pour lui avoir passé l'aspirateur sous le lit pendant qu'il était à Rome (le Benoît). Alors on n'est pas resté, parce qu'à nouveau trop de quidams, pas assez de visibilité et quelques bières nous attendaient un peu plus loin. C'est au retour dans l'autre sens de la même rue d'au même endroit qu'on s'arrêta un peu plus longtemps, parce que l'auguste délégation de nombreux véhicules était toujours là, et que si l'ensoutané ne voulait pas s'en rater l'avion, il s'en devait quitter la ville fissa-fissa, pensais-je. Ma sagacité fut récompensée à peine quelques minutes plus tard, lorsque le lourd convoi se mit en branle aux sons des sirènes de police: ouin-ouin, ouin-ouin... Je mis mon appareil sur l'épaule, et tchac tchac tchac... à la cadence de 3 clichés seconde. "Di diou, s'il n'est pas sur une des photos, c'est qu'il n'est pas dans la caravane ce touareg-là" me disais-je. Le résultat?
Ben vous pouvez voir sur cette publie. J'ai dû un peu traficoter la lumière, parce qu'un pape (même blanc) au travers des vitres noires teintées ça ne se voit pas trop, mais une fois éclaircies on le reconnaît bien quand même non?

Sinon lorsque Benoît est arrivé à Prague, il n'a pas pu s'empêcher de commencer par dire des conneries, que je vous ai trouvées en intégralité sur son blog. Je ne vais pas m'attarder dessus, mais j'aimerais préciser à sa benoîte béatitude (ou sainteté, chez plus comment qu'on dit en Protocole) quelques points qui ont du lui échapper dans l'histoire du pays et du monde.

Le pape: "Cela me rappelle que la culture tchèque est profondément pénétrée par le christianisme [...]"
Moi: "Ah ouais, mais c'est pas vraiment une volonté du peuple mon chéri, la pénétration chrétienne lui fut imposée par tes sbires et tes jésuites à l'aide des mêmes méthodes pratiquées plus tard par la chienlit con-muniste: à sec avec du sable comme on dit dans certains milieux que tu réprouves, genre viriles pas correctes les méthodes."

Le pape: "Même si toute la culture européenne a été profondément modelée par son héritage chrétien, ce fait est particulièrement vrai en cette terre tchèque [...]"
Moi: "C'est faux mon chéri, la culture tchèque a été profondément modelée par son héritage tout court. La République Tchèque est le pays le plus athée d'Europe, ce qui te fait peut-être de la peine, mais c'est ainsi. Et ne me dis pas que tu l'ignorais avant de venir?"

Le pape: "Tout au long de son histoire, ce territoire situé au coeur du continent européen, au carrefour du nord et du sud, de l’est et de l’ouest, a été un point de rencontre pour différents peuples, traditions et cultures. Sans aucun doute, cela a provoqué quelquefois des frictions [...]"
Moi: "Dis-donc mon cochon, les frictions n'étaient clairement pas le fait du point de rencontre des différents peuples, traditions et cultures dont tu parles, mais bien au contraire: elles étaient à l'origine de la richesse du pays. L'origine des frictions était toute autre, tiens, souviens-toi un peu. Qui refusait la cohabitation oecuménique sur les terres de Bohêmes? Qui poussaient les uns à mettre sur la gueule des autres? Qui jetait de l'huile dans le feu de la politique? Je ne me souviens pas de croisades juives envers les hussites? Je ne me souviens pas non plus d'une ligue protestante contre la Bohême? Je me souviens encore moins d'un quelconque interventionnisme musulman, bouddhiste, scientologique... dans les affaires du pays?"

Le pape: "Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne parvient même pas à comprendre qui il est (Caritas in veritate, 78)."
Moi: "Alors là, j'ai envie de distribuer de la claque comme au palais Garnier. Je pourrais en écrire des pages sur ce sujet, mais je vais faire concis. Je refuse catégoriquement que la soumission religieuse et le fatalisme des faibles prennent le dessus sur la liberté humaine. C'est l'homme qui a inventé dieu, la loi, et le coup de pied au cul dans le but mesquin, mais précisément humain, d'asservir et d'esclavager son entourage pour son propre confort. Que ceux qui ne partagent pas cette opinion continuent à tolérer les élucubrations papales. Personnellement, je n'aurai pas assez d'une vie pour comprendre le monde, alors pas l'temps à perdre avec des conneries infantiles."

Le pape: "Monsieur le Président, je sais que vous voulez que soit accordé à la religion un rôle majeur dans les affaires du Pays."

Moi: "Non mon chéri, là, tu te fous la crosse dans l'oeil jusqu'à l'anus, le bout tordu en colimaçon avec. Ce que tu affirmes est faux, archi-faux, et je te le prouve. Sais-tu seulement que les accords entre la République Tchèque et ton ministère n'ont toujours pas été signés depuis moult années? Sais-tu que comme pour Lisbonne, Tatav a scotché son véto sur l'accord (que cette fois-ci je lui donne entièrement raison)? Sais-tu seulement pourquoi? Pour ceux qui lisent le Tchèque, la réponse se trouve là. Pour les autres, les principales raisons sont que Tatav n'aime pas le préambule qui amalgame l'histoire tchèque et catholique (et paf, tiens, cf. plus haut), il n'apprécie pas le droit de regard que s'adjuge l'église sur l'enseignement catholique dans les écoles tchèques, etc, etc... Alors Benoît, ne viens pas me raconter des salades, et surtout ne me dis pas que tu n'étais pas au courant. Tu ne lis pas les journaux? T'as personne pour t'informer ou quoi? C'est dingue d'être de mauvaise foi à ce point."

Le pape: "Le drapeau présidentiel qui flotte sur le Château de Prague proclame la devise Pravda Vítĕzí (la Vérité triomphe): je souhaite sincèrement que la lumière de la foi continue à guider cette nation [...]"
Moi: "Sans dec, t'as vraiment aucun scrupule Benoît, pas la moindre honte? La foi qui a guidé la nation il y a plusieurs siècles de cela n'était pas de ton église, et c'est justement pour faire capoter le triomphe de la vérité que tes prédécesseurs ont brulé, excommunier, et foutu le bordel dans l'Europe. Mensonge, concussion, intrigue et hypocrisie étaient de règle afin que la race des évêques catholiques puisse conserver ses énormes privilèges matériels accaparés par l'imposture et l'escroquerie durant des siècles auprès de la servile plèbe ignorante. Les choses ont peut-être (un peu) changé aujourd'hui, en tout cas pas grâce à ton ministère. Alors venir parler de foi et de vérité, sorry, mais ça sent le pied au cul jusqu'à la mise sur orbite cet' histoire-là"

Le pape: "Le véritable progrès de l’humanité est servi au mieux justement par cette alliance de la sagesse de la foi et de l’intuition de la raison."
Moi: "Eh ouais la servile plèbe ignorante ébahie devant la rhétorique sophistique. Alors soit la traduction est contestable, soit à nouveau tu nous prends pour des cons. Tu crois qu'on n'a pas lu Platon, qu'on n'a pas entendu parler de Socrate, Gorgias, Polos, Protagoras, Thrasymaque et des autres? La sagesse de la foi dont tu parles, c'est comme l'imbécilité de l'intelligence. Définitions. Sagesse: Connaissance du vrai et du bien, fondée sur la raison et sur l'expérience. Foi: Croyance aux dogmes de la religion. Dogme: Proposition théorique établie comme vérité indiscutable par l'autorité qui régit une certaine communauté. Pour faire simple: sagesse = connaissance, raison, expérience. Foi = croyance, théorie, argutie. Antinomique un brin non? Ensuite l'intuition de la raison. A nouveau, définitions. Intuition: action de deviner, pressentir, sentir, comprendre, connaître quelqu'un ou quelque chose d'emblée, sans parcourir les étapes de l'analyse, du raisonnement ou de la réflexion. Raison: Intelligence en tant que source de l'activité conceptuelle et visant à la connaissance discursive; faculté qui ordonne discursivement les faits et les notions, qui démontre, qui calcule. Pour faire simple: intuition = pressentiment, subjectif, inné. Raison = connaissance, logique, s'acquiert. Antinomique un brin aussi, non? Tu ne serais pas pape, Benoît, j'aurais tendance à considérer cette phrase comme une pointe d'humour, mais sachant que l'humour est à la fonction papale ce que la crotte de chien est à la brosse à dent, j'ai bien peur que tu ne lui souhaites pas un bel avenir, au véritable progrès de l’humanité."

Bien, j'en reste là parce que j'ai perdu suffisamment de temps avec ces couillonneries. Pour ceux qui voudraient plus de détails sur la visite pas pale, ci-joint les liens vers un site qui vous dit tout bien plus en détails: lecture 1 et lecture 2. Benoît, si jamais tu lis ma publie: "si dieu existait, il n'aurait jamais permis que les huîtres soient si chères à Prague".

samedi 24 octobre 2009

Visiter: La splendide usine à caca (suite)

Eh tiens, afin de compléter ma relativemencienne publie sur la splendide usine à caca, je vous fais une relativemencourte publie sur le bout de la canalisation qui manque à la précédente publie (mais avant cette publie d'aujourd'hui, lisez l'ancienne, que vous sachiez de quoi c'est qu'il s'en retourne).
Aujourd'hui donc "l'entrée des étrangers", ou "qu'est-ce qui s'trouve sous la tour de l'horloge de la place de la vieille ville (de Prague) derrière la lourde porte en fer forgé?"

Ben comme dit, il s'agit d'un des noeuds d'égout des (sinon le) plus importants des canalisations construites par "William Henry Lindley". A l'instar des touristes, c'est à cet endroit que se rejoignent les principales canalisations de la ville afin de poursuivre en un seul conduit sous le fleuve "Vltava", sous la bute de "Letná", jusqu'à la station des purations de "Bubeneč". Maintenant l'appellation "entrée des étrangers" ("Cizinecký vstup") n'a rien à voir avec les touristes zétrangers sur la place de la vieille ville. En fait, lorsqu'en tout début du siècle dernier (le XX ème) le conseil municipal fit construire tout ce circuit de quelques 70 km de canalisation sous la ville de Prague, il se doutait fortement être à la pointe du progrès mondial, et surtout il présumait fort sagacement que nombre de curieux étrangers voudraient jeter un oeil intéressé sur l'exceptionnelle installation. Aussi l'on aménagea cet espace "public relations" en un emplacement de prestige (place de la vieille ville, sous l'horloge), afin d'y promener les hôtes étrangers (de prestige aussi) se rendant en notre capitale.
Et justement, ben tiens, je vous livre un scoop, et un vrai. Je le tiens d'une source... enfin vous vous souvenez de la fameuse fuite d'un document confidentiel? Eh bien la taupe en question... bref... mais écoutez plutôt. En juin 2008, le petit Nicolas se rendit en notre capitale pour faire son fanfaron comme à l'accoutumé. Après avoir absorbé quelques bières avec "Topolánek" dans une taverne locale, ils commencèrent à ergoter sur leurs costumes (italiens), leurs clubs de foot (nationaux?), leurs voitures (de fonction), leurs bénéfices (en nature), leurs femmes (cuisine?), leurs secrétaires (qualité?), leurs biroutes (taille)... pour en arriver au bout de plusieurs heures à leurs capitales respectives (beauté). Et paf, toc et vlan. Que croyez-vous qu'on lui fit visiter au Nicolas? Les égouts d'en dessous de la place, eh ouais. Il fut si enthousiasmé devant ce fabuleux mélange d'art et de technique, qu'il en parla tout autour de lui à qui voulait l'entendre, durant ses vacances d'été (en 2008). Et il fut entendu. Un mois seulement après, c'est Condom-Liza Rice qui débarqua à Prague afin d'étudier la possibilité d'utiliser cette même technique pour la base radar que les USA souhaitaient implanter en République Tchèque.
Elle fut si dérée qu'à son retour à Washington, elle prit son téléphone pour appeler Mr Lama: "dis-donc "d'à l'ail", tu te souviens de la party chez René l'année dernière, lorsqu'on a discuté des égouts de Lhassa pendant l'apéro? Ben cet été j'étais au Lavandou où j'ai rencontré Sarko...". Croyez-le ou non, le dalaï-lama visita Prague dans la foulée en décembre, afin d'admirer "l'entrée des étrangers" et profiter du marché de Noël en même temps pour faire ses achats d'encens et de bougies qui puent. Mais attends, encore mieux. Lorsqu'il récupéra les clés du bureau ovale en Janvier, Barack se fit informer des secrets d'Etats (avec un "s", ils en ont 50 des Zétats). Eh bien l'on raconte qu'avant même les embrouilles de guerre, de terrorisme, de religion et de Martien, il fit appeler Condoleezza... Début avril 2009, Obama était à Prague en visite officielle. Et c'est pas fini. En juillet, il était au Vatican, l'Obama, avec femme et zenfants. Eh bien devinez-voir qui c'est qui vient de quitter la capitale tchèque fin Septembre? Eh ouais, le papempersonne. Du coup, on attend Marie, Jésus, Joseph, Dieu et le St esprit d'ici la fin de l'année, parce que ça serait bien le diable si... ah oui tiens, l'est pas encore venu ce bougre-là non plus?

Alors vous pensez bien que nous, ma chérie d'amour et je, ben on n'a pas reçu l'accueil présidentiel qui va bien.
Nous, on a visité dans le cadre de la journée porte-ouverte chez les Zégouts pour tous, alors on a eu droit aux odeurs immondes, on a eu droit aux populeux (pareillimmondes), et surtout on n'a pas eu droit aux p'tits fours de canard en sauce, ni aux amuse-gueules deux fois gras d'Alsace. Ceci-dit, ça valait le coup d'oeil quand même, aussi je vous le conseille fortement. Et il semblerait même que la visite soit possible de façon impromptue, contrairement à d'avant. Maintenant, il suffit de se présenter à la dame "pour la visite de la mairie de la vieille ville" (50 m à gauche de la tourorloge), et de lui dire que vous souhaitez visiter "l'entrée des étrangers" (prononcez "oustredeni canalizatcheni ouzelle, tsizinetski vstoupe" en Français). Dernier conseil: n'oubliez pas vos clic-clacs, souvent on y voit des gaspards de la taille d'un veau. Les gosses et les belles-mères vont adorer.

J'en profite aussi pour vous signaler que depuis quelques mois, je distribue gratuitement une niouzlêteur dans les boîtes Emil de ceux qui m'en font la demande (sauf Hotmail, je suis blacklisté chez Hotmail à cause de ces fumiers de spammeurs qui ont usurpé mon adresse).
Ainsi ces abonnés bienheureux n'ont plus besoin de surveiller frénétiquement mon blog, car ma niouzlêteur les avertit automatiquement et en temps-réel de toute nouvelle publie, eh oui. En outre, elle contient quelques informations locales, plus d'autres liens intéressants pour ceux qui s'intéressent à la République Tchèque. Super! Pis y a aussi la newsletter d'AToutPrague (tout en haut, milieu-droite pour vous inscrire) plus fréquente, plus complète, mais moins anti-varice que la mienne. Donc n'hésitez pas à vous inscrire, ni à faire suivre à ceux que vous aimez (ou pas), c'est gratuit et sans engagement. Vous pouvez résilier à tout moment votre recevage (mais ça serait dommage), et je ne fais aucun commerce d'adresse Email quand bien même c'est payé gras et comptant. Alors n'ayez pas honte, abonnez-vous prestement.

mercredi 30 septembre 2009

Célébrités: François Palko, le génial barbouilleur

C'est ahurissant à quel point l'on peut ne pas mentionner certains gens dans les ouvrages qui ne traitent pas du sujet d'aujourd'hui. Chuis scié! Je voulais vous parler d'un peintre à mon avis fabuleux, qui certes n'a pas révolutionné la peinture comme Jean-Claude Van Damme, mais dont l'expression artistique présente des aspects d'incarnation idéale dans l'harmonie des couleurs exaltant l'espace pictural des motifs lumineux suggérés par le chromatisme du silence intérieur (surtout en hiver). De fait je ne peux pas vous passer sous silence le silésien "František Xaver Palko" ou "František Karel Palko", sur lequel vous ne trouverez que peu d'information, malheureusement. Notez qu'il est souvent mentionné sous François-Xavier, moins souvent sous François-Charles. Mais parce que Xavier est à Charles ce que le suppo zitoire est à la nuce, vous pouvez être rassurés qu'on se parle bien du même peintre. Et tiens, afin de lever le doute, il semblerait d'ailleurs que son vrai nom complet serait "František Xaver Karel Palko", au point qu'un foutre de quidam sans doute enrhumé est même allé le nommer "Balko". Pour vous dire...

François-Xavier-Charles naquit le 3 décembre 1724 à Breslau ("Wrocław", en PLogne) d'un père peintre anonyme (insignifiant) et d'une mère au foyer. Dès son plus jeune âge, il fut prédisposé à la peinture comme en témoigne le papier peint de sa chambre d'enfant barbouillé à la gouache et conservé au musée "Sztuki Mieszczańskiej" (Burgher Art) de sa ville natale. Cependant son réel talent se révéla lors de ses études à l'académie de Vienne (à partir de 1735, parfois 1738), lorsqu'en 1745 il reçut le premier prix du concourt "dessine-moi Judith avec la tête d'Holopherne" (attention, il s'agit de Judith avec sa tête à elle, mais celle d'Holopherne décapité dans ses mains). De son séjour autrichien, le jeune François-Xavier-Charles gardera une certaine inspiration expressive héritée de "Paul Troger" dont il fut l'admirateur. Ses études terminées, le bougre voyage en Italie, puis en Europe centrale, où il met son talent au service de ceux qui en ont besoin, s'ils payent comptant. Ainsi il apparaît à Bologne, à Munich, en Hongrie, et en Bohême pour la toute première fois en 1746 à "Třeboň", où il décore la chapelle St Catherine du château, et peint le tableau de l'autel sur le thème de la mort de St Venceslas (décédé d'un assassinat fratricide).
En 1748, il peint le tableau du retable de l'église de la Ste trinité de Bratislava (on ne photographie pas) sur le thème "la Ste trinité en week-end à Bratislava", et à force de peinture, il finit par être embauché à temps plein et à Dresde en 1749 par le Saxon prévaricateur "Heinrich, Graf von Brühl" afin de lui décorer les propriétés bien mal acquises. L'on prétend que de ces décorations, il ne reste que peu, car Fréderic II de Prusse prit un gaillard plaisir à tout bousiller lors de la guerre de 7 ans (1756-1763) tellement il ne pouvait pas blairer le "Graf de Brühl". Ceci-dit, de ses travaux, il nous reste par exemple un "décès de St Jean de Népomucène" (1754) dans la chapelle nord de la fabuleuse "Katholische Hofkirche" (cf. mes photos), ou le retable de l'assomption de Marie (1755) dans l'église du monastère cistercien des moniales de "St Marienstern" à "Panschwitz-Kuckau" (mais ce n'étaient pas des commandes du "graf"). Parenthèse: la toile dans la "Katholische Hofkirche" se trouve dans le couloir de la chapelle, c'est à dire que pour l'admirer (ou la photographier) vous avez un recul maximum d'un mètre. Bien vu les gars, sans dec, pour une toile de quelques 3x2m, c'est vraiment bien exposé, chapeau-bas sans dec. Concernant le monastère de "St Marienstern", "s'ist strengstens verboten zu fotografieren". C'est écrit à l'entrée, c'est écrit devant l'autel, et c'est surveillé du balcon d'en haut par une béguine qui récite aux cul-bénits d'en bas les inepties à déblatérer en choeur ("repeat after me") afin de plaire à la sainte famille (on sent l'originalité de la sincère prière qui vient du coeur). Et encore très rapidement, si vous visitez la "Schatzkammer" du monastère, alors vous y verrez des textes en Sorabe (ceci-dit les rues et les villes sont traduites dans les 2 langues dans ce coin-là). Outre sa particularité géographique, c'est la seule langue slave qui, à l'instar du Tchèque, possède le "ř" imprononçable pour un Latin. Le Bas-Silésien l'utilisait également, mais cette langue a pratiquement disparu (je tiens ça de ma slaviste de chérie d'amour qui savourait cette langue rare comme un paléontologue son bout d'os fossile). Fin de parenthèse.

En 1752 notre peintre est à Prague, et en fin gourmet connaisseur, s'installe dans le quartier du petit côté ("na Malé Straně", ben tiens). La légende raconte qu'il aurait prononcé "meine Prager verstehen mich", phrase qui sera reprise quelques années plus tard par un autre peintre de la musique mais Autrichien. Il commence alors à travailler pour les jésuites sur l'église St Nicolas petit côté (par opposition à St Nicolas vieille-ville) avec 2 acolytes ("Josef Hager" et "Josef Jáchym Redelmayer", j'y reviendrai dessus, sur ces 2 là), mais ne s'attarde guère en notre capitale. En effet, par suite des malfaisantes intrigues instiguées par les artistes praguois jaloux (au prétexte que le plombier polac n'a pas ses papiers en règle), il file à "Kutná Hora" afin de peinturlurer l'église St Jean Népomucène (en compagnie de "Josef Redelmayer", la peinturlure), oeuvre majeure en terme de qualité (selon les experts). A ce propos, l'on prétend que François-Xavier-Charles aurait peint le tableau central du retable (St Jean l'aumônier, pour changer du Népomucène, à moins qu'il ne s'agisse de St Jean Népomucène aumônier?) en échange de 2 messes célébrées en la mémoire de ses parents défunts (hum... c'est pas cher payé moi j'dis, du coup j'ai du mal à y croire). S'étant fait la main sur les Jean, il s'en retourna alors en Saxe (avec ses acolytes) où qu'il peignit un sujet bien rodé... (cf. plus haut, "Die Katholische Hofkirche Sanctissimæ Trinitatis"). Entre-temps à Prague, les jésuites finirent par refroidir les hargneux. Aussi ils rappellent l'artiste par le premier avion du matin, et à l'été 1754 (jusqu'en 1760), François-Xavier-Charles "Palko" s'attaque à sa (une des) plus grande tâche (pas déconner non plus) en Bohême: l'église St Nicolas petit côté (défense de photographier) laissée en plan.

Alors vous aurez forcément l'occasion de rentrer dans l'église St Nicolas (par le) petit côté, car on y organise des concerts de Vivaldi-Bach-Mozart non-stop. Et même si vous n'y assistez pas, au concert non-stop, vous pouvez aller y jeter un oeil dedans (je vous le conseille vivement) pendant la vente des billets.

Et donc sur les quelques 3000 m² de fresques diverses, "Palko", "Hager" et "Redelmayer" décorèrent (du dedans) la fameuse coupole (1500 m², la plus grande fresque baroque d'Europe selon les experts) qui, verte du dehors, est si caractéristique du paysage petit côtèsque. Le thème de cette fabuleuse fresque en trompe l'oeil est assez obscur, genre foire champêtre dans les cieux (officiellement l'apothéose de St Nicolas), mais on y voit clairement bon dieu rayonner comme une lampe à bronzer (fanfaron), Jésus courir avec sa croix sur l'épaule (c'est moi l'plus fort), une flopée de saints en train de crâner diversement (regarde c'que j'sais faire) et des bondieusards béats hagards devant les prouesses de St Nicolas (myrrhoblyte à temps perdu). Notez les tons pastels colorés qui rappellent à certains (des experts sans aucun doute) les oeuvres de "Cosmas Damian Asam". Ensuite, dans la chapelle à droite, une croute entière de "Palko" (solo) représentant la mort du saint patron des touristes, St François Xavier (i.e. San Francisco Javier), empoisonné par des pinces de crabe à la salmonellose (nuoc-mam) dans un restaurant chinois sur une île du Pacific. Cette croûte qui peut sembler anodine, est en fait le sujet principal d'un petit roman de "Jakub Arbes", petit roman qui devint capital pour la littérature tchèque... enfin lisez le lien ci-joint. Une autre oeuvre de "Palko" (et Co.) en l'église St Nicolas se trouve au dessus de la tribune d'orgue: la célébration de Ste Cécile. Et ce n'est pas un hasard, car Ste Cécile est la patronne des musiciens, des instruments de musiques, des poêles en faïence à queue plate et des pots de yaourt en papier mâché. Notez les jeux de lumière "à la vénitienne" qui rappellent à certains (des experts indubitablement) les oeuvres de "Giambattista Tiepolo" (un de mes préférés que j'invite systématiquement lorsque je descends à Venise). Et pour terminer en notre église, hormis les oeuvres précédemmentionnées, les autres ne sont pas de "Palko" (ni Co.) mais principalement de "Johann Lucas Kracker" (les fresques dans la nef et les tableaux sur retables: "la visitation de la vierge" au gynéco et "la mort de St Joseph" entraîne le retrait du nuoc-mam des supermarchés) dont je ne vous parlerai pas maintenant vu que ce n'est pas le sujet. Par contre, je vous signale cependant que les fresques "à la vénitienne" (à nouveau) de Jean-Luc sont considérées par certains (des experts pour sûr) comme gnangnans, tout au plus nettement moins bien que celles de François-Xavier-Charles, pourtant plus jeunes d'une dizaine d'années (les fresques).

Et il n'était pas faignant du pinceau le bougre "Palko", aussi et malgré son ouvrage en cours, il accepta d'autres offres entre-temps (ceci-dit il avait toujours ses 2 peintres à colytes sous le coude). En 1755 il peint "l'annonce aux bergers" (cf. la réintroduction de l'ours slovène dans les Pyrénées françaises) et "Joseph invite ses frères chez l'Chinois" (cf. Joseph vendu par ses frères, Joseph fils de Jacob et pas Joseph père de Jésus) sur le plafond du couvent des frangines très montrées de "Doksany". Dans la même année il est chez les sister siennes de "St Marienstern" (cf. plus haut), et dès 1758, il ouvre un autre chantier d'envergure: l'abbaye de "Zbraslav". Là, il fait encore appel à un assistant, et c'est le jeune "Jan Jakub Quirin Jahn" qui s'y colle afin de mettre en pratique ses connaissances théoriques de la peinture auprès d'un maître de talent. Mais je reviendrai sur ce dernier Jean Jeahn un peu plus loin. Un autre bel exemple de splendide peinture palkiste se trouve dans l'église de la Ste croix (on ne photographie toujours pas) à "Liberec". Ah oui, officiellement on dit de "l'exaltation de la Ste croix". Lorsque Ste Hélène (mère de l'empereur Napoléon... Constantin) découvrit aux puces la croix sur laquelle fut crucifié Jésus (c'était marqué dessus), elle ne put s'empêcher d'exalter des alléluias d'excitation fanatique embrasée par la frénésie enthousiaste d'un déchaînement de délire. Et justement, cette scène fut matérialisée sur toile par "Palko" en 1761, dans l'autel principal, le tout accompagné de petits anges baroques joufflus comme il était de coutume en cette période. Après 1762, notre gaillard quitte Prague pour Munich où il obtient le poste de peintràlacour à temps plein, mais en 1767 il meurt prématurément dans un restaurant... Non, cette fois je déconne, mais comme je n'ai aucun détail sur son décès, genre si vous avez des infos, écrivez-moi un Email please, merci.
Ah si, Pierre-Jean Mariette écrivit dans son Abecedario (tome IV, page 71): "J'ignore ce qui l'avoit attiré à Munich, où il est mort, le 18 juillet 1767, dans une extreme misère, laissant une veuve [...] qui lutte avec le besoin" (je reviendrai encore sur Mariette plus loin). C'est léger comme info, genre, donc si vous savez...

Maintenant parlons un peu des influences et du style de notre talentueux bougre. En Italie à Bologne, François-Xavier-Charles commença son apprentissage avec le célèbre "Antonio Galli Bibiena", architecte (cf. le fabuleux "Teatro Comunale di Bologna"), scénariste, et accessoirement peintre d'oeuvres monumentales (théâtrales) pour lequel le jeune novice peignait les arrières plans d'inspiration biblique. Il subit ensuite l'influence d'un autre bolognais, "Giuseppe Maria Crespi", dont il étudia les oeuvres à Dresde. Avec le déclin de la peinture vénitienne à la fin du XVII ème siècle, "Crespi" renouvela le goût de la peinture bolognaise hostile au formalisme académique (dixit les experts). Peignant dans les répertoires les plus variés de la peinture religieuse comme du portrait, "Giuseppe Maria Crespi" développa un genre burlesque aux odeurs "Caravage" empreint d'une attention toute spéciale aux détails de la matière comme de la texture. Cette marque de fabrique ne put échapper au jeune François chez qui cette influence est particulièrement notoire dans les fresques de "Zbraslav" (cf. également les 2 toiles en photo). Pis signalons encore un autre grand Rital qui laissa son empreinte dans les oeuvres du silésiens: "Giovanni Battista Piazzetta", lui même imbibé de la couleur "Crespi". Chez ces 2 maîtres de la coloration tonale, les effets de lumière sont caractéristiques: clair-obscur, luminosité brillante, ombres profondes et glissement de lumière fauve baignent leurs oeuvres religieuses d'un éther mystique. Et François-Xavier-Charles manifesta tout particulièrement cet aspect "coloré-fanatique" dans des oeuvres comme la "parabole du festin des noces" (St Matthieu) à l'intérieur du réfectoire du cloître de "Zbraslav", dans "l'adoration des mages" (St Matthieu, encore) dedans la piaule de l'abbesse de "Doksany", la "libération des chrétiens de la captivité des Turcs" en la Ste trinité de Bratislava, ou sur le retable de "St Marienstern" (cf. plus haut). Notez également (si vous passez par "Panschwitz-Kuckau") sur ce dernier retable le petit ange qui tient (soulève?) le poncho de la vierge. C'est un élément caractéristique des représentations mariales de "Piazzetta" (cf. son "apparition de la Vierge à St Philippe Néri" une nuit de brouillard sur le mont chauve par exemple) que "Palko" reprit encore dans "l'assomption" de "Zbraslav". Signalons que ces fresques glorifiant l'abbaye (l'histoire de l'abbaye), sont par leur couleur et leur luminosité un parfait exemple du rococo à la vénitienne de cette seconde moitié du XVIII ème siècle. Ceci-dit, ces décorations furent initiées par le fabuleux "Václav Vavřinec Reiner", aussi "Palko" n'eut pas d'autre choix que de continuer dans le même esprit en terme de couleur comme de luminosité (eh! T'imagines s'il avait continué en triangle monochrome à la Picasso?).

Et maintenant quelques mots sur les acolytes de "František Xaver Karel Palko". Ce dernier n'eut que peu d'influence sur "Josef Hager", et pour cause: non seulement il résidait à Vienne en dehors des vacances scolaires, mais surtout il se spécialisa dans la peinture en trompe l'oeil (principalement sur les édifices). Vous pouvez apprécier son travail sur les coupoles de l'église du St esprit (surtout pas de photographie) de "Libáň", dans l'intérieur de St Pierrépaul (caméra en bémol) de "Bezno", ou dans les bibliothèques des carmélites (petit côté), de l'ancienne bibliothèque piariste de la vielle ville ("Na příkopě"), ou encore celle des servites près de l'église St Michel. "Palko" eut plus d'influence sur "Josef Jáchym Redelmayer", et pour cause: non seulement il résidait à Prague en dehors des vacances scolaires, mais surtout il subit comme François-Xavier-Charles l'influence de "Piazzetta". Vous pouvez apprécier son travail en l'église St Adalbert de "Vejprnice" ("...slíbila mi moje stará jitrnice. Až budu ve Vejprnic, nažeru se jitrnic...") en coopération avec "Josef Hager", au château de "Bečváry" (fresques sur le thème de la guerre de Troie et les Néide [cf. Virgile]) toujours en coopération avec le précédent Joseph. Sinon tout seul sans les mains "Redelmayer" peignit le retable de l'autel de la chapelle St Michel (toujours au même château). Pis il y eut le "Jan Jakub Quirin Jahn", acolyte du maître lorsqu'icelui entreprit l'abbaye de "Zbraslav".
Les nombreuses ébauches et études laissées par Jean montrent à quel point il analysait les fresques de François-Xavier-Charles, et à quel point ses peintures s'apparentaient à l'école vénitienne par les tonalités de couleurs. Parmi ces études méticuleuses ouvragées par Jean Jeahn, signalons le fameux St Augustin de l'église Ste Marie de l'assomption à "Strahov" réalisé dans le cadre d'une quadri commande (St Augustin, St Jean Népomucène, St Paul et St Martin, toujours visibles en l'église, lorsqu'elle est accessible, photographier pas possible). Le maître et l'élève se séparèrent vers 1762, après avoir entamé les fresques du plafond de l'église St Bartholomé (non non, pas photographier) de "Heřmanův Městec". Le cycle de la vie du saint inachevé par "Palko" sera terminé en 1764 par Jean Jeahn en particulier par l'ajout d'une Ste trinité et d'un ange à la croix (en haut, dans le coin, à droite en sortant de l'ascenseur). A signaler que "Jan Jakub Quirin Jahn" ne s'inscrivit pas dans l'histoire uniquement comme peintre, mais aussi comme historico-théoricien de la peinture grâce à ses écrits, écrits après les reformes joséphiennes par manque de commande (l'empereur Joseph II mit un terme à moult activité ecclésiastique, et ce n'était pas bon pour un peintre qui vivait de la fresque religieuse).

Mais retour donc à "František Xaver Karel Palko". Bien que l'on le considère comme l'héritier de la peinture de "Piazzetta", de la fresque de "Reiner", du monumentalisme de "Galli Bibiena", de la sculpture de "Platzer" ("Palko" n'a pas fait de sculpture), de l'enseignement de l'école vénitienne ("Palko" n'a pas étudié à Venise), etc... etc... pour moi il est unique. Et plutôt que de vous parler en expert de l'art (ce que je ne suis absolument pas), de vous dire que ces croûtes-là sont plus belles que celles-ci (ce qui est faux par ailleurs), je vous invite plutôt à vous rendre au palais Schwarzenberg afin d'admirer "live" les 2 huiles sur toile (d'olives) que je vous ai mises en exemple dans cette publie: St Simon et St Bartholomé. Pour sûr, vous pourriez tout aussi bien vous rendre dans les divers autres endroits déjà mentionnés, mais encore faudrait-il qu'ils soient ouverts, et quand bien même cette condition serait remplie, vous n'aurez pas le même confort de vue, de lumière et de proximité avec les oeuvres, que chez Schwarzenberg. A nouveau, référence à Pierre-Jean: "les caractères des têtes en sont nobles et variés". A donf que ouais. Admirez sur les 2 toiles à quel point "Palko" mit en évidence les caboches des saints, et avec quelle subtilité il s'obstina sur les détails: les galbes osseux imparfaits (St Bartholomé fut délivré aux forceps), les difformités crâniennes (St Simon tomba d'un cerisier alors qu'il en volait les fruits étant gamin), les pommettes charpentées par le temps, les renifloirs angulaires mais orgueilleux, les yeux charitables, le sourire à la Mona, et la barbe blanche soyeuse comme de la plume de poussin. Notez à quel point ces bonnes bouilles de bons p'tits vieux sont sympathiques, à quel point l'on voudrait avoir un grand-père qui ressemble à ça, un subtil mélange de robuste apparence rustique pétrie de douce bonhommie débonnaire. En termes de technique, appréciez la lumière d'avant plan qui donne tant de relief à la profondeur d'à l'arrière. Observez les axes légèrement inclinés des sujets, qui suggèrent le mouvement des corps, genre photo prise sur le vif. Ces croûtes-là sont l'apothéose du génie artistique, de la maîtrise technique et de la simplicité thématique, c'est énorme.

J'aurais 'achement voulu vous y mettre également les autres en exemples, les oeuvres susmentionnées et en grande majorité vues par mes mirettes ébahies par tant de talent, mais à force de ne pas pouvoir photographier... Pour terminer, j'aimerais encore citer Pierre-Jean Mariette (toujours dans son Abecedario tome IV), page 71: "[...] on doit regarder Palcko comme un très habile homme." Puis page 72: "Mais je reviens encore aux desseins que je possède; ils sont de la plus grande manière, et je ne regrette point le haut prix qu'ils m'ont couté. J'en ai peu dans ma collection qui me satisfassent autant."
Eh bien si vous passez au Louvre (si si, celui d'à Paris), alors vous pourrez voir 2 des oeuvres acquises par Pierre-Jean: un dessin à l'encre de chine (nuoc-mam?) et mine de plomb en forme de lunette représentant "St Ignace de l'aïoli faisant triompher le catholicisme aux Indes". Notez à gauche du dessin les 2 pauv' Japonais (des Indes) soutenant la lourde croix (ben tiens, la religion catholique ça se mérite), et à droite le St François Xavier Touriste au milieu de ses propres convertis (dont un Turc, aux Indes). Cette ébauche devait originellement orner la coupole de St Nicolas à Prague, mais parce que trop bancale (cf. les Japonais et les Turcs des Indes), elle ne fut pas retenue par les jésuites pères spicaces. La seconde ébauche dans la même veine (lavis, encre de chine et mine de rien... plomb) et pour le même projet praguois représente "le vieux cercueil de St Nico perd de l'huile", parce qu'à nouveau, St Nicolas est myrrhoblyte (me fait trop rire ce mot). Mais pour d'évidentes raisons d'entretien (cf. les régulières révisions chez le concessionnaire), elle ne fut pas retenue non plus (l'ébauche). Le Louvre possède encore 2 autres oeuvres de "Palko" réalisées à la pierre noire et sanguine, cependant nettement moins représentatives du maître: les "noces de la vierge" (eh ouais, elle était mariée, mais la nuit de noce réservée à l'hôtel de la Migraine, apparemment... stérile... genre peu de consommation... chair faible, libido avariée, mysticisme castrateur...) et la "présentation de Jésus au temple":
- Siméon: Jésus, c'est le temple.
- Jésus: enchanté.
- Siméon: le temple, c'est Jésus.
- Le temple: enchanté, aussi.
- Jésus: bon, ben on passe aux crêpes alors?
Sinon la "Yale University Art Gallery" possède (je me demande comment?) un dessin (de "Palko") à la pierre noire et à l'encre représentant Galilée (Galileo), oeuvre autrement plus fabuleuse que les 2 dernières esquisses sanguines louvresques (je vous en ai trouvé une copie sur le Net). Remarquez l'extraordinaire ressemblance entre les visages de Galilée, de St Simon et de St Bartholomé.

Et voilà, un rapide aperçu de "František Xaver Karel Palko". Si vous voulez plus de détails et que vous lisez le Tchèque, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture d'un ouvrage entièrement consacré à notre bougre (et à son frangin): "Pavel Preiss, František Karel Palko: život a dílo malíře sklonku středoevropského baroka a jeho bratra Františka Antonína Palka". Maintenant que vous lisiez le Tchèque ou non, je ne saurais à nouveau que trop vous conseiller la visite du palais Schwarzenberg. Allez, et je vous souhaite en passant un bon début d'automne quand même.

jeudi 20 août 2009

Célébrités: Ce bougre de Rudolf II et son majestätsbrief

Chuis scié, dans dec, des fois vraiment je me demande si je ne rêve pas debout les yeux ouverts des mush psychotropes sous la langue. Z'allez pas le croire, mais c'est véridique. Le jeudi 18 juin 2009 eut lieu une exposition des plus démentépoustouflantes dont je me souvienne. Tout d'abord la pub: il n'y a pas eu plus de pub autour de cette exposition que de jambon en croûte au mariage d'un ayatollah. Rien, keud-nada et pot d'nouilles. Ensuite la durée: 7 heures d'exposition très exactement, le 18 juin 2009 de 10h à 17h.
Cette limite passée, tiré de rideau, hop, et dispersion d'la foule à coup de sabre. Et finalement l'exceptionnalité: l'objet en question fut exposé au public pour la dernière fois en 1958 sous la protection des camarades con-munistes habillés en kalachnikov, c'est à dire il y a 51 ans. T'imagines la poussière? Evidemment, lorsque j'appris la veille qu'il serait exposé le lendemain, qu'on pourrait le voir pour de vrai, je fus soudainement hyper et xité à donf. La désillusion fut cependant tout aussi rapide. "Quoi? La durée d'exposition...". Je pris alors mon téléphone afin d'informer mon employeur d'une subite maladie hypra contagieuse contractée lors d'un intensif rapport sexuel sans préservatif avec une truie mexicaine dans un hôtel malfamé de Guadalajara, mais rien n'y fit. Mon taulier resta intransigeant car ma présence au bureau était indispensable (z'allez vous demander ce que je turbine comme métier au boulot non?). Heureusement, ma chérie d'amour vint à mon secours. C'est elle en fait qui se rendit à ma place au palais Lichtenstein, et c'est elle qui fit les jolies photos du rare document. Ainsi chères Lectrices et chers Lecteurs, pour la toute première fois depuis le tout début de mon blog, les photographies de cette publie ne sont pas toutes miennes mais parfois machériedamouresques. D'ailleurs je vous l'accorde, on sent bien comme une touche d'amateurisme, une main tremblante et un oeil hésitant, mais faites preuve d'indulgence, c'était pour la première fois, et c'était pour me rendre service, alors un peu de compréhension que diable, son généreux service est des plus louables (j'espère qu'elle ne va pas lire cette publie :-)

Alors qu'est ce que c'est? Je vous en avais déjà soufflé un mot dans le cadre de ma publie sur le palais "Martinic", et donc vous devriez connaître le gros du quoi. Mais bon, je vais vous en dire un peu plus maintenant. Alors sans remonter aux calandres grecques, faut quand même que je vous parle de plusieurs Turcs avant. Tout d'abord les guerres de religion, elles, remontent aux Gros-magnons, aux Diplodocus, aux Zamibes, bref... y en a toujours eu. Et justement, une bonne tentative d'y mettre fin remonte au 25 septembre 1555 lorsque Charles Quint signa la paix d'Augsbourg (i.e. "Augsburg"). Celle-ci permettait aux princes de choisir leur religion, et surtout de l'imposer à leurs sujets (démocratiquement cool). C'est à dire qu'un prince qui était blanc de religion pouvait imposer à tous ses sujets d'être blancs de religion, et les noirs (de religion), ben ils pouvaient partir dans un fief où le seigneur était de religion noire. Et réciproquement. On disait alors "cuius regio, eius religio" (couillon de Régis, comme sa religion). Cependant cet édit plein de non-dit était truffé d'exceptions: d'abord n'étaient concernées que les villes royales. Ensuite les enclaves épiscopales ne pouvaient convertir ni chasser les blancs si l'évêque devenait noir (mais la réciproque n'était pas vraie). Puis le pire dans tout ça, c'est que seuls les luthériens étaient concernés, ce qui excluait donc les calvinistes, les unitaristes, les presbytérianistes, les télévangélistes, les amishs, les pentecôtistes, les millénaristes, les créationnistes, les annihilationnistes, les méthodistes, les bordelistes, les anabaptistes, les consubstantiationnistes, les petits prophètes, les mennonitistes, les puritanistes, comme les associations associées, genre les éclaireurs salutistes du Congo Brazzaville, l'armée du salut devant la Samaritaine, la fédération romande d'églises évangéliques, l'association internationale des Gédéon
(...grois dans la baignoire et chais pas quoi n'en faire, pour ceux qui aiment les Mr et Mme ont un fils...), l'assemblée du désert de Gaby, la ligue pour la lecture de la bible à l'envers, le mouvement international de la réconciliation d'avec la viande de cheval, etc. Ce traité d'Augsbourg fut tellement bâclé, que Ch'arlequin abdiqua 1 mois plus tard jour pour jour (25 octobre) détruit par cet échec, rongé par la mort de sa maman et vermoulu par une goutte du gros orteil. Pour l'anecdote, il est né le 25 février 1500, mort le 25 septembre 1558, et le 25 juin 1530 lui fut présentée la "confession d'Augsbourg", texte fondateur du Luthéranisme. Sans dec, à sa place, les 25 du mois je serais resté au lit. Il n'y avait donc plus de guerres, mais prétendre que les diverses religions s'accommodaient entres-elles... En Bohême, la dimension politico-religieuse était particulièrement éclectique (bordélique), z'allez voir. D'un point de vue politique, le royaume de Bohême fonctionnait sur une base corporative (politique et non professionnelle), c'est à dire que le pouvoir était divisé entre le souverain (roi, empereur...) et la diète, assemblée représentant les Etats de Bohême (genre de régions). Dans les Etats de Bohême se trouvaient des représentants de la haute noblesse, de la basse noblesse, et de la bourgeoisie (citoyen libre d'une ville royale jouissant de certains privilèges), mais pas du clergé (ben tiens). Et aussi curieux que cela puisse paraître puisque le royaume était héréditairement transmissible, la diète des Etats élisait son souverain. Généralement c'était une bricole routinière parodique, cependant le pouvoir des Etats était bien réel: Zikmund dut attendre 17 ans avant de succéder à son frère ("Václav IV") défunt, et je ne parle pas des tentatives violentes mais malheureuses, des compromis, des promesses et du lèche-cultage qu'il dut assurer à la diète avant qu'elle ne dise oui (il mourut 1 an plus tard de fatigue d'avoir voulu être roi de Bohême). Quant à cette vile gouape de Ferdinand II, il fut tout simplement destitué et remplacé par Friedrich du Palatinat (en 1619) pour "totale incompatibilité politique" d'avec ses sujets. Et justement, depuis le Polac W ("V(W)ladislav II. Jagellonský"), le pouvoir des Etats en terme d'autonomie et d'indépendance avait prit une ampleur considérable. Chaque Etat était ainsi représenté par les précédentes corporations (haute, basse noblesse et bourgeoisie, sans le clergé, bien entendu), lesquels législativaient, inscrivaient soigneusement les décisions dans les "desky zemské" (cf. une précédente publie pour plus de détail) et appliquaient les lois sur leur territoire. Sauf qu'en cette seconde moitié du XVI ème siècle, une grande partie de la population du royaume de Bohème était de confession (descendance) néo-utraquiste: soit directement hussite (cf. "Jan Hus", "Jednota bratrská" - "Unitas Fratrum"), soit luthérienne (de par la proximité avec la Germanie), mais clairement antipape. De l'autre côté, la noblesse régnante d'en haut de l'échelle (Habsbourg en tête) était romano-catholique, et clairement pro-pape. Z'imaginez le cirque à la diète? Les uns tiraient à hue, les autres répondaient à dia, enfin ce n'était rien d'autre que de la (sale) politique sous couvert de bon dieu. Et on avait beau être Habsbourg, quand on avait contre soit la noblesse, la bourgeoisie, le peuple, les villes, et les Etats lesquels prélevaient l'impôt, fournissaient la main d'oeuvre (civile comme militaire), et destituaient si besoin était, ben valait mieux faire dans l'compromis que dans l'intransigeant.

Et justement, sous le règne du papa de Rudolf II, Max (II aussi), l'on vécu dans l'compromis. Max II ayant été élevé dans l'éducation, il fut rapidement mis en contact avec les sciences, les langues, les idées nouvelles et progressistes de la renaissance, et donc forcément, il eut moult contact avec la religion protestante contre laquelle il n'avait pas spéciale animosité. Mais son papa (Ferdinand 1er) comme son oncle (Ch'arlequin) voyaient tout cela d'un fort mauvais oeil. Aussi afin de ramener le sale gosse dans le droit chemin catho-papal, ils lui scotchèrent en mariage (en 1548) une épouse bien bonne catholique élevée au lait de l'intégrisme: Marie d'Espagne, fille cadette de son oncle (Ch'arlequin) et donc sa cousine (eh ouais). Inutile de préciser que la reine ultra-orthodoxe ne partageait point les idées tolérantes de son roi, et malgré qu'ils eurent 16 gnards engendrés par coït vaginal (je présume?), ce dernier (roi et mari) logeait fréquemment à l'hôtel du cul-tourné en contrepartie d'une décision trop bienveillante envers l'hérétique protestant. Ainsi, et afin de calmer la vapeur dans le couple, un des gestes de concession envers sa femme... attends, j'vous raconte.
Vous vous souvenez au début du XV ème siècle, les guerres hussites, les raclées successives que prirent les croisés, les princes catholiques, l'empereur et le pape, enfin tous ceux qui voulaient étrangler l'éréthisme en terre de Bohême? L'affaire finit par se régler (plus ou moins) avec les compacta(s) (accords) de Bâle en 1436, qui fouturent la paix enfin aux hussites. Or ces accords étaient toujours en vigueur sous Max II, et les nobles protestants qui avaient entre temps goûtés au luthéranisme, au calvinisme, au brahmanisme, au léninisme, au dodécaphonisme et au modernisme trouvaient ce texte par trop démodé, ancien, et plus du tout adapté à la situation du protestantisme de l'époque. En fait le contexte était dément, parce que Bâle ne concernait que les hussites (utraquistes), un peu les Luthériens mais pas l'union des frères de Bohême (i.e. unité des frères tchèques) ni les calvinistes (et autres). Augsbourg (comme dit) ne concernait qu'uniquement les Luthériens excluant tout le reste, et donc c'était le foin le plus absolu parmi les accords, édits z'et ententes. Aussi un beau jour, la délégation des "ceux qui n'en peuvent plus du foin qui règne" se rendirent chez l'empereur: "tu comprends Max, ça serait vachement cool finalement que tu décroches ce vieux truc bâlois du clou, et que tu le remplaces par un texte plus mieux, nouveau, d'actu, genre, chais pas, tiens, tu sais quoi, on va y réfléchir avec les potes protestants, et on revient vers toi avec une propale qui tient la route" (propale: abréviation de proposition commerciale, religion = business, ben tiens). Et Max en bon roublard mit un terme donc aux compacta(s) de Bâle en 1568, envoya un fax au papàrome afin qu'il prenne l'affaire en compte, et attendit peinard qu'on revienne vers lui laissant la condition protestante sans règle (j'te dis pas la fête chez Marie des S'pagnes le soir même). Et là, la politique entra en jeu. Les divers courant protestants étaient incapables de se mettre d'accord et les points de discorde étaient nombreux. Parfois ils étaient fondamentaux: ordination des prêtres, hiérarchie, assemblée, droit de vote, nombre de voix et voiture de fonction, mais parfois ils étaient totalement ineptes, genre "est-ce que Jésus prit réellement part au dernier souper?" (véridique). Attends, c'est lui qui recevait ses potes chez lui, les photos prises pour les tabloïds de l'époque par Da Vinci, Poussin ou Le Tintoret le montrent en train de tartiner des biscottes au caviar et déguster un château Petrus 1952, et les protestants se posent la question de sa présence à la fête? C'est aussi con que de douter de la virginité de Marie, du parfum de sainteté à Jésus ou de la longue barbe du bon-dieu. Quoi qu'il en soit, ils finirent quand même par se mettre d'accord sur un texte éminemment oecuménique qu'ils intitulèrent "Confessio Bohemica", et qui, dans sont contenu comme dans sa forme s'inspirait majoritairement de la confession d'Augsbourg de 1530 (acceptée dans le traité de 1555) tout en laissant suffisamment d'espace à l'assimilation d'autres courants non-catholiques. Ainsi le texte existait, restait plus qu'à le faire signer (par l'empereur) dans le cadre d'une bonne occase. Alors je vous ai trouvé l'intégrale de la confession d'Augsbourg en Latin et en Anglais, mais rien sur le "Confessio Bohemica", z'allez voir par la suite pourquoi. Sinon je vous conseille tout particulièrement l'article X, "De Coena Domini" (la Cène) d'où qu'on parle ouvertement de cannibalisme, mort de rire.

En 1575, sentant la fin de ses jours sur le perron de sa porte, Max II réunit la diète afin de lever un nouvel impôt (guerre contre les Turcs, trou de la sécu...) mais surtout afin de faire accepter auprès des Etats de Bohême son fils Rudolf II comme successeur au trône.
L'occasion était trop belle pour les protestants de lui soumettre (le 18 mai) le nouveau document pour signature impériale. "Quoi? Mais z'êtes furieux les gars? Z'imaginez un peu l'cirque d'enfer de mon emmerdeuse espagnole si je vous signe un truc pareil? Et je ne vous parle même pas de la belle famille de Madrid ni du Greg à Rome. Ils vont m'écorcher vif ouais." Mais les Etats protestants (majoritaires à la diète) furent intraitables. "C'est up to you Max, mais si tu nous les casses de trop, on ira chercher un Germain, un Magyar, voire même un Turc maintenant qu'ils campent dans ton jardin près de Vienne, et le Rudolf, il finira comme coiffeur pour dames à Cajarc." Eh ouais, poignant dilemme, amère décision et conséquences d'un choix... Le pauv' Max n'en dormit pas, ah-la-la. Mais la nuit porte conseil, et le pauv' vieux revint à la diète au matin avec une fabuleuse suggestion: "ok les gars, j'peux sérieusement pas vous signer un truc pareil, mais je vous donne ma parole d'homme, de roi et d'empereur, que je respecterai votre torchon... confession, et si vous m'embauchez mon Rudolf comme successeur au trône, et je vous promets tout autant qu'il en fera de même." Ensuite il leva 2 doigts de la main droite en l'air, cracha au sol, et rajouta "cochon qui sent des pis". Rudolf fut couronné le 22 septembre de la même année, et le 5 octobre, Max II promulguait un édit interdisant l'édition et la publication du "Confessio Bohemica". Eh ouais, concernant ce chapitre il n'avait rien promis ce fourbe. Et c'est pour cette raison que le texte intégral, contrairement au "confessio Augustana", est totalement introuvable sur la toile d'ailleurs.

Mais passons au Rudolf. Lorsque notre bon bougre atteint l'âge de 12 ans (en 1564), sa mère ultra-catho (Marie d'Espagne) comme son grand-père ultra-catho itou (Ferdinand premié, né é élevé en éspagne) l'envoyèrent chez l'oncle Philippe (d'Espagne) afin qu'il reçoive la bonne éducation ultra-catho, et qu'il soit par la-même éloigné de tout cet éréthisme protestant qui gangrenait le royaume habsbourgeois. Là, Rudolf découvrit une religion catholique stricte, fanatique et intolérante, mais il se prit surtout de passion pour les arts, les sciences naturelles comme surnaturelles, et pour l'alchimie. A la cour d'Espagne, le loupiot vivait comme un coq en pâte car l'oncle Philippe et la tante Lisbeth (made in France) ne faisaient que de pondre des filles, et le tabloïd espagnol Hola entrevoyait notre Rudolf comme potentiel successeur au plus grand royaume d'alors, pour te dire comme ils le bichonnaient not' Rudolf. Ceci-dit il n'en fut rien de la succession, parce que l'oncle Philippe épousa sa nièce, la frangine de Rudolf, laquelle lui pondit un Philippe II+1 (= III). Rudolf revint à Vienne 8 ans plus tard (en 1571) âgé de 19 ans, et fichtrement pourvu d'un solide élevage intellectuel, nettement plus solide que sa foi religieuse (au grand soulagement des Etats de Bohême protestants). Un an plus tard encore (en 1572) notre loufoque fut couronné roi de Hongrie, et 3 ans plus tard roi de Bohême (en 1575). Un an plus tard encore toujours, Max II décéda (en 1576), et commença enfin le vrai règne chaotique du cocasse Rudolf II. Alors je ne vais pas m'étendre là-dessus, mais juste rappeler quelques éléments importants.

Le premier élément, des plus importants au début de sa carrière, c'est que Rudolf ne parlait pas un mot de Tchèque (comme mon pote zétazunien John).
Elevé à la cour d'Espagne, il parlait couramment Espagnol et un peu Latin. De par ses origines, il parlait Allemand (mais n'aimait pas), par nécessité politique Français et par culture Italien. Mais Tchèque, pas un mot, pas une bribe, alors que d'aucuns affirment qu'il parlait couramment même Magyar lors de ses crises de démence. Les Etats de Bohême considérèrent ce fait comme une offense, et dans les premiers temps de son règne, Rudolf fut regardé comme hautin, infatué et orgueilleux (même Obama a dit 4 mots en Tchèque lors de son discours au château en Avril 2009). Malgré cela, les premières années furent plutôt tranquilles d'un point de vue politique comme familial (en ce temps il vivait encore à Vienne). En 1578 Rudolf nous fit sa première "crise de mélancolie" durant laquelle il dut s'absenter de la scène, ce qui laissa la porte grande ouverte aux intrigues familiales, courtisanes... Not' gaillard en sortit amère, reclus et plutôt fatigué. Sa première vraie dispute éclata en 1580 avec sa mère (ultra-catho), qui ne faisait rien que de pousser son empereur de fils à recatholiser son empire manu-militari le crucifix dans une main, le bûcher pour hérétique dans l'autre. "Attends maman, j'en suis encore à ma période d'essai, les coutumes locales sont différentes, acceptation, tolérance, diplomatie... tiens, prends une bière et calme-toi." Marie ne se calma pas, et après avoir plié ses bagages pendant un an, elle acheta un âne et prit la route pour son Espagne natale en 1581. En 1583, Rudolf déménagea son trône de Vienne à Prague, et afin de transformer cette ville de province en capitale d'empire, il fit venir à sa cour d'innombrables artistes, architectes, scientifiques, et... et alchimistes, ben tiens. Bien que dégouté du mariage, il n'en consommait pas moins le fruit défendu et s'adonnait fort volontiers aux plaisirs de la chair, de la bouffe et de la boisson. Malgré cela, ses dépressions, ses angoisses et son apathie se faisaient fréquentes, et Rudolf trouvait le repos et le bonheur dans ses collections (cf. plus loin). Il se détachait du monde réel, mais celui-ci se rappela à son bon souvenir en 1593: l'empire reprit les armes contre les Ottomans (ou l'inverse). La guerre trainait en longueur de part l'équilibre des forces, et en 1604 Rudolf commit une première erreur. Parce qu'il tenta d'imposer la religion catholique en Hongrie comme seule et unique foi universelle, les Magyars se rebellèrent contre les Habsbourg (cf. "István Bocskay"). Lorsqu'ils envahirent la Slovaquie et la Moravie, il commençait à se faire grand temps d'entamer des négociations avec les diverses parties. L'on rédigea donc le traité de Vienne (23 septembre 1606) qui (principalement) garantissait la liberté de culte aux Hongrois, et l'empereur s'engageait à faire la paix avec les Turcs. Mais Rudolf refusa de signer ce traité, et prétextant une nouvelle crise de folie, il resta au lit pendant plusieurs semaines. Signalons qu'en cette période, son état de santé s'aggravait avec des crises de dépression aigüe et qu'à partir de 1597 les stigmates de la syphilis avaient pointé le bout de leur nez roséolé dans la cervelle du monarque: l'empereur hantait les couloirs du château de Prague une dague à la main clamant qu'il avait "le ventre derrière et le dos devant", tandis que les happy few qui pouvaient l'approcher l'entendaient confesser qu'il était "ensorcelé par le chant des capucins du château", et qu'un "moine allait l'assassiner." L'entourage du pauv' boug' devenait méfiant envers lui et prenait ses distances. Les intrigues s'amplifièrent alimentées par ses maladies, son absence d'héritier, ses tentatives de suicide et ses colères furieuses (lors d'un de ses accès, il faillit poignarder son barbier).
Ses proches s'éloignèrent, au point que sa propre famille mit secrètement en 1606 tous ses espoirs en son frère Matthias. Et justement l'occasion était trop belle pour celui-ci d'entrer en scène. Il signa le traité de Vienne en place de Rudolf, et poussait les Etats de Hongrie à la révolte envers l'empereur. Cela prit un peu plus d'un an, mais en 1608, les diètes d'Autriche, de Moravie et de Hongrie votèrent finalement pour Matthias, alors que la Bohême, la Silésie et la Lusace se tenaient aux côtés de Rudolf. Lorsque Matthias et son armée arrivèrent aux portes de Prague afin d'en découdre avec le frangin, l'on faillit réellement en arriver à une guerre fratricide, mais ces derniers signèrent la paix de "Libeň" au château de, scindant l'empire selon les royaumes susmentionnés, et Rudolf reconnaissant le traité de Vienne. Affaibli, à la recherche de soutien politique face à son frère Matthias, il finit par signer ce fameux "majestätsbrief" ("Majestat Rudolphus") le 9 juillet 1609 garantissant la liberté de culte en Bohême afin de s'accorder les bonnes grâces de la diète. Mais de ce fait il foutut en rogne la minorité catholique. Les accrochages entre les 2 confessions croissaient, et la colère envers le souverain s'amplifiait de tout bord. Rongé par la maladie, furieux contre Matthias le traître, contre les Etats protestants exploiteurs de situations, contre les Etats catholiques infidèles, Rudolf ne rêvait que de vengeance. Et il était conforté dans ce ressentiment envers tous et toutes par son immonde ordure de cousin combinard Léopold, évêque de Passau et de Strasbourg, qui convoitait ouvertement le trône de Bohême. "Vouis mon chéri, tous vilains, tous laids, mais chuis avec toi, moi, tu vas voir, j'vais faire venir mon armée à Prague, et je vais te restaurer l'autorité vite fait." Et il le fit cette ordure de moine. En février 1611, la soldatesque mercenaire germaine s'abattit sur la Bohême et sur Prague comme une volée de sauterelles, et pilla "Malá Strana" et "Hradčany" des caves aux greniers (ils furent arrêtés par les Praguois sur le pont Charles, et ne purent pénétrer dans la vieille ni la nouvelle ville). Lorsque les Etats de Bohême se rendirent compte de la totale inertie de Rudolf, pour ne pas dire de son soutien au massacre auquel se livraient les soudards de ce fumier d'évêque, les Etats de Bohêmes, catholiques y compris, appelèrent Matthias à la rescousse. L'invasion des barbares de Passau fut repoussée en mars, Rudolf poussé à l'abdication en avril, et la couronne de Bohême fut posée sur la tête de Matthias le 23 mai de cette même année. Mais l'histoire de notre document n'en était pas terminée pour autant. Et celle de Rudolf et de ses collections non plus.

L'ampleur du foin artistique que Rudolf avait entreposé au château de Prague dépassait l'imagination, car il avait carrément aménagé des espaces exprès pour et rigoureusement classifiés (les espaces). Y avait la fameuse "Kunstkammer" (chambre d'art), l'"Artefacta" pour le fourbi relatif à l'art, "Naturalia" pour le fourbi relatif à la nature, "Scientifica" pour le fourbi relatif à la science, "Raritätenkammer" (la pièce des rarités [oui, je sais qu'on dit rareté]), divisée en "Curiosa", "Mirabilia" et "Rara". Puis à côté de la "Raritätenkammer" se trouvait la "Schatzkammer" (salle des trésors), la "Wunderkammer" (cabinet des curiosités), la "Rüstkammer" (pièce d'armes) et au fond du couloir à droite la "Scheißkammer" (j'vous l'traduis pas si?).
Aussi lorsque Matthias reçut les premiers devis des déménageurs, il appliqua le plan B. Rudolf fut laissé en paix avec son prodigieux fourbi sur place où il mourut le 20 janvier 1612 toujours nanti du titre d'empereur romain-germanique. Quant à Matthias, il re-déménagea la capitale impériale de Prague à Vienne, et devint empereur à son tour après la mort de Rudolf. Tiens, légende, connaissez-vous l'histoire du lion Mohamed (parfois Muhammad)? Parmi les démentes collections de Rudolf, il y avait aussi des animaux, le fameux bestiaire de Rudolf. Et parmi ses préférés (d'animaux), il y avait le fameux lion Mohamed que l'empereur avait reçu du sultan ottoman Ahmet 1er lorsqu'ils se serrèrent la pince en signe de paix (bien que ce fut Matthias qui signa en bas de page du traité). Lorsque le bestiau arriva à Prague, l'un des astrologues de Rudolf mit un oeil sur son passeport, et parce qu'il était du même signe astrologique que l'empereur, l'astrologue leur prédit un destin identique, en particulier lors du trépas. Eh bien croyez-le ou non, en fin d'année 1611, Mohamed le lion chopa la grippe porcine et trépassa avant la St Sylvestre. Rudolf qui l'invitait régulièrement pour lui apporter des yaourts au bifidus actif en fut extrêmement penné. Il reçut encore plus la dépression de la mélancolie, et décéda quelques jours plus tard. Dingue non? Et malgré qu'il ait été dément (fils de cousins, arrière grand-mère démente: "Jeanne la Folle"), syphilitique et mystique, il n'en fut pas moins un fantastique promoteur des arts, de la culture et des sciences. Certes, Rudolf entretenait une armée de charlatans, d'alchimistes (selon une source, il y aurait eu jusqu'à 200 alchimistes à la fois dans les laboratoires impériaux) et de profiteurs sans foi ni loi (ce qui, somme toute, n'a guère changé en 400 ans, jetez un oeil sur nos députés ou nos ministres), d'un autre côté, sa cour fourmillait d'artistes fabuleux et de scientifiques reconnus. Parmi les charlatans, mentionnons "Alessandro Scotto" (alias "Odoardus Scotus", on doute de son existence, sans doute un pseudo), qui prédit à Rudolf avant même le dépouillement des scrutins qui allait s'asseoir sur le trône de Pologne ("le roi de Pologne", il peut le dire...). "Michal Sendivoj ze Skorska" qui permit à l'empereur grâce à une fabuleuse potion de sa composition de réaliser pour de vrai sans mentir la transmutation de la crotte de chat en or 18 carats. Suite à ce miracle, Rudolf II fit apposer au château (de Prague) une plaque commémorative portant l'inscription "Faciat hoc quispiam alius, quod fecit Sendivogius Polonius" ("Quelqu'un peut-il le faire avec du crottin d'âne, quelqu'un de plus talentueux que le Polac?") afin d'attiser la compétition. Sans oublier "John Dee" et "Edward Kelley" desquels je vous ai déjà parlé dans une précédente publie.

Parmi les scientifiques, citons "Tadeáš Hájek z Hájku", mathématicien, astronome, chimiste, botaniste et médecin personnel de Rudolf II. Peu de gens le savent, mais ce génie fut le premier à rédiger un ouvrage scientifique sur le processus de fabrication de la bière en 1585 (cf. "De cerevisia eiusque conficiendi ratione, natura, viribus et facultatibus opusculum").
Il suggéra en outre à l'empereur de faire venir à sa cour "Tycho Brahe", le précurseur de l'héliocentrisme (mais avec une rotation circulaire des planètes). Bien qu'astronome sur sa carte de visite, Le Danois alchimistait à l'occasion: on prétend qu'il aurait inventé une potion contre la peste à base d'extrait de choléra. Astronome également, "Johannes Kepler" son disciple, inventeur de l'héliocentrisme à rotation elliptique et des lois régissant le mouvement des planètes, se plut à Prague comme personne: en reconnaissance envers Rudolf, il publia en 1627 ses "Tabulae Rudolphinae" sans lesquels Isaac Newton n'aurait jamais découvert la chute des pommes. "Giordano Bruno", philosophe et théologien démontreur de l'infinité de l'univers. Il ne resta que 6 mois à Prague (vers 1588) afin de se faire brûler à Rome comme hérétique en 1600 (une grande statue de Bruno se trouve en plein centre du Campo dei Fiori, super sympa en soirée pour boire un coup).

Parmi les peintres d'à sa cour, vous ne pouvez ignorer "Bartoloměj Spranger", l'un des plus talentueux, "Hans von Aachen" de style italo-flamand, "Josef Heintz" le Suisse, "Joris (Georges) Hoefnagel" peintre pratiquement scientifique de p'tites bêtes en tout genre, "Roelandt Savery", également passionné d'animaux vivants et de natures mortes. Les peintres de passage d'à sa cour "Giuseppe Arcimboldo", "Jacob de Gheyn"... et les peintres dont Rudolf II possédait des oeuvres, et que je ne vous présente même pas tellement ils sont à la peinture ce que Maradona ou Zidane sont à la lessive, "Hieronymus Bosch" (Rudolf en commença la collection tout petit, chez l'oncle Philippe II, après lequel il fut le plus fourni des collectionneurs), Da Vinci (la fameuse "dame à l'aire mine" faisait partie du trésor rudolfinien), Raphaël, Véronèse, Le Titien (à sa mémère), Le Tintoret (pas cent balles), Le Corrège, le Dürer (un des préférés de Rudolf), le Cranach, Holbein, Bruegel (i.e. Brügel), Mazzola (dit Parmigianino), Van Leyden. Notez bien que tous ces talentueux bougres ne vivaient pas forcément à la cour d'à Prague, car ils ne souhaitaient pas toujours quitter leur pays. Alors ils envoyaient leurs chefs-d'oeuvre par Fedex emballés dans du tissus de soie rembourré à la plume de paon. Ainsi arrivaient à Prague des colis du monde entier, de Milan, de Florence, de Nuremberg, d'Augsbourg, de Bruges, d'Hayange et même de Chine pour les sacs LV, et les chaussures Nique, ce qui permit à Rudolf de commencer une toute nouvelle collection: les timbres.

Et les sculpteurs, genre "Adrien de Vries", les graveurs comme "Egidius Sadeler", les joailliers du style "Ottavio Miseroni" (longue lignée de joailliers de pierre en fils), les orfèvres à l'instar de "Andreas Osenbruck" (faiseur du globe et du sceptre impérial autrichien), les graveurs sur n'importe quoi genre "Anton Schweinberger". Et les médaillistes comme "Antonio Abondio", et les verriers comme "Caspar Lehmann", peu connu du grand public mais il fut l'initiateur du cristal/verre taillé en Bohême en adaptant la technique de la taille des pierres précieuses au verre. Et les musiciens comme "Hans Leo Hassler" (organiste, compositeur et créateur d'automates musicaux), sans parler des faiseurs de couronnes impériales, "Jan Vermeyen", des bricoleurs de génie, de montres, d'instruments astronomiques et de moulins à café comme "Jost Bürgi" (inventeur du premier système de logarithmes en 1588), le kaiserliche Kammeruhrmacher "Christoph Margraf" (inventeur de l'horloge à boules poilues dite "Kugellaufuhr", mécanisme patenté en 1595), ou "Erasmus Habermel" (parfois Joshua), l'inventeur du théodolite. Tiens, à ce propos, parenthèse: beaucoup de sources extrêmement mal informées présentent "Thomas Digges" comme l'inventeur du théodolite en 1571. Faux. Son théodolite en carton pâte et papier mâché ne mesurait que les angles horizontaux. Le vrai théodolite mesurant les angles horizontaux et verticaux, muni d'un compas d'un trépied et d'une clavette inoxydable est né en 1576 entre les mains donc de "Erasmus Habermel". Autre parenthèse, le joaillier "Ottavio Miseroni" eut un fils (en 1607), "Dionisio Miseroni" (parfois "Diviš" en Tchèque). Non seulement il reprit l'affaire du père, mais il devint le "Schatzmeister" de la "Schatzkammer" de Rudolf, et sauveur d'une grande partie de la collection joaillière. La légende raconte qu'en 1637, alors que les Suédois (fumiers) ravageaient la Bohême et s'approchaient méchamment de Prague, il mit tous les bijoux incrustés de pierres précieuses (le travail de la famille "Miseroni"), mais également les bijoux de la couronne dans un Tupperware, enfourcha son preux destrier et prit la direction de Vienne afin de les mettre à l'abri auprès de l'empereur.
Ensuite il s'en revint à Prague les mains dans les poches, mais lorsque les barbares nordiques pillèrent Prague en 1648, il finit par leur filer les clés des trésors sous la (menace de?) torture. Il survécut cependant, et en 1653 il (et sa famille) fut anobli par Ferdinand III, particulé (ajout d'une particule nobiliaire, en l'occurrence "z Lisone, Miseroni z Lisone"), et put ainsi couler des jours heureux au point que le fabuleux peintre "Karel Škréta" fit (vers 1653) une peinture de toute la souriante couvée ("Podobizna řezače drahokamů Dionysia Miseroniho a jeho rodiny") avant que la lignée ne s'éteigne mi-XVIII ème siècle par manque de descendance.

Parmi les qui touchaient à tout et faisaient dans la totale, signalons "Michael Maier", philosophe, physicien, médecin, alchimiste, mathématicien, guérisseur, bras droit et conseiller personnel de l'empereur. Chais pas ce qu'il bouffait comme fibres, mais il était grave attaqué du délire mental. D'aucuns le considèrent aujourd'hui comme l'inventeur du multimédia de par sa publication délirante "Atalanta Fugiens hoc est Emblemata Nova de Secretis Naturae Chymica" composée de dessins, de poèmes, de canons de musique (fugues?) et de textes plutôt inaccessibles à la plèbe. Je vous ai trouvé un site en Français assez complet sur l'oeuvre précédemmentionné, et je vous laisse le soin d'apprécier car c'est énorme. Notez cependant une boulette (à mon avis) dans ce site: Rudolf n'est jamais monté "sur le trône d'Allemagne" et pour cause, l'Allemagne est née 300 ans plus tard. Mieux, bien qu'empereur du St empire romain-gerbatique, il n'était le souverain direct d'aucun "Land" de l'Allemagne actuelle (sinon de la Lusace, en partie allemande, mais peuplée à 90% de Slaves): Rudolphus II Dei gratia Romanorum Imperator semper augustus Germaniae Hungariae Bohemiae Dalmatiae Croatiae Sclavoniae etc rex archidux Austriae, marchio Moraviae, Luezemburgensis et Sylesiae dux, marchioque Lusatiae, dux Burgundiae comes Tirolis etc. Vous me direz sans doute que je chipote, mais en l'époque "l'Alemaigne" était synonyme du St empire romain germanique, et c'est loin de l'Allemagne géographique comme politique actuelle non? Tiens, qui parlait d'Italie en ces temps, hum? La suite... Alors que dire d'"Anselmus Boetius", alias "Anselme De Boodt", gemmologiste, orfèvre, médecin d'empereur, et lithothérapeute avant l'heure? Dans son ouvrage "Gemmarum et Lapidum historia", il décrivit avec maints détails plus de 600 pierres précieuses (et semi), il dépeignit leur propriétés minéralogiques, et surtout, il diagnostiqua pour quelques unes des propriétés thérapeutiques bienfaisantes pour le porteur. Faut juste y croire, en la thérapie, mais apparemment Rudolf y croyait, car il fut inhumé avec ses bagues, 2 en or et pierres précieuses, et une en pure jade néphrite qui avait (selon Anselme) la faculté de soigner l'halitose et désodoriser les flatulences (cf. l'exposition permanente d'au château de Prague).
Ah oui, et il existe une fidèle traduction française du bouquin d'Anselme sous l'intitulé "le parfait joaillier ou Histoire des pierreries". Je vous laisse apprécier. Et puisqu'on en est aux boulettes, genre l'Allemagne en fin du XVII ème siècle, je vous ai trouvé la perle des boulettes sur Wikipedia.org à propos d'Anselme (De Boodt): "Although he was born and died in what is now modern-day Belgium, much of his career was spent in Czechoslovakia." Notez que les collaborateurs au texte (écrit et modifié entre 2007 et 2009) sont conscients que la Belgique n'existait pas au XVII ème siècle, mais la Tchécoslovaquie, elle existait depuis le paléolithique jusqu'à aujourd'hui inclus. Bref...

Pis quelques mots sur le contenu des collections, parce qu'à nouveau c'est énorme. Parmi les fantastiques curiosités abracadabrantes ramassées de par le monde et auxquelles on ne peut accorder un crédit d'authenticité qu'avec une importante dose de foi, mentionnons des clous de l'arche de Noé, le poignard de Brutus qui frappa César, une dent de la baleine qui avala Jonas, un monstre génétiquement malformé à 2 têtes (sorte de canard, aujourd'hui à la bibliothèque de Strahov), un tétragramme pour faire marcher le Golem, une chope de bière de la taverne "U krále Brabantského", une brasserie tchèque qui fait de la bière absolument dégueu (c'est totalement exceptionnel mais véridique), un dodo-couillon mauricien véritable et vivant, dont les restes morts se trouvent au musée national de Prague, un bézoard offert par Monsieur de "Rožmberk" posé sur une balance car il changeait de poids au gré de ses humeurs... Et sa collection de livres zinimaginables, z'en avez entendu parler? Le plus gros manuscrit au monde écrit par le diable en personne: le Codex Gigas. Le Picatrix, source d'inspiration pour les livres de Rika Zaraï. Le manuscrit de Voynich que des centaines de scientifiques comme les ordinateurs les plus puissants n'ont pas réussi à déchiffrer. Le Codex argenteus, splendide ouvrage écrit (majoritairement) en gothique à une époque où les Germains, vivant de la chasse et de la cueillette, s'exprimaient par onomatopées.

Toutes ses fabuleuses collections de peintures, de statues, de livres, d'estampes et de dessins (quantité incalculable), d'objets aussi délirants que curieux qui excitaient la convoitise du monde entier par leur quantité comme par leur contenu, faisaient le bonheur de Rudolf. La religion n'était qu'une source d'emmerdement avec laquelle il devait s'accommoder par héritage et par obligation envers sa famille et envers son peuple. Mais lui, il n'en avait strictement rien à fout' (le déroulement de sa vie en témoigne). Mieux. Bien qu'il fût de confession catholique, il se livrait ouvertement à la sorcellerie. A sa demande, le vicaire royal torturait dans la cave un pauv' chien baptisé Matthias à dessein, tandis que son alchimiste maléficiait à l'aide du Picatrix fourni par Rudolf un vieux bout de slip appartenant à son frère. En Espagne, on brûlait pour moins que ça en cette époque. Ceci-dit Rudolf n'avait pas plus à fout' de la religion que des autres obligations qui d'ordinaire incombaient à son espèce. Il était gravement misanthrope, il haïssait festoyer (en compagnie), il haïssait recevoir (l'ambassadeur turc attendit une audience plusieurs semaines), il ne participait pas (rarement) aux chasses, il ne prit part à aucune bataille, il détestait l'administration, il n'épousa point (bien qu'il copula fréquemment, en état de solide ébriété), bref... il était "LUI", et les autres n'étaient "rien" (un jour Rudolf péta une effroyable gueulante contre le nonce apostolique qui, lors d'un entretien, lui avait involontairement expiré au visage). A ce propos des pouzailles ("il n'épousa point") et des gonzesses à Rudolf... Celle qui passa pas mal de temps (et sans doute même le plus de) dans ses bras sous sa couette fut "Kateřina Stradová" (i.e. Catherine de Strada). En 1581, alors que Rudolf avait encore des boutons pubères sur son gros nez habsbourgeois, il prit un certain "Ottavio Strada" (fils de Giacomo ["Jakub"] de Strada, déjà au service de Max II) comme conservateur et administrateur de ses collections.
Eh ben paf, ça ne put louper, la frangine du conservateur devint la maîtresse principale du souverain, et lui pondit plusieurs chiards illégitimes: 3 femelles et 3 mâles, dont Don Julius le monstre (encore que ce n'est pas certain, mais seulement fort probable. Cf. une précédente publie pour les détails sur le monstre). Elle fut la seule mentionnée dans les documents officiels de l'époque (registre des "bons coups", fascicule 185, daté du 8 janvier 1606), malgré que Rudolf passait fréquemment de couette en couette propageant sa vérole à toutes les Phryné du château comme à tous ceux qui les forniquaient. Cependant il revenait toujours auprès de Catherine, dont on vantait non seulement la beauté mais également l'intelligence (anecdote: la famille Strada vivait dans la maison numéro 2 de la placette dite "Týn", où se trouve aujourd'hui le fameux jazz-club "Ungelt"). Les autres gonzesses? L'histoire ne retint pas leur nom. D'aucuns avancent des labels comme Marylin Monroe (la reine du pou-pou-pidou baveux) ou Madame du Barry (la comtesse des rillettes en chambre), mais l'on ne doit pas croire tout ce qui est écrit dans les tabloïds. J'en reste là sur Rudolf II, car il existe des centaines d'ouvrages historiques, artistiques et même psychiatriques sur sa personne: "Rodolphe II de Habsbourg 1522-1612 l'empereur insolite, Philippe Erlanger", "L'empereur Des Alchimistes - Rodolphe II de Habsbourg, Jacqueline Dauxois", "Monarque Et Mécène - Rodolphe II, Eliska Fucikova, Beket Bukovinska, Ivan Muchka", "Histoire de l'empire des Habsbourg, Jean Bérenger". L'un des plus remarquables est "Rudolf II und seine Zeit, Antonín Gindely" malheureusement en Allemand. Sinon il y a la fameuse "Fin de l'indépendance bohême" ("Konec samostatnosti české") du grand Ernest Denis, qui dresse un portrait de Rudolf sur quelques 200 pages, mais à nouveau, la version française n'est pas en ligne.

Et enfin parmi les documents d'époque, 4 se distinguent: "L'Histoire auguste, Jacques Esprinchard", où l'auteur trace les portraits de nombreux empereurs, dont Rudolf II. Une autre oeuvre du même auteur mérite lecture, Jacques Esprinchard ("Journal de voyage", 1597), où le boug' en bon touriste visita Prague pendant seulement 6 jours et en fit un portrait très "routard" (cf. sa description de "l'horologe" place de la vieille ville "On voit en la susditte tour du parquet un tres magnifique horologe plain d'artifice, et belle invention, et n'i a aucun qui ne l'admire en le considerant de bien pres. Il contient la revolution de l'an, avec le juste cours du Soleil et de la Lune, le nombre des moys et des jours de l'année, et demontre semblablement le calendrier et toutes les festes d'iceluy. Item la hauteur du Soleil et de la Lune, avec les solstices, oequateurs, la longueur et la briefveté tant des jours que des nuits, les inflammations, oppositions et eclipses de la Lune avec le cours celeste, non seulement le naturel, mais aussi le violent, semblablement le lever et le coucher des douze signes du zodiaque. Au dessous de l'horologe est une autre sphere en laquelle est escrit le calendrier, où un ange avec le bout d'une longue verge montre quel jour il est."). Grâce à une recommandation spéciale de la femme du fils de la mère du cousin de... il visita en compagnie de "Bartoloměj Spranger" et de "Hans von Aachen" certaines salles de la "Kunstkammer", mais également le belvédère de la reine Anne et le pavillon de chasse de l'Arbrerie qui contenaient certaines oeuvres des collections rudolfiniennes et dont il fit une unique description d'époque. Lisez par exemple sa description de l'aigle habsbourgeois gravé à l'or sur marbre et incrusté de pierres précieuses (c'est totalement inutile mais ce fut estimé à 200.000 écus d'or). Une autre lecture est celle de Pierre Bergeron ("Voyage d'Allemagne en Italie", du 28 juin au 26 décembre 1600). La première fois il se rendit officiellement à Prague (en juillet 1600) comme gratte-papier d'Urbain de Laval Boisdauphin, marquis de Sablé et comte de Bresteau, qui viendait annonçoir au Rudolf II qu'Henri IV (de France) allait épouser sa "grosse banquière" ritale (Catherine de Médicis). Pierre fit des descriptions complètes de la vie à la cour, des moeurs religieuses indigènes sans oublier un tableau du quartier juif. Lorsqu'il revint à Prague en 1603 alors comme simple touriste, il visita (entres-autres) le pavillon l'étoile et le belvédère de la reine Anne qui entre-temps avait été transformé (en l'honneur de "Tycho Brahe" décédé) en observatoire astronomique.
Minutieuses descriptions furent faites des sphères, globes, cadrans et autres astrolabes, tandis que Pierre fut tout particulièrement frappé par leurs "dimensions" (l'on pense qu'il vit de visu le fameux sextant de "Jost Bürgi" construit à Prague vers 1600 pour "Tycho" mais utilisé par "Kepler" afin de peaufiner ses théories. L'objet est conservé aujourd'hui au musée technique NTM). Pis il y a encore une dernière lecture d'époque que je conseille, écrite par le marquis d'Haroué François de Bassompierre pendant ses 12 ans d'embastillement pour avoir agacé le moine Richelieu: "mémoires, journal de ma vie". Il est moins intéressant que les 2 précédents, toutefois il est disponible gratos sur Gougle Bouks. Vous y lire comment le François s'amusait à Prague, chancelant de taverne en auberge accompagné par cette immonde ordure de "Hermann Christoph Russworm", maréchal de camp de Rudolf II, voyou notoire et opiniâtre querelleur, violeur de filles (cf. "François de Bassompierre, mémoires, journal de ma vie", p. 36) et gibier de potence qui finit dans les mains du bourreau en 1605 par ordre de l'empereur en personne. Mais vous y lirez encore comment Bassompierre joua à "la paume" contre le "grand Walestein" (Adam, feld-maréchal de Rudolf puis Haupthofmeister de Matthias, l'oncle de l'ordure Albrecht de Wallenstein) tandis que Rudolf les matait de l'oeil au travers "d'une jalousie", et pleins d'autres anecdotes truculentes qui dépeignent cocassement la ville et son empereur.

Et le fabuleux trésor de Rudolf me demanderez-vous? Dans la "Schatzkammer", Matthias trouva quelques 1400 Kg d'or en lingots et pièces, 3500 Kg d'argent, sans compter les pierres précieuses, les perles, l'orfèvrerie diverse... qui furent immédiatement utilisés pour divers besoins (le montant fut estimé à 17 millions de ducats d'or). La légende raconte qu'ensuite (en janvier 1612) Matthias se laissa enfermer pendant plusieurs jours dans la "Kunstkammer" afin de sélectionner ce qui valait le risque d'être volé et emporté à Vienne. N'oublions pas que selon la volonté de feu Rudolf, ses collections devenaient propriété de la famille habsbourgeoise, certes, mais indivisibles, inaliénables et indéménageables de Prague. Cependant sous la menace des Etats de Bohême qui réclamaient de façon véhémente des croûtes rudolfiniennes afin d'éponger les énormes dettes laissées par l'empereur défunt (cf. plus loin), certaines oeuvres d'art (fabuleuses) furent très rapidement transportées à Vienne par Matthias. Un autre frangin de Rudolf II, Albrecht VII (alors concierge du Benelux et du Portugal) prit également possession (en 1613) de certains objets de valeur afin de les revendre, et toucher du flouze liquide. C'est ainsi qu'une grande partie de ces 120 peintures (entres-autres des Titien, des Véronèse, des Raphaël et des Michelangelo) finirent chez Buckingham (le duc de, George Villiers, lisez d'art à gnan et l'étroit mousse queutèrent). Ferdinand III en rachètera une partie par la suite afin de les exposer à Vienne. En 1619, lorsque cette vile gouape de Ferdinand II fut destituée, les Etats se servirent copieusement dans les collections.
Certains artefacts furent vendus afin de payer les dettes à Rudolf, d'autres furent offerts aux grands et aux puissants afin de s'attirer leurs bonnes grâces en ces temps d'instabilité politique, et d'autres encore furent "récupérés" par des fonctionnaires tchèques peu scrupuleux (rien de bien neuf sous le ciel de Bohême). Parenthèse: il est intéressant de signaler que nombreux artistes (mais pas seulement) qui travaillaient alors pour Rudolf ne furent que sporadiquement payés. En témoignent les nombreuses lettres de créances qui arrivèrent au château à la mort de l'empereur, lettres qui sont aujourd'hui religieusement conservées comme témoignages historiques (cf. l'inventaire des archives du château en PDF). On apprend ainsi qu'en 1614, Matthias ordonne aux Etats de Bohême de verser l'équivalent de 900 ducats en farine au boulanger de Rudolf pour solde de tout compte (numéro d'inventaire 729), verser sous forme de rente 2000 des 14500 ducats réclamés par "Ottavio Miseroni" (numéro d'inventaire 731), puis l'armurier (numéro d'inventaire 733), puis le pâtissier (numéro d'inventaire 734), même "Adrien de Vries" avait des créances (numéro d'inventaire 738). L'enfileur de perle "Hans Plumberger" dut être payé fort prestement en 1616 afin de couvrir ses propres créances et éviter la taule (numéro d'inventaire 758). Les dettes étaient tellement énormes, qu'après Matthias, même Ferdinand II (fumier) dut continuer le remboursement du trou financier (cf. la moitié des 13700 ducats toujours en suspend chez "Ottavio Miseroni", numéro d'inventaire 784). Mais de quoi vivaient-ils, les pauv' boug' qui travaillaient pour Rudolf me demanderez-vous? Ben chais pas. Mais retour à la dispersion du trésor.

Lorsqu'advint la grande défaite à la bataille de la Montagne Blanche (en 1620), le vrai pillage méthodique des oeuvres put commencer. Le premier à se servir fut Maximilien de Bavière (fumier), l'un des généralissimes de la bataille, et fondateur de la ligue catholique. Féru collectionneur et profiteur de la guerre pour enrichir gratos ses collections personnelles, il alla jusqu'à diriger ses armées vers les oeuvres d'art plutôt que vers les objectifs militaires, donnant à ses lieutenants des instructions sur les peintres, comment reconnaître leurs oeuvres et comment rapatrier ces trésors sous bonne escorte vers Munich. A Prague il dévalisa principalement les "Hans von Aachen", lequel du reste séjourna plusieurs années à Munich, y prit épouse et peignit même un portrait de "Wilhelm V", le père du pillard de Bavière. Un autre qui ne se priva pas de mettre la main profondément dans le trésor fut cet immonde prévaricateur de Charles de Liechtenstein (archi-fumier), alors gouverneur du pays (tchèque) et liquidateur des biens protestants (lisez la "Catala", ou comment les Liechtenstein se sont offerts un état en pillant la Bohême). Anecdote: les vrais cathos étant vraiment coincés, ils se débarrassèrent des tableaux... libidineux (cf. "Elišká Fučiková, Das Schicksal der Sammlungen Rudolfs II. vor dem Hintergrund des Dreißigjährigen Krieges" écrit: "Kaiser Ferdinand II [...] Die Bilder, die einen mythologischen oder allegorischen Inhalt hatten und ihm zu frivol erschienen [...]"). Et c'est justement, un bijoutier belge libidineux qui les acquit en 1623 (cf. "Elišká Fučiková" schreibt immer noch: "[...] wurden im Jahre 1623 an Juwelier Daniel de Briers verkauft."), mort de rire.
En 1631, les saxons (protestants) occupèrent Prague, et une fois la paix en ville revenue, l'électeur Jean Georges (fumier aussi) se rendit personnellement au château de Prague. Là, il fit sa propre sélection de ça-oui et de ça-non, à la suite de quoi quelques 50 chariots à boeufs chargés comme des mules d'art divers prirent la route de Dresde. Cependant le vrai pillage dont j'ai déjà moult fois fait mention est l'oeuvre des Suédois, et en particulier de cette cupide hyène immonde de Christina ("Kristina") de Suède. A l'instar de Rudolf, amatrice des mêmes arts et curiosités divers, elle envoya à dessin "Kœnigsmark" (i.e. "Hans Christoff von Königsmarck") piller le château de Prague. Christina lui remit en main propre une liste du fourbi de valeur patiemment rassemblé par feu Rudolf, avec ordre de tout rapatrier sur Stockholm, à défaut en cas d'échec, de se pendre dans la rivière. "Kœnigsmark" arriva au château de Prague sans peine (après 30 ans de guerre, de dévastation et de répression habsbourgeoise), et le pauvre "Dionisio Miseroni" finit par lui refourguer les clés des coffres mais surtout les inventaires sans lesquels les Suédois seraient encore à Prague aujourd'hui à faire le tri entre ce que Christina voulait impérativement, et le fourbi oublié dans le grenier par les grand-mères. Lorsque tous les objets de la longue liste furent identifiés, rassemblés et précieusement emballés (les livres par exemple furent mis dans des tonneaux à maquereau, propre cependant), ce n'est pas moins de 150 chariots à boeufs qui prirent le bateau vers l'Elbe, puis vers "Dömitz" (frontière Sud du Mecklenburg), et enfin "Wismar" (alors comptoir Suédois) afin d'y passer l'hiver 48. Selon les experts, seul 1 tiers de ce que les soudards de la truie nidoreuse emportèrent arriva en Suède. Sur la route, nombreux objets considérés comme sans réelle valeur furent brulés pour se chauffer, au mieux bradés à bas-prix auprès des aubergistes et des filles de joie (un habitant de "Litoměřice" écrivit dans son livre nouvellement acquis qu'il l'obtint "d'un Suédoye foutroiment déguenillé"). Lorsque le butin arriva au port (de la truie) en juin 1649, cette dernière se tenait sur le ponton toute frémissante d'impatience, de froid et d'envie de pisser. Cependant elle fut déçue. Tellement déçue qu'elle en écrivit à son pote italien (grand amateur d'art également) "Paolo Giordano II Orsini" (duc de Bracciano) qu'elle échangerait bien toute la cargaison contre 2 Raphaël. Quelle conne, sans dec, tout ça pour ça? Elle devait bien se douter qu'entre 1612 et 1648 tout le monde s'était servi, principalement dans l'inestimable et précieux non? Lorsqu'elle abdiqua (elle était religieusement dérangée, lisez d'Alembert à ce propos, comment Descartes convertit la reine au catholicisme, le délire), elle n'emporta avec elle à Rome que très peu de croûtes. Principalement des Ritals: Raphaël, Véronèse, Corrège... au motif que "les aut' m'plaisent pas trop." Les Hollandais, les Germains, les Tchèques et les autres restèrent donc en Suède, où certains finirent en fumée en 1697 (au château de "Tre Kronor") puis encore en 1702 (au château de "Uppsala"). Tout ça pour ça? Parenthèse, en 1697, le fameux "Codex Gigas" faillit laisser ses peaux (de vélins) dans l'incendie de "Tre Kronor". Celui-ci se propagea à grande vitesse dans le château, et afin de sauver des flammes la bible du diable qui pèse 75kg, les sauveteurs jetèrent l'ouvrage au dehors par la fenêtre du 3 ème étage. Aujourd'hui encore, le plus grand manuscrit au monde porte les traces de cet incident.
Et pour terminer, parce qu'il restait encore à Prague quelques oeuvres des collections rudolfiniennes 170 ans plus tard, Joseph II ordonna une mémorable vente aux enchères en mai 1782. Tout fut bradé à bas prix afin que ça disparaisse, car l'empereur éclairé avait besoin de suffisamment de place pour transformer le château (de Prague) en caserne militaire (heureusement que l'éclairé s'éteignit rapidement en 1790 avant d'avoir réalisé son dessein). C'est ainsi que le fameux "Rosenkranzfest" ("Růžencová slavnost") d'Albrecht Dürer partit pour la ridicule somme de... mais je vous en avais déjà parlé dans une précédente publie (aujourd'hui, l'original se trouve au "Šternberský palác", cf. mes photos). De même le fameux sextant de "Jost - Kepler", il fut vendu en 1782 comme porte manteau à un tailleur juif de la vieille ville (aujourd'hui, l'original se trouve au NTM). Ce qui ne fut pas vendu, fut jeté dans le fossé nord ("Jelení příkop" derrière la cathédrale) et une faible, très faible quantité finit dans les musées de la galerie nationale ou du château de Prague. Anecdote: au début des années 1950, les camarades con-munistes, qui étaient à l'art ce que le porc est à la confiture, firent transférer les oeuvres fondamentales du château à la Galerie Nationale. Quant aux autres oeuvres, elles furent mises à disposition du Comité National pour la culture, le peuple et le socialisme léniniste ("Národní kulturní komise"). "Ah ben ouais les gars, Heintz, Hoefnagel, Savery ou Holbein ça ne sonne pas comme une race de tracteur, un engrais à fumier ou une marque de cochon. Alors on en fait quoi?" Et parce que justement, les camarades rustiques se trouvaient face à l'identique problème avec la collection des "Colloredo-Mansfeld" au château de "Opočno", ils décidèrent de tout remiser en cet édifice, afin de décider du sort plus tard. Pis un jour vers 1962, l'historien d'art "Jaromír Neumann" commença à s'intéresser aux remises du castel, et découvrit qu'il s'y trouvait des croûtes praguoises supposées disparues. Après convainquage, insistage, dépoussiérage et restaurage, elles furent réexposées en 1965 et constituèrent le premier fond de la collection du château de Prague. Finalement n'après-tout, c'est peut être même grande chance que nombreuses oeuvres furent transportées à Vienne. C'est par exemple la collection d'estampes et de dessins de Rudolf qui servit de base pour le fameux "fond Dürer" de l'Albertina, le plus fabuleux musée au monde de ce type. Pis tiens, sur un total de 9 ou 10 peintures de Dürer au Kunsthistorisches Museum, 7 proviennent de la collection rudolfinienne pragoise. Enorme vous-dis je, énorme qu'elle était la collection d'à Rudolf... Et j'en étais où moi alors? Ah oui, le "majestätsbrief"...

Bien que signé sous la contrainte, d'une certaine façon, le "majestätsbrief" n'en était pas moins un document exceptionnel pour son époque. En effet, l'application de l'édit était individuelle (sur la personne) aucunement collective (sur les terres de...). Afin d'en défendre l'application, 30 "défenseurs" de la diète furent élus, 10 parmi chaque caste sociale (haute et basse noblesse, bourgeoisie). En août 1609, la Lusace et la Silésie obtenaient les mêmes droits que la Bohême. Et comme aucun des courants réformateurs comme catholique (y en avait qu'un de courant catholique, le papo-romano-catholique) n'avait une majorité absolue dans les assemblées, le royaume de Bohême devint pendant un temps un exemple d'exception européenne d'oecuménisme et de tolérance confessionnelle. Ca c'était pour la théorie. En pratique, cette exception irénique était des plus mal vues, autant par le pape (forcément) que par les princes (qui devaient accepter l'autre bord sur leurs terres), sans parler de tous ceux, qui n'avaient pas la moindre sympathie envers la pluralité et le libre arbitre. La suite, vous la connaissez, défenestration de Prague (en 1618), bataille de la montagne blanche (en 1620), et exécutions des 27 agitateurs (en 1621).
Ferdinand II repris les choses en mains, en particulier le "majestätsbrief" de Rudolf qu'il tenta de rage de découper aux ciseaux. Mais le parchemin en bon cuir tanné de vieille bique résista solidement, et après s'être pété les doigts en forçant sur les lames, le furieux arracha le sceau royal qu'il jeta au feu afin d'ôter toute valeur légale au document (cf. mes photos). En 1627 la discipline fut ramenée par une nouvelle constitution ("Verneuerte Landes-Ordnung des Erb-Königreichs Böhmen"). Finit les Etats de Bohême et la diète: l'Habsbourg régnait seul par l'intermédiaire de son gouverneur. Finit la pluralité confessionnelle: le catholicisme de Rome régnait seul par l'intermédiaire de l'archevêque. Finit la noblesse et la bourgeoisie hérétiques: les indésirables furent chassés et leurs biens confisqués au profit des bons croyants. La Bohême en prit pour 300 ans de ténèbres sous la botte des Habsbourg (d'un pied) et celle du pape (de l'autre). Pour finir, je vous ai trouvé le texte intégral du "majestätsbrief" en Tchèque (super), sur le site du parlement. Malheureusement, et malgré que j'eus fouillé la toile comme un St Bernard les Alpes suisses en recherche d'un Ricola, nada, rien en une autre langue que la nostre. Sorry. A signaler enfin un ouvrage remarquable entièrement consacré au susmentionné document comme à son impact sur le monde d'à l'époque: "Geschichte der Ertheilung des böhmischen Majestätsbriefes von 1609, Antonín Gindely". Ah oui, en Allemand, super aussi. Et puis j'en termine là ma publie, parce que sinon j'la finirai jamais non plus, alors bonne nuit quand même.

dimanche 14 juin 2009

Ville: Du nouveau sur l'pont Charles

Eh hop, une rapide publie pour vous en parler de, parce que c'est tout frais (enfin presque), et que c'est un scoop "made by Strogoff" vu qu'aucun autre blog non tchèque n'en a encore parlé, enfin me semble-t-il (si jamais je me fourvoie, prévenez-moi).
Alors dans le courant de la mi-mai 2009, on a célébré la canonisation de St Jean de Népomucène (280 piges), on a célébré la Prague baroque à coup de grande fête sur la "Vltava", on a fait venir des gondoles énormes de Venise que personne ne pouvait voir correctement puisque la grande célébration eut lieu en pleine nuit non éclairée (cf. mes photos), et on a fait péter du laser-show cosmique sur le pont Charles comme en plein milieu du XVIII ème siècle. C'était Mozart draguant Vivaldi en pirogue sur la musique du Rondo Veneziano à "Karlovy Lázně". Enorme le show vous dis-je, au point que l'ouverture des J.O. de Pékin c'était la fête à Neuneu au Mac Do. Et y avait du monde tellement c'était de bon goût. C'est bien simple, le Praguois qui d'ordinaire se barre en week-end hors Prague afin de pourrir dans son chalet de campagne où il a grandi depuis sa naissance, ben ce jour-là il s'était massé touffu sur les rives du fleuve au point qu'on ne voyait rien derrière toute cette foule amassée dans le noir.
Mais ce n'était pas ça l'important. L'important, c'était la remise en place sur le pont Charles d'un objet dont peu de Praguois se souviennent, que pratiquement aucun touriste n'a jamais vu, et qui fut de surcroît l'occasion d'un pèlerinage pour fêter les 280 ans de la canonisation du St Jean, ce qui du reste fit hurler certains, parce que 280 ans, c'est pas très rond pour un pèlerinage, et que si l'on commence à pèleriner n'importe comment pour n'importe quel motif, on va finir par lasser le pèlerin. Tiens, regardez les élections européennes, c'est tous les 5 ans seulement, mais t'as 2 électeurs sur 3 qui sont lassés. Bref...

Vous souvenez-vous de ma publie détaillée sur St Jean de Népomucène, que les touristes couillons caressent bêtement des icônes insignifiantes sur le pont Charles alors que la vraie icône qui porte chance garantie, celle qui représente l'endroit exact d'où fut bazardé St Jean à l'eau, la croix archiépiscopale à 5 branches qui est totalement occultée par les guides?
Vous souvenez-vous? Ben à l'occasion de la Prague baroque, l'on a remis en place une copie d'un petit objet baroque qui se trouvait en retrait de la croix, une sorte de petite herse (grille) décorative signalant l'emplacement du martyre (martyre: souffrance infligée, martyr: celui qui souffre du martyre). Alors si avec un tel balisage les touristes ignares continuent à choper la maladie du doigt qui pèle en tripotant des reliques insignifiantes, alors ils n'ont plus qu'à se jeter dans le fleuve du pont, y a vraiment plus rien pour les sauver de la bêtise.

Maintenant de quoi qu'on se cause? Vers la fin du XVII ème, début XVIII ème siècle (assez curieusement l'on n'a pas de date plus précise), on posa sur le rebord du pont cette petite herse haute de 120 et large de 150 cm afin de signaler l'emplacement de la croix porte-chance.
Elle se composait d'un relief (une petite plaque) représentant St Jean de Népomucène flottant à plat sur la "Vltava", 5 étoiles européennes autour de la tête, et le tout était entrelacé de ferronnerie décorative. Lors des inondations de 1890, l'objet fut emporté par les flots comme l'arche du pont sur laquelle il reposait (l'objait). Ca c'est pour les faits avérés. Ensuite on a diverses versions, z'allez voir. Selon une source, l'objet aurait été remplacé en 1894 par un modèle proposé par le fameux re-gothisateur "Josef Mocker", puis détérioré en 1918 lors des émeutes anti-habsbourgeoises qui eurent lieu avec la naissance de la République. Restaurée dans le courant du XX ème siècle, la grille fut retirée sous les con-munistes lors de la réfection du pont et remisée au placard. Selon une autre source, la grille fut replacée (en place) en 1896, puis détériorée en 1918 lors des émeutes anti-habsbourgeoises qui eurent lieu avec la naissance de la République.
Restaurée en 1936, la grille fut vandalisée en 1968 lorsqu'un imbécile en vola le relief de St Jean flottant. Bon, c'est pas vraiment clair, alors retenez que depuis avant 1970, la herse-grille sur le pont n'était plus jusqu'à y a 1 mois (13 mai 2009), où elle fut remise en place grâce aux dons du "Sdružení výtvarníků Karlova mostu" (l'Association des Artistes du Pont Charles), et sous la bénédiction du saint goupillon de notre cardinalarchevêque de Prague "Miloslav Vlk" sur le perron de la retraite. Parenthèse: à noter une chose des plus remarquables: notre objet dans sa version originale est visible sur la fabuleuse maquette de Prague de "Langweil" qui fut récemment digitalisée. Je vous ai trouvé un échantillon (cf. la vidéo), c'est absolument énorme.

Sinon je vous livre l'anecdote de sa restauration telle qu'elle me fut narrée au Boeuf noir par mienne accointance introduite dans la sphère journalistique. Lorsque donc les artistes du pont Charles se mirent en tête de pousser à la restauration de notre petite herse (faut bien relancer le tourisme en chute libre), l'on commença à centraliser les morceaux qui en restaient afin de gribouiller un prototype le plus fidèle possible à l'original.
Des bouts se trouvaient dans la tour du pont côté petit (petit-côté, "malá strana"), d'autres étaient représentés sur des documents (cf. le modèle en carton-pâte-crotte-de-nez de "Langweil"), pis un jour, arriva un certain chais-plus-qui, qui affirmait détenir le fameux relief vandalisé de St Jean, qu'il l'aurait échangé auprès d'un antiquaire alors que ce dernier ignorait de qu'est-ce que c'était quoi tiens-donc. On peaufina alors la maquette grâce à tous ces éléments, puis on refourgua la fabrication de la copie au ferronnier "Petr Hartman". Ce dernier se mit activement au boulot, et aurait utilisé les techniques anciennes du travail de la tôle en fonte, comme au XVII ème siècle, à savoir à l'enclume et au marteau, technique somme toute analogue à celle du XX ème siècle mais consistant à travailler le taliban de Guantanamo. L'oeuvre fut, selon les journalistes, créée sous la constante supervision du département de la conservation du patrimoine historique, lequel généralement brille par son absence lorsqu'il est question de dossiers financièrement plus conséquents (je ne vais pas m'étendre davantage sur la corruption des fonctionnaires, les pots de vins versées par les entreprises, la législation permissive sinon absente, mes publies précédentes en sont pleines d'exemples, et la toile encore plus, pleine d'exemples).
Bref, l'objet fut le centre de toutes les attentions dans sa conception, dans sa réalisation, mais nettement moins dans sa mise en production, parce que comme dit, je n'ai pas vu un seul article autre que tchèque à ce propos: rien en Français, rien Anglais, rien en Allemand, et rien en Inuktitut ce dont je me fiche un peu puisque je ne le parle pas. Alors voilà, histoire de faire un peu de pub à la fameuse nouvelle attraction touristique de Prague qui devrait de surcroît apporter un peu de chance aux touristes, je vous divulgue en toute hâte cette nouvelle publie afin que vous puissiez rapidement en profiter dans le cas où vous vous rendriez en notre capitale dans les jours prochains.